Outre-mer : les réseaux solidaires en première ligne face au Covid-19

Le 9 avril 2020, le chef du service réanimation du CHU des Abymes, en Guadeloupe, s’entretient avec un patient qui vient de guérir du Covid-19 ©Cedrick Isham Calvados/AFP

Comment nos collègues d’outre-mer sont-ils impactés par le virus ? Comment les élus et professionnels des Activités Sociales de ces territoires soutiennent-ils les bénéficiaires âgés et isolés ? Nous avons interrogé les élus des CMCAS Saint-Pierre-et-Miquelon, Martinique, Guadeloupe, Guyane, La Réunion et Mayotte.

Nos collègues d’outre-mer n’échappent pas aux contraintes du confinement. Si le nombre de contaminations y reste limité (1100 cas recensés dont 21 décès au 14 avril), l’épidémie n’en est encore qu’à ses débuts dans certains départements. A Saint-Pierre-et-Miquelon, plus petit département français, un premier cas de Covid-19 a été enregistré le 4 avril. Toutes les liaisons aériennes régulières ont été suspendues et les rares personnes qui arrivent par avion sont placées en quatorzaine puis testées afin de vérifier si elles sont porteuses du virus. « Le confinement se passe plutôt bien pour l’instant », assure Jean-Pascal Autin président de la CMCAS qui compte 215 bénéficiaires. “Les commerces alimentaires peuvent livrer les gens chez eux. Les personnes âgées ont juste à passer commande par téléphone ou Internet. C’est pratique pour elles.”

En Martinique, “tous les salariés de la CMCAS sont joignables”

En outre-mer comme dans l’Hexagone, les Activités Sociales doivent se plier aux contraintes du télétravail. En Martinique, le président de la CMCAS, Pierre Blezes, son chef de service ainsi que le président de la commission santé et solidarité gèrent la plupart des demandes des bénéficiaires. « Je suis joignable par téléphone 24 heures sur 24. C’est souvent des retraités qui nous appellent », affirme Pierre Blezes avant d’ajouter : « Tous les salariés de la CMCAS, même confinés, sont aussi joignables. »  Quant aux agents de la production, ils continuent de travailler pour assurer l’alimentation électrique de l’île. Pierre Blezes se réjouit des « très bonnes relations » qu’il entretient avec EDF dans ce contexte difficile. « Grâce à eux, on a eu des masques pour tous les agents. » Les Activités sociales participent à l’effort des agents mobilisés en mettant à leur disposition des matelas du centre de vacances de Vétiver, situé près de la centrale thermique de Case-Pilote.

Le président de la CMCAS Martinique est beaucoup plus critique envers l’Etat français qui n’aurait pas pris, selon lui, les mesures nécessaires pour empêcher la propagation du virus. Un sentiment partagé par une bonne partie de la population. Le 21 mars dernier, des associations ont ainsi attaqué le gouvernement en justice. En revanche, les Antillais espèrent l’arrivée de médecins cubains pour renforcer les équipes médicales. Un décret en ce sens a été signé le 1er avril. « C’était une demande de longue date de nos parlementaires », développe Pierre Blezes. Cuba, situé à seulement 1h30 d’avion, est en effet réputé pour la qualité de son système de santé et dispose d’un nombre de médecins par habitant supérieur à celui des pays industrialisés.

Partout, des réseaux solidaires qui montent en charge

Dans l’île voisine, la Guadeloupe, les Activités sociales soutiennent les agents de la centrale de Baie Mahaut, près de Pointe-à-Pitre en leur prêtant des lits d’appoint. Pour venir en aide aux bénéficiaires âgés et isolés, la CMCAS a décidé elle aussi de renforcer son réseau solidaire. Une équipe composée d’administrateurs et d’agents appellent les personnes les plus fragiles et leurs apportent une aide lorsque c’est nécessaire, en respectant naturellement toutes les mesures de protection sanitaire. “Les gens sont ravis qu’on les appelle, observe Patrice Lascary, président de la CMCAS. Certains ont besoin qu’on leur apporte des bouteilles d’eau ou des repas. D’autres recherchent un kiné.” La CMCAS envisage aussi de faire appel à une psychologue pour apporter un soutien aux bénéficiaires qui vivent le plus mal le confinement.

L’épidémie est venu s’ajouter à des problématiques spécifiques aux outre-mer. Ainsi, la Guyane est le département français le moins bien doté en personnel médical. “S’il y a une pénurie de masques en France, ici c’est encore pire”, déplore le président de la CMCAS Jean-Claude Clet. “La gestion est catastrophique et tout le monde se renvoie la balle : élus locaux, Agence régionale de santé, préfet.” Pour pallier cette pénurie, les administrateurs de la CMCAS ont décidé de mettre à disposition des retraités les plus fragiles des masques confectionnés par une couturière. “Nous espérons ensuite pouvoir étendre l’opération à l’ensemble de nos bénéficiaires”, précise Jean-Claude Clet. Ici aussi, les élus et salariés de la CMCAS Guyane ont renforcé le réseau solidaire pour soutenir les plus vulnérables.

Sur la commune d’Ouangani un couvre-feu a été décrété à Mayotte de 20 heures à 5 heures du matin pour faire face au virus. ©Faid Souhaili/AFP

A Mayotte, une situation particulièrement inquiétante

Dans les îles de l’océan indien, le Covid-19 s’ajoute à une autre épidémie en cours, celle de la dengue qui touche des centaines de personnes. A La Réunion, par ailleurs, le diabète et l’hypertension sont de véritables fléaux qui sont autant de risques supplémentaires en cas d’infection virale. Pour répondre au défi de cette crise sanitaire, “nous avons adapté tous nos dispositifs de soutien aux personnes âgées, isolées ou handicapées”, souligne Patrick Hoarau, président de la CMCAS. Un questionnaire réalisé par le Comite de coordination des CMCAS a permis d’identifier les besoins des bénéficiaires les plus fragiles. “Nous avons aussi appelé au téléphone plus d’une centaine de personnes âgées, détaille Patrice Atchicanon, administrateur. Et avec les Centres communaux d’action sociale, nous faisons livrer des paniers de fruits et légumes à ceux qui ne peuvent pas faire leurs courses eux-mêmes.” D’autre part, la CMCAS La Réunion a mis à disposition de la préfecture son centre de vacances de Saint-Gilles dans le cadre de la solidarité nationale. Il pourrait servir à mettre sous quatorzaine, dès leur arrivée à l’aéroport, des Réunionnais de retour dans l’île.

“Au début, on n’avait pas de masque. Dix de nos agents ont été contaminés. Ce sont les rondiers les plus exposés.”

Jean Payet, président de la CMCAS Mayotte

De tous les départements d’outre-mer, Mayotte est celui dont la progression de l’épidémie inquiète le plus ces derniers jours. “Au début, on n’avait pas de masque. Dix de nos agents ont été contaminés. Ce sont les rondiers les plus exposés.”, explique Jean Payet, président de la 69ème CMCAS, créée en 2014. En grande majorité musulmans, les bénéficiaires mahorais s’apprêtent à vivre, à partir du 24 avril, un ramadan des plus étranges. “Habituellement, tout le monde se rassemble, on va à la mosquée, on mange ensemble. Cette année, ce ne sera pas possible, regrette Jean Payet. Il faut absolument éviter la propagation du virus.” Mais le président de la CMCAS tient à “mettre quelque chose en place” – des bons d’achats ou une aide financière – pour réconforter les familles.


A lire

A Mayotte, les électriciens enfin à la fête


0 Commentaires

Laisser une réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

treize − trois =

Mentions Légales    I    Vie privée    I    Informations sur les cookies   I    Qui sommes-nous ?    I    Plan du site    I    CCAS ©2018

Vous connecter avec vos identifiants

Vous avez oublié vos informations ?