Calais : “Vous ne pourrez pas dire que vous ne saviez pas”

"Route pour le paradis" ©M.Philippe

“Route pour le paradis” ©M.Philippe

Depuis son retour de la “jungle” de Calais, Mélanie Philippe, fille d’agent RTE, plaide pour un accueil digne des réfugiés. Témoin des conditions extrêmes du camp, la jeune femme veut aussi expliquer et provoquer la rencontre avec ses amis demandeurs d’asile, pour mettre fin à l’exclusion.

Calais, décembre 2015. Bénévole pour l’association Salam, Mélanie Philippe côtoie les réfugiés installés sous des tentes, leur apporte nourriture et couvertures. Mais cherche aussi à créer le lien, débat avec eux, boit le thé. À 18 ans, la jeune femme a décidé de prendre le train et d’agir, face à une “catastrophe humaine sans précédent”. Elle est témoin des conditions extrêmes des réfugiés dans “la Lande” de Calais, vaste camp boueux installé dans le Pas-de-Calais et partiellement démantelé en février 2016. De retour à Lyon, dans le Rhône, où elle vit, elle veut montrer ce qu’elle a vu et en parler. “J’avais envie de dire aux gens : vous ne pourrez pas dire que vous ne saviez pas.”

"Route pour le paradis. La météo dans la jungle n’est pas clémente. Les seuls chemins sont boueux, les tentes prennent l’eau, et des marécages se créent." ©M.Philippe

“Route pour le paradis. La météo dans la jungle n’est pas clémente. Les seuls chemins sont boueux, les tentes prennent l’eau, et des marécages se créent.” ©M.Philippe

Son indignation se mue en une passion fiévreuse pour le terrain, que la jeune femme parcourt entre études et boulots. “Il m’est arrivé de rentrer de la jungle la nuit, et d’aller bosser cinq heures plus tard. Je servais des croissants dans une boulangerie de quartier, gérais les caprices et tout ce qui va avec.” Bien loin des besoins élémentaires d’hygiène et de dignité des réfugiés qu’elle a côtoyés. Révulsée par la méconnaissance du contexte géopolitique et des cultures, Mélanie Philippe sensibilise son entourage, participe à des expositions, et se considère désormais comme une activiste. “Je veux provoquer l’indignation. Mais surtout, que les gens se posent la question : comment faire pour changer les choses ?” Pour cela, dit-elle, il faut développer la critique sociale, la pensée politique, et s’investir dans des associations. “Si tout le monde fait ça, tout le monde sera dans la rue.”

Calais Noël Mélanie Philippe

“Deux enfants kurdes tiennent des cartes que d’autres enfants leur ont fabriquées pour Noël.” ©M.Philippe

Fille d’agent RTE à Lyon, Mélanie Philippe a fait beaucoup de colos CCAS, mais une l’a marquée : un voyage solidaire au Sénégal, en 2014. “Cela a été le déclic. Quand je suis revenue, j’ai commencé à travailler avec Amnesty, et je suis devenue prof de français auprès des réfugiés et des personnes d’origine étrangère.” Elle enseigne après les cours, l’année du bac. Depuis, elle s’engage tous azimuts : avec Amnesty International et l’association syrienne Alwane, avec Salam à Calais, le centre Laylac en Palestine. En parallèle, elle prépare une licence de logistique humanitaire, puis étudie le droit à la Sorbonne et envisage de passer le barreau. Mais la jeune femme se forme aussi politiquement, se cultive sur le Proche et le Moyen-Orient, l’autodétermination des peuples, la transversalité des luttes. “Je suis en quête de toutes les ressources pour apprendre. Et quand je suis au contact des réfugiés, et des personnes concernées, je cherche encore à apprendre d’eux.”

Je pourrais sacrifier tout mon temps pour cette lutte.

portrait-melanie-philippeMélanie Philippe, 19 ans, CMCAS de Lyon. ©M.Philippe

La jeune femme est aussi prolixe sur les aspects politiques de son engagement que pudique, peu encline à se mettre en avant. “Je ne veux pas montrer ce que j’ai vécu, parce que c’est personnel, mais ce que j’ai vu, pour que les gens comprennent quels sont les enjeux.” Elle espère seulement que l’expérience accumulée lui permettra d’être un relais, et de mieux communiquer avec des jeunes qui veulent s’investir.

A 19 ans, Mélanie Philippe côtoie aussi beaucoup de jeunes rencontrés à Calais l’hiver dernier. Avec un peu d’arabe et beaucoup d’anglais, ils prennent souvent des nouvelles les uns des autres. “Ils sont tous en Angleterre ou en Allemagne. J’ai des doutes sur ce qui va arriver aux réfugiés, maintenant, si beaucoup ne veulent pas demander l’asile en France…” Tiraillée entre l’action sur le terrain et la licence de droit qu’elle prépare par correspondance, elle continue d’informer autour d’elle, d’organiser des rencontres entre ses amis irakiens, syriens et lyonnais. “Mes amis syriens m’apprennent l’arabe et je leur apprends le français.”

"Après le démantèlement, seuls les lieux de culte, les écoles et bibliothèques ont été autorisés à rester." ©M.Philippe

“Après le démantèlement, seuls les lieux de culte, les écoles et bibliothèques ont été autorisés à rester.” ©M.Philippe

Au mois de novembre, Mélanie Philippe présentera une exposition de ses photographies à Calais, mais aussi au camp de réfugiés de Dheicheh, en Palestine. Pour mieux pointer la transversalité de la question des réfugiés, du point de vue international et historique. Mais aussi du point de vue éthique et humain.

“Quand le soleil se lèvera…” : expo, débat et collecte

L’exposition de Mélanie Philippe, intitulée”Quand le soleil se lèvera…”, sera présentée au siège de la CCAS à Montreuil (Seine-Saint-Denis) le 17 novembre, dans le cadre de la Semaine de la solidarité internationale. Au programme : projection du documentaire de Pascal Crépin “Invisibles, Les bénévoles de Calais”, débat et collecte solidaire pour les réfugiés accueillis à Villeneuve-Saint-Denis, en Seine-et-Marne. L’exposition “Quand le soleil se lèvera…” poursuivra sa route avec des dates prévues à Niort, Lyon, Toulouse et Perpignan.

Le travail de Mélanie Philippe et son programme sont visibles sur son blog, jeunessedufauve.com

2 Commentaires
  1. JOFFRE 2 années Il y a

    Bonjour Melanie, très bel engagement avec des valeurs humbles d’humanité et de bienveillance dont nous avons bien besoin! Bravo et merci
    Benoît

  2. hello 2 années Il y a

    je cautionne cette initiative qui rend honneur à nos œuvres sociales, et qui j’espère servira d’exemple à d’autres, contre la tiédeur voir l’indifférence pire l’hostilité de certain.

Laisser une réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Le temps imparti est dépassé. Merci de recharger le CAPTCHA.

Mentions Légales    I    Vie privée    I    Informations sur les cookies   I    Qui sommes-nous ?    I    Plan du site    I    CCAS ©2018

Vous connecter avec vos identifiants

Vous avez oublié vos informations ?