[Long Format]

Gaziers, de l’ombre à la lumière

[Long Format]

Gaziers, de l’ombre à la lumière

[Long Format]

Gaziers, de l’ombre à la lumière

[Long Format]

Gaziers, de l’ombre à la lumière

Les gaziers réceptionnent le gaz naturel liquéfié qui arrive par bateau, assurent son acheminement et son stockage, effectuent la maintenance des installations, veillent au bon état des canalisations, interviennent en cas de fuite. Les agents d’Elengy, Storengy, GRDF et GRT Gaz jouent un rôle clé dans l’approvisionnement en gaz de 11 millions de foyers, alors que notre pays et nos voisins subissent toujours les conséquences de l’arrêt des importations russes.

Qui sont ces 20 000 agents qui œuvrent au quotidien pour assurer notre confort de vie (chauffage, cuisine, douche) ? En quoi consiste leur travail et dans quelles conditions l’exercent-ils ? Que vont devenir ces métiers face à la montée en puissance des gaz renouvelables ?

Les gaziers réceptionnent le gaz naturel liquéfié qui arrive par bateau, assurent son acheminement et son stockage, effectuent la maintenance des installations, veillent au bon état des canalisations, interviennent en cas de fuite. Les agents d’Elengy, Storengy, GRDF et GRT Gaz jouent un rôle clé dans l’approvisionnement en gaz de 11 millions de foyers, alors que notre pays et nos voisins subissent toujours les conséquences de l’arrêt des importations russes.

Qui sont ces 20 000 agents qui œuvrent au quotidien pour assurer notre confort de vie (chauffage, cuisine, douche) ? En quoi consiste leur travail et dans quelles conditions l’exercent-ils ? Que vont devenir ces métiers face à la montée en puissance des gaz renouvelables ?

[CHAPITRES]

[Chapitre 1]

Les terminaux en première ligne

Arrivée au terminal de Montoir. ©Charles Crié

[Chapitre 1]

Les terminaux en première ligne

Arrivée au terminal de Montoir. ©Charles Crié

[Chapitre 1]

Les terminaux en première ligne

Arrivée au terminal de Montoir. ©Charles Crié

[Chapitre 1]

Les terminaux en première ligne

Le terminal de Montoir-de-Bretagne, situé dans le port de Nantes-Saint-Nazaire, est l’un des quatre points d’entrée du gaz naturel liquéfié en France. Depuis l’arrêt des importations de gaz russe par voie terrestre – près de 40 % de la consommation européenne en 2021 – le ballet des navires venant décharger leur précieuse cargaison s’est fortement intensifié.

Quel rôle jouent les 130 agents Elengy qui assurent la conduite et la maintenance de ce terminal ? Quel impact la hausse des importations de gaz a-t-elle sur leur travail ? Nous avons pu accéder à ce site Seveso hautement sécurisé pour rencontrer son directeur et recueillir le témoignage de deux salariés.

Immense « congélateur » flottant de 291 m de long et de 45 m de large, le « LNG Merak » vient de passer sous le pont de Saint-Nazaire, escorté par trois bateaux remorqueurs. Le géant des mers battant pavillon hongkongais contient dans son ventre, sous forme liquide, l’équivalent de la consommation annuelle de gaz d’une grande ville française.

Au terminal méthanier de Montoir-de-Bretagne (Loire-Atlantique), ce jeudi 20 octobre, tout le monde est prêt à l’accueillir. Dès qu’il sera à quai, les équipes d’Elengy n’auront qu’une vingtaine d’heures pour transférer la précieuse cargaison vers l’un des trois énormes réservoirs du site.

Elengy. Remorquage d’un méthanier Q-Max sur le site de Montoir-de-Bretagne
Remorquage d'un méthanier jusqu'à l'appontement. ©Franck Badaire/Elengy
Elengy. A Montoir, Amarrage du LNG merak au terminal.
Amarrage du LNG merak au terminal. ©Charles Crié
Elengy. Transfert du GNL dans les réservoirs de 120 000 m3.
Transfert du GNL dans les réservoirs de 120 000 m3. ©Charles Crié

Montoir, une porte stratégique sur l’Europe

La France possède quatre terminaux : Montoir, Fos-Tonkin, Fos-Cavaou et Dunkerque. Les trois premiers sont gérés par Elengy, filiale de GRT Gaz, elle-même filiale du groupe Engie. Situé dans l’estuaire de la Loire, au carrefour des routes du Nord, du Sud et de l’Ouest, Montoir bénéficie d’une position idéale.

C’est aussi « l’un des terminaux les moins chers d’Europe », affirme son directeur, Bruno Michel, car, quarante-deux ans après sa construction, il est désormais « quasiment amorti ». Pas étonnant que les plus grands pays exportateurs (États-Unis et Qatar en tête) viennent y vendre leur gaz naturel liquéfié (GNL). Le terminal accueille aussi des brise-glaces russes, mais leur gaz n’entre pas dans l’Hexagone ; il est transbordé dans des navires qui repartent vers d’autres destinations.

Environ 20 % du GNL arrivant en France entre par Montoir-de-Bretagne. Une partie de ce gaz est destinée à l’Allemagne et aux pays d’Europe de l’Est. Depuis le début de la guerre en Ukraine, le seul terminal français de la façade atlantique est ainsi devenu un rouage essentiel permettant de sécuriser l’approvisionnement en gaz du Vieux Continent. Comment fonctionne aujourd’hui ce terminal ? Quel circuit le GNL suit-il avant de se retrouver dans nos maisons et nos appartements ? En quoi consiste le travail des 130 agents Elengy du site ? Bruno Michel nous éclaire.

Montoir est une énorme plateforme, où se succèdent les plus grands méthaniers du monde explique son directeur, Bruno Michel. Le GNL y est soit transbordé vers d’autres destinations, soit stocké puis regazéifié et injecté dans le réseau GRT Gaz.

Traquer la moindre fuite, la moindre anomalie

On n’entre pas dans un terminal gazier comme dans une enceinte industrielle quelconque. Le site de Montoir est classé Seveso « seuil haut ». C’est un espace très protégé. Quand ils ont la chance de pouvoir y accéder, les journalistes et photographes sont strictement encadrés. Bref, ici, la sécurité est une vraie obsession. Exit les véhicules thermiques, source potentielle d’explosion. On circule à pied ou à bicyclette.

Elengy. Circulation à vélo sur le site de Montoir-de-Bretagne.
Les véhicules à moteur thermique sont strictement interdits sur le site. ©Charles Crié

De fait, l’endroit est presque silencieux : « Le gaz qui circule, ça ne fait pas de bruit », confirme Baptiste Isabel, instrumentiste au service courants faibles (CFA). Non seulement on ne l’entend pas, mais on ne le voit pas et on ne le sent pas non plus.

Pour Baptiste, il y a deux sources d’accident principales : « Le gaz, qui est explosif, et le froid, qui brûle » [le GNL arrive sur le terminal à – 160 °C]. Baptiste et ses collègues vérifient tous les jours l’état des installations. Ensemble, ils traquent la moindre fuite, la moindre anomalie. Un travail collectif d’autant plus efficace que l’équipe est soudée.

Elengy. Baptiste Isabel, instrumentiste au service courants faibles sur le site de Montoir-de-Bretagne.Long format "Gaziers, de l'ombre à la lumière", novembre 2022 ©Charles Crié.

La sécurité n’a pas de prix.

Baptiste Isabel, instrumentiste au service courants faibles à Elengy Montoir

Panneaux de signalisation règlementaire. ©Charles Crié
Elengy. Baptiste Isabel, instrumentiste au service courants faibles sur le site de Montoir-de-Bretagne.Long format "Gaziers, de l'ombre à la lumière", novembre 2022 ©Charles Crié.

La sécurité n’a pas de prix.

Baptiste Isabel, instrumentiste au service courants faibles à Elengy Montoir

Panneaux de signalisation règlementaire. ©Charles Crié
Elengy. Baptiste Isabel, instrumentiste au service courants faibles sur le site de Montoir-de-Bretagne.Long format "Gaziers, de l'ombre à la lumière", novembre 2022 ©Charles Crié.

La sécurité n’a pas de prix.

Baptiste Isabel, instrumentiste au service courants faibles à Elengy Montoir

Panneaux de signalisation règlementaire. ©Charles Crié
Elengy. Baptiste Isabel, instrumentiste au service courants faibles sur le site de Montoir-de-Bretagne.Long format "Gaziers, de l'ombre à la lumière", novembre 2022 ©Charles Crié.

La sécurité n’a pas de prix.

Baptiste Isabel, instrumentiste au service courants faibles à Elengy Montoir

Des hommes en contact avec le monde entier

Pendant que les agents du service CFA assurent la sécurité, ceux de la conduite dirigent l’activité (transbordement, déchargement, regazéification, etc.). Du haut de la tour de contrôle, une équipe de six personnes organisées en trois-huit est chargée de piloter et surveiller les installations.

Entré dans les Industries électriques et gazières il y a trente-deux ans, Bruno Moyon occupe depuis 2020 un poste clé : il est responsable d’une partie de l’exploitation du site et gère en particulier les escales des navires. Une mission qui le met en contact quotidien avec des clients de toutes nationalités et qui génère une bonne dose de stress. « Le petit travail tranquille, c’est pas pour moi », lâche-t-il en souriant.

« Homme de l’ombre », comme il se définit lui-même, ce cadre d’Elengy n’a pas l’habitude de parler à des journalistes. Mais il est très fier de pouvoir faire connaître son métier. Pour être sûr de ne rien oublier pendant l’interview, il a tout noté sur une grande feuille de papier.

Elengy. Bruno Moyon, assistant division conduite sur le site de Montoir-de-Bretagne.Long format "Gaziers, de l'ombre à la lumière", novembre 2022 ©Charles Crié

Je suis fier de mon métier.

Bruno Moyon, assistant division conduite à Elengy Montoir

Tour de contrôle. ©Charles Crié
Elengy. Bruno Moyon, assistant division conduite sur le site de Montoir-de-Bretagne.Long format "Gaziers, de l'ombre à la lumière", novembre 2022 ©Charles Crié

Je suis fier de mon métier.

Bruno Moyon, assistant division conduite à Elengy Montoir

Tour de contrôle. ©Charles Crié
Elengy. Bruno Moyon, assistant division conduite sur le site de Montoir-de-Bretagne.Long format "Gaziers, de l'ombre à la lumière", novembre 2022 ©Charles Crié

Je suis fier de mon métier.

Bruno Moyon, assistant division conduite à Elengy Montoir

Tour de contrôle. ©Charles Crié
Elengy. Bruno Moyon, assistant division conduite sur le site de Montoir-de-Bretagne.Long format "Gaziers, de l'ombre à la lumière", novembre 2022 ©Charles Crié

Je suis fier de mon métier.

Bruno Moyon, assistant division conduite à Elengy Montoir

« Hub » en surchauffe, agents sous pression

Mis en service en 1980, le terminal de Montoir a totalement changé en quelques années. Alors que c’était un opérateur portuaire monotâche réceptionnant la matière première, il est devenu un « hub ». C’est-à-dire une plateforme multimodale capable de proposer à de très nombreux clients des services sur mesure : transbordement, chargement de camions-citernes, chargement de micro-méthaniers, rechargement de méthaniers, ravitaillement de navires de croisière… Gérer autant d’activités tout en assurant la maintenance des installations constitue une prouesse au quotidien.

Gaziers : les terminaux en première ligne | Journal des Activités Sociales de l'énergie | 125710 Gaz Chalon Sur Saone 2

La charge de travail a augmenté pour tous les salariés, exécution, maîtrise ou cadre.

Amar Dib, délégué syndical national CFE-CGC d’Elengy

Dans ce contexte d’hyperactivité, les agents d’Elengy sont forcément en première ligne. Ils l’étaient en 2020 quand la France s’est retrouvée confinée et qu’il a fallu continuer à approvisionner le pays. Ils l’ont été toute l’année 2022, quand il a fallu fortement augmenter le rythme de réception du GNL pour compenser l’arrêt des importations russes. Montoir, qui n’a reçu qu’une dizaine de méthaniers en 2014, en recevra environ 140 cette année.

« Aujourd’hui, sur nos terminaux, on atteint des taux d’utilisation moyens proches de 95 %, affirme Amar Dib, délégué syndical CFE-CGC d’Elengy. La charge de travail a augmenté pour tous les salariés, exécution, maîtrise ou cadre. »

Gaziers : les terminaux en première ligne | Journal des Activités Sociales de l'énergie | 125883 portrait Julien Guillaud

Nos sites de Montoir et Fos-Tonkin sont vieillissants et il y a énormément de travaux à faire.

Julien Guillaud, délégué syndical national CGT d’Elengy et membre du CSE à Montoir

« On sollicite le site comme il ne l’avait jamais été depuis sa création », s’inquiète Julien Guillaud, membre CGT du CSE d’Elengy Montoir et délégué syndical de l’entreprise à l’échelon national. « Nos sites de Montoir et de Fos-Tonkin, mis en service respectivement en 1980 et 1972, sont vieillissants et il y a énormément de travaux à faire. Pour les réaliser, on est obligés d’arrêter les installations : fermer des vannes, débrancher des moteurs. C’est beaucoup de stress pour les agents de conduite. »

L’an prochain débute à Montoir un immense chantier, la rénovation du contrôle commande. Incontournable pour pouvoir prolonger jusqu’en 2040 la vie du terminal. Il faudra notamment transférer la tour de contrôle dans le bâtiment administratif. « Ça va nous prendre énormément de temps et à l’heure actuelle on n’a pas prévu d’effectifs supplémentaires », indique Baptiste Isabel. « Il y aura des grandes opérations de maintenance, confirme le directeur, Bruno Michel. Tout le défi sera de les faire tout en continuant à recevoir un grand nombre de navires et de grandes quantités de GNL à transformer. »

Elengy. Détail "zone gaz" sur le site de Montoir-de-Bretagne.
Pour prolonger la durée de vie du site, des travaux vont être menés à Montoir. ©Charles Crié

Les terminaux, des outils précieux pour notre souveraineté

Voué à un déclin progressif au nom de la lutte contre le réchauffement climatique, le gaz naturel liquéfié effectue un retour en grâce, aussi impressionnant qu’inattendu, depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine. À Montoir, le carnet de commandes est quasiment plein jusqu’en 2035. Les sites de Fos-sur-Mer tournent eux aussi à plein régime. Pourtant, il y a cinq ans à peine, Fos-Tonkin, le plus ancien des terminaux français, a bien failli être mis en retraite anticipée.

« Des stratèges très éclairés d’Engie ont voulu l’arrêter et débrancher aussi du réseau des sites de stockage parce qu’ils ne rapportaient pas assez, témoigne Bettina Hortal, responsable de la branche gazière à la CFE-CGC et membre du Conseil supérieur de l’énergie. Avec la CGT, on s’est battu bec et ongles au niveau de la CRE [Commission de régulation de l’énergie, ndlr], du ministère et du groupe Engie, et on a réussi à infléchir ces décisions. »

Au terminal de Montoir-de-Bretagne, l’escale du « LNG Merak » s’achève après vingt-quatre heures de déchargement. Cap sur Anvers, Zeebruges, puis le canal de Suez via Gibraltar. Né dans les chantiers navals de Shanghai en 2020, le jeune navire est déjà un habitué de l’estuaire de la Loire. En 2021, il a parcouru pas moins de 243 623 miles nautiques, soit onze fois le tour de la Terre, en s’arrêtant trois fois à Montoir. Depuis le mois de septembre, le colosse hongkongais en est déjà à sa deuxième visite.

Aussi impressionnant soit-il, ce n’est pas le plus gros bateau à venir accoster ici. Le terminal accueille désormais des « Q-Max », les plus gros méthaniers du monde (266 000 m3, 345 m de long), venus du Qatar pour des escales express. Ces escales, Bruno Michel les appelle trivialement des « tickets piscine ». Montoir est une piscine olympique qui attire aujourd’hui les cadors du monde entier. Et pour encore de nombreuses années.

La France importe 98 % de son gaz

Infographie sur le gaz en France. Long format "Gaziers, de l'ombre à la lumière", novembre 2022 ©CCAS
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[Chapitre 2]

Cet hiver, pas de gaz sans stockage

Rampes manifold à Gournay-sur-Aronde. ©Charles Crié

[Chapitre 2]

Cet hiver, pas de gaz sans stockage

Rampes manifold à Gournay-sur-Aronde. ©Charles Crié

[Chapitre 2]

Cet hiver, pas de gaz sans stockage

Rampes manifold à Gournay-sur-Aronde. ©Charles Crié

[Chapitre 2]

Cet hiver, pas de gaz sans stockage

Gournay-sur-Aronde, à moins d’une heure et demie de Paris, est le deuxième plus gros site de stockage souterrain en France. Un lieu stratégique car c’est le seul à alimenter le nord de la France. Grâce au travail des quelque 620 agents de Storengy SA, qui gèrent 14 des 16 sites de stockage de l’Hexagone, notre pays dispose d’un atout majeur pour faire face à l’arrêt des importations russes. Dans quelles conditions travaillent-ils ? Comment assurent-ils la sécurité énergétique du pays ? Pourquoi se sont-ils mis en grève l’été dernier ? Nous les avons rencontrés.

La vue est très belle depuis la départementale 82. En cet après-midi d’octobre, l’épais brouillard matinal s’est enfin dissipé, laissant apparaître de vastes étendues agricoles vallonnées, parsemées de charmantes haies. Difficile d’imaginer que sous ces champs de pommes de terre repose un véritable trésor industriel : 3 milliards de mètres cubes de gaz naturel enfermés dans une immense cavité rocheuse souterraine, sur 12 km de long, 2 ou 3 km de large et 40 m de hauteur. Le tout à 700 m sous la surface.

Storengy. Paysage agricole au dessus du site de Gournay-sur-Aronde.
Sous ces terres agricoles se cache une gigantesque réserve de gaz. ©Charles Crié

Classé Seveso « seuil haut » en raison des grandes quantités de gaz qu’il contient, le site de stockage de Gournay-sur-Aronde (Oise), localisé à un peu plus d’une heure au nord de Paris, est le deuxième plus gros de France. Géré par Storengy, filiale du groupe Engie, ce site créé en 1976 joue un rôle stratégique de tout premier ordre depuis la fermeture des vannes du gazoduc Nord Stream 1, qui alimentait la France en gaz russe via l’Allemagne. Gournay est le seul site en France à pouvoir stocker le gaz venant par gazoduc du nord de l’Europe. Plus précisément de Hollande et de Norvège.

Il est facile de passer devant l’enseigne Storengy sans la remarquer. Même s’il est une pièce maîtresse de notre approvisionnement énergétique, le stockage de Gournay se fond dans le paysage. Ici, pas de grands bâtiments industriels de type centrale électrique. Juste un lacis de tuyaux et de mystérieux assemblages de machines et de cheminées.

« Ça, c’est ce qu’on appelle l’“atelier déshydratation”. C’est là qu’on retire l’eau qui peut se trouver dans le gaz », explique Sébastien Fritot. Casque et lunettes de protection sur la tête, veste orange fluo, talkie-walkie dans la poche droite, détecteur « quatre gaz » et clé à molette dans la poche gauche, Sébastien est contremaître au sein de l’équipe maintenance puits.

Storengy. Sébastien Fritot, contremaître maintenance, devant un puits d’exploitation à Gournay-sur-Aronde.
Sébastien Fritot, contremaître maintenance, devant un puits d’exploitation. ©Charles Crié

Des « puits d’exploitation », il y en a une cinquantaine ici, répartis sur les 230 hectares du site. Ce sont de petites unités composées d’un tableau de contrôle et d’un tuyau à col de cygne relié au réservoir souterrain, délimitées par des chaînes jaunes et des panneaux où l’on peut lire : « Atmosphère explosive ». « At ex » pour les initiés.

« Ces puits sont des plateformes sur lesquelles on va injecter le gaz en été et le soutirer en hiver, poursuit Sébastien. Ils demandent énormément de maintenance car ils sont en contact avec le réservoir. On les contrôle très régulièrement. Toutes les semaines, une personne passe physiquement sur chacune des 50 plateformes. »

« Une station-service sur l’autoroute du gaz »

Réceptionner le gaz naturel, l’injecter dans le réservoir souterrain, le soutirer, en retirer l’eau (déshydratation) et le soufre (désulfuration) qu’il contient, lui donner une odeur, l’envoyer dans le réseau GRT Gaz… tout en assurant un niveau maximal de sécurité. Telle est la mission des quelque 50 agents qui travaillent ici.

« Nous sommes une sorte de station-service qui se trouve sur l’autoroute du gaz. L’autoroute, c’est le réseau GRT Gaz », résume Ahmed Senhaji, le directeur des sites Storengy de Germigny-sous-Coulombs et de Gournay-sur-Aronde.

Storengy. Rampe manifold sur le site de Gournay-sur-Aronde.
Le manifold permet de répartir le gaz dans les puits. ©Charles Crié
Storengy. Ahmed Senhaji, directeur du site de Gournay-sur-Aronde.
Ahmed Senhaji, directeur du site Storengy de Gournay devant l’atelier de désulfuration. ©Charles Crié
Storengy. Agent muni d'un talkie-walkie et d'un détecteur quatre gaz sur le site de Gournay-sur-Aronde.
Chacun a son talkie-walkie et son détecteur quatre gaz. ©Charles Crié

La salle de contrôle, point névralgique

Un stockage est un dispositif complexe où des hommes pilotent en surface les entrées et sorties de méthane. D’avril à octobre, quand les Français consomment peu de gaz, on remplit les réservoirs. De novembre à mars, quand tout le monde a besoin de chauffage, on les vide. Benjamin Dorangeville, arrivé à Storengy en 2003, à l’âge de 17 ans, supervise les opérations de ce qui constitue le centre névralgique des installations : la salle de contrôle.

C’est là, dans cette grande salle truffée d’écrans et d’ordinateurs, interdite à toute personne extérieure à l’entreprise, que l’équipe de conduite assure le bon fonctionnement du site. Benjamin travaille en trois-huit depuis douze ans. Un métier exigeant que ce grand barbu à la mine joviale exerce avec un plaisir communicatif.

Storengy. Benjamin Dorangeville, contremaître de l’équipe conduite du site de Gournay-sur-Aronde. Long format "Gaziers, de l'ombre à la lumière", novembre 2022 ©Charles Crié

Il faut être rigoureux et garder son sang-froid.

Benjamin Dorangeville, contremaître de l’équipe conduite à Storengy Gournay

Point d’équipe du matin. ©Charles Crié
Storengy. Benjamin Dorangeville, contremaître de l’équipe conduite du site de Gournay-sur-Aronde. Long format "Gaziers, de l'ombre à la lumière", novembre 2022 ©Charles Crié

Il faut être rigoureux et garder son sang-froid.

Benjamin Dorangeville, contremaître de l’équipe conduite à Storengy Gournay

Point d’équipe du matin. ©Charles Crié
Storengy. Benjamin Dorangeville, contremaître de l’équipe conduite du site de Gournay-sur-Aronde. Long format "Gaziers, de l'ombre à la lumière", novembre 2022 ©Charles Crié

Il faut être rigoureux et garder son sang-froid.

Benjamin Dorangeville, contremaître de l’équipe conduite à Storengy Gournay

Point d’équipe du matin. ©Charles Crié
Storengy. Benjamin Dorangeville, contremaître de l’équipe conduite du site de Gournay-sur-Aronde. Long format "Gaziers, de l'ombre à la lumière", novembre 2022 ©Charles Crié

Il faut être rigoureux et garder son sang-froid.

Benjamin Dorangeville, contremaître de l’équipe conduite à Storengy Gournay

Technicien « wireline », un métier très exposé

« Faites attention où vous mettez les pieds. Comme je vous le disais, on est à 1 803 jours sans accident du travail avec arrêt. » À Gournay, personne ne plaisante avec la sécurité. Surtout pas Ahmed Senhaji, le directeur du site, qui compte bien continuer à afficher ses bons résultats en la matière. Les salariés les plus exposés aux accidents et à des conditions de travail difficiles sont sans nul doute les techniciens « wireline », chargés de la maintenance des puits.

Frédéric Ben a tenu ce poste pendant une vingtaine d’années avant de devenir délégué syndical central de Storengy et responsable du secteur gaz à la Fédération nationale des mines et de l’énergie (FNME-CGT).

Le wireline, c’est un travail de pétrolier.

Frédéric Ben

Storengy. Puits d'exploitation sur le site de Gournay-sur-Aronde.
"At ex" pour la cinquantaine de puits qui permettent d’injecter ou de soutirer le gaz. ©Charles Crié

« Le wireline, c’est un travail de pétrolier. On porte des charges très lourdes et on utilise des outils qui doivent être mis en pression pour pouvoir être descendus dans les puits. Il y a des opérations très bruyantes, la purge du sas, par exemple. On est aussi en contact avec des gaz comme le H2S et le méthanol [dangereux pour l’homme à certaines doses, ndlr]. »

Si la direction est très pointilleuse sur la protection, concède Frédéric, le risque zéro n’existe pas. En 2001, une fuite de gaz a provoqué une énorme explosion, se souvient le responsable syndical. « Ça a fait exploser des blockhaus blindés, les toitures ont été soufflées et on a vu voler de grosses plaques de fonte à 50 mètres de hauteur. »

« Une grève extrêmement suivie »

Travailler en trois-huit ou dans un environnement dangereux, cela fait bien sûr partie du métier de gazier. Mais, lorsque les fruits du travail échappent à ceux qui font tourner la machine et remonter les dividendes, la colère sociale elle aussi peut monter.

C’est ce qui s’est passé fin juin, lorsque 10 sites de stockage français ont été bloqués par les agents, mécontents de voir leur salaire stagner tandis que les actionnaires d’Engie profitaient des bénéfices record réalisés par l’entreprise grâce à la hausse des prix du gaz.

Depuis la fusion entre Suez et GDF (2008), puis le découpage des activités de l’ancienne entreprise publique en sociétés privées (dont Storengy) sous la houlette d’Engie, celle-ci est accusée par les syndicats de siphonner les profits de ses filiales.

Le 27 juin 2022, à l’appel de la CGT, de FO et de la CFDT, les agents d’une dizaine de sites de stockage décident majoritairement de laisser leur casque au vestiaire et de bloquer l’entrée de leur entreprise. Principale revendication : une meilleure répartition des bénéfices pour l’ensemble des salariés. Le délégué CGT Frédéric Ben salue une grève « extrêmement suivie ». Les « bas salaires » ne sont pas les seuls à s’être mobilisés, observe quant à elle Martine Ravary, la représentante CFDT de Storengy France.

De grèves en négociations, les syndicats de Storengy ont obtenu en quelques mois d’importantes augmentations de salaire. « 11 % au total pour les agents dont le NR [niveau de rémunération, ndlr] est inférieur ou égal à 135 », se félicite Frédéric Ben.

Storengy. Frédéric Ben, délégué syndical central Storengy (CGT). Long format "Gaziers, de l'ombre à la lumière", novembre 2022 ©Charles Crié

La situation reste tendue.

Frédéric Ben, délégué syndical central Storengy (CGT)

Storengy. Martine Ravary, déléguée syndicale Storengy (CFDT). Long format "Gaziers, de l'ombre à la lumière", novembre 2022 ©Charles Crié

Les moyens humains ne sont pas à la hauteur.

Martine Ravary, déléguée syndicale Storengy (CFDT)

Tours de déshydratation. ©Charles Crié
Storengy. Frédéric Ben, délégué syndical central Storengy (CGT). Long format "Gaziers, de l'ombre à la lumière", novembre 2022 ©Charles Crié

La situation reste tendue.

Frédéric Ben, délégué syndical central Storengy (CGT)

Storengy. Martine Ravary, déléguée syndicale Storengy (CFDT). Long format "Gaziers, de l'ombre à la lumière", novembre 2022 ©Charles Crié

Les moyens humains ne sont pas à la hauteur.

Martine Ravary, déléguée syndicale Storengy (CFDT)

Tours de déshydratation. ©Charles Crié
Storengy. Frédéric Ben, délégué syndical central Storengy (CGT). Long format "Gaziers, de l'ombre à la lumière", novembre 2022 ©Charles Crié

La situation reste tendue.

Frédéric Ben, délégué syndical central Storengy (CGT)

Storengy. Martine Ravary, déléguée syndicale Storengy (CFDT). Long format "Gaziers, de l'ombre à la lumière", novembre 2022 ©Charles Crié

Les moyens humains ne sont pas à la hauteur.

Martine Ravary, déléguée syndicale Storengy (CFDT)

Tours de déshydratation. ©Charles Crié
Storengy. Frédéric Ben, délégué syndical central Storengy (CGT). Long format "Gaziers, de l'ombre à la lumière", novembre 2022 ©Charles Crié

La situation reste tendue.

Frédéric Ben, délégué syndical central Storengy (CGT)

Storengy. Martine Ravary, déléguée syndicale Storengy (CFDT). Long format "Gaziers, de l'ombre à la lumière", novembre 2022 ©Charles Crié

Les moyens humains ne sont pas à la hauteur.

Martine Ravary, déléguée syndicale Storengy (CFDT)

Les blocages de site et les grèves tournantes de l’été, pendant près de quatre semaines, n’ont pas empêché les agents de remplir à 100 % les réservoirs de Gournay-sur-Aronde, conformément à la demande du gouvernement consécutive à l’arrêt des approvisionnements en gaz russe.

Cette année encore, Gournay a rempli sa mission : constituer des réserves suffisantes pour permettre aux habitants du nord de la France de se chauffer, même en cas d’hiver très froid.

[Chapitre 3]

Les orfèvres du réseau

Dans la fouille avec Julien Prochasson, technicien GRDF. ©Charles Crié

[Chapitre 3]

Les orfèvres du réseau

Dans la fouille avec Julien Prochasson, technicien GRDF. ©Charles Crié

[Chapitre 3]

Les orfèvres du réseau

Dans la fouille avec Julien Prochasson, technicien GRDF. ©Charles Crié

[Chapitre 3]

Les orfèvres du réseau

Tous les jours, qu’il pleuve, qu’il gèle ou que le bitume fonde au soleil, les agents GRDF surveillent plus de 200 000 kilomètres de réseau, réparent les fuites, renouvellent les canalisations. Ces opérations mobilisent des compétences et un outillage très pointus. Nous avons passé une matinée avec deux techniciens gaz à Chalon-sur-Saône, en Bourgogne.

Ces métiers, essentiels à la sécurité des riverains, mériteraient d’être mieux payés, estiment les représentants des salariés. Après deux mois de mobilisation, ces derniers ont arraché des hausses de salaire, mais pas de deuxième NR, comme cela a été le cas pour leurs collègues d’EDF, GRT Gaz, Storengy ou Elengy.

Les étincelles jaillissent du métal chauffé à 6 000 °C. Agenouillé dans un trou d’un peu plus d’un mètre de profondeur, creusé dans la chaussée, un homme sorti tout droit d’un film de science-fiction réalise une soudure de haute précision sur une conduite de gaz.

Il porte une combinaison intégrale surmontée d’un gros casque à double visière intégrée qui se teinte automatiquement dès que l’arc électrique apparaît. Dans son dos, un tuyau relie l’arrière du casque à une grosse boîte noire : c’est un système de filtration conçu pour protéger les soudeurs des fumées toxiques.

GRDF. Techniciens gaz en intervention sur un chantier. Long format "Gaziers, de l'ombre à la lumière", novembre 2022 ©Charles Crié
La soudure sur métal "en charge" exige une formation très pointue. ©Charles Crié

Julien Prochasson, 34 ans, est technicien gaz depuis 2008. C’est le seul agent GRDF (Gaz réseau distribution France) à Chalon-sur-Saône à maîtriser la soudure sur métal « en charge » (avec du gaz sous pression). Pour obtenir cette qualification, « il faut suivre une formation de huit semaines », explique-t-il après avoir retiré son encombrant appareillage. « C’est une qualification assez pointue et très normée. On doit la repasser tous les ans et on la perd si on ne pratique pas pendant six mois. » Autant dire que Julien connaît les gestes par cœur.

L’infirmier et le chirurgien

On n’intervient jamais seul sur le réseau. Ce jeudi 13 octobre, c’est Hervé Denis, 42 ans, qui accompagne Julien. Objectif de la matinée : lancer le chantier de renouvellement des cinq branchements basse pression d’un immeuble HLM du centre-ville. Il s’agit de basculer d’anciennes installations datant de 1978 vers de la moyenne pression.

Pendant l’opération de soudure, Hervé joue un peu le rôle de l’infirmier auprès du chirurgien. C’est lui qui démarre le groupe électrogène nécessaire à l’électro-soudage. Il doit aussi rester très attentif tout au long de l’intervention au cas où un problème se produirait.

Même si Julien est quelqu’un d’expérimenté, je dois toujours avoir un œil sur ce qu’il fait, être en mesure d’arrêter le groupe électrogène s’il y a un souci. En cas de besoin, il y a aussi l’extincteur à proximité.

GRDF. Techniciens gaz en intervention sur un chantier.
Julien Prochasson (à g.) et Hervé Denis, techniciens gaz. ©Charles Crié

Avant de souder, il faut mettre le tuyau à nu. Cette fois, c’est Julien qui aide son collègue à enfiler sa combinaison, à la fermer hermétiquement en enroulant du gros scotch gris autour de ses poignets et de ses chevilles, et à vérifier aussi la position de son masque.

Il faut retirer à coups de marteau le « brai de houille » qui enrobe la canalisation. Pas question d’être en contact avec ce goudron classé CMR (cancérogène, mutagène et reprotoxique), qu’on utilisait autrefois pour protéger les conduites. Pas question non plus d’en rapporter à la maison. « Quand on casse le brai de houille, la poussière peut s’accrocher aux vêtements. Donc, on doit se couvrir entièrement », détaille Hervé.

GRDF. Technicien gaz en intervention sur un chantier.
Hervé Denis doit éviter tout contact avec le brai de houille qui enrobe la canalisation. ©Charles Crié

Dehors par tous les temps

Les techniciens gaz travaillent à l’extérieur quelle que soit la météo. « C’est sûr que c’est moins agréable pendant les mois d’hiver, quand on est tout le temps exposé au mauvais temps, reconnaît Julien. On travaille quand même dans des trous… Et l’été, quand il fait 40 degrés, avec les combinaisons, ce n’est pas évident non plus. »

Le confort ne fait pas partie de la fiche de poste. L’improvisation non plus. Chaque intervention obéit à un protocole très strict s’étalant sur au moins six mois : il faut réaliser une enquête de branchement, obtenir l’autorisation des propriétaires des lieux, faire venir un huissier, réaliser les travaux de terrassement…

En remplaçant progressivement le réseau basse pression par des raccordements moyenne pression, les techniciens gaz réduisent les risques liés à la rupture d’une canalisation. « Si demain le nouveau branchement que nous sommes en train d’installer ici est arraché à la suite d’un dommage à ouvrage, un système va se déclencher et couper automatiquement l’alimentation en gaz », explique Pierre Leclerc, le jeune manager de Julien et Hervé. « Dans l’ancien système, poursuit-il, il fallait une intervention humaine d’urgence pour arrêter la fuite. Ça pouvait prendre du temps. »

GRDF. Le dispositif de protection des branchements acier coupe automatiquement le gaz en cas de problème
Le DPBA (dispositif de protection des branchements acier) coupe automatiquement le gaz en cas de problème. ©Charles Crié

Chaque jour, en France, ils sont des centaines d’agents à inspecter, réparer et rénover le plus vaste réseau de distribution de gaz européen – plus de 200 000 km de canalisations –, qui alimente 11 millions de foyers. Il y a aussi ceux qui sillonnent les rues à bord des véhicules de surveillance des réseaux (VSR), à la recherche de la moindre molécule de méthane. Et ceux qui font de la recherche systématique de fuite (RSF) en parcourant à pied les endroits inaccessibles aux voitures. C’est le cas d’Hervé, lorsqu’il n’est pas sur un chantier : « On utilise une petite canne avec une ventouse au bout, un appareil hyperpuissant qu’on passe sur les interstices des trottoirs. »

GRDF, parent pauvre des IEG ?

Avec sept jours d’astreinte tous les mois, Hervé gagne un peu moins de 2 000 euros brut (NR 85). Comme son collègue Julien, il aime son métier. Les deux techniciens ne se plaignent pas de leurs conditions de travail et sont optimistes quant à leurs perspectives d’évolution au sein de l’entreprise.

Pourtant, le climat social est très tendu à GRDF : les profits s’accumulent, l’inflation s’installe mais les salaires ne suivent pas. Les difficultés que nous avons eues à organiser ce reportage à Chalon-sur-Saône témoignent de ces tensions : nous avons dû rester à distance des syndicats afin de pouvoir suivre deux agents dans leur travail.

Manifestation pour les salaires à Paris, le 29 septembre 2022.
Manifestation pour les salaires à Paris, le 29 septembre 2022. ©Pierre Charriau

Le 2 novembre dernier, vingt jours après notre séjour en Bourgogne et deux semaines après un accord conclu dans la branche des Industries électriques et gazières (IEG), la CGT, syndicat majoritaire à GRDF (46 %), appelait le personnel à faire grève. Elle exigeait que les agents de la distribution bénéficient des mêmes augmentations que celles obtenues à EDF, GRT Gaz, Storengy et Elengy : 2 NR (niveaux de rémunération) pour les bas salaires, soit un de plus que ce que proposait la direction. Une semaine plus tard, les agents d’Enedis obtenaient eux aussi ce deuxième NR.

En matière de salaires, « nous sommes les parents pauvres des IEG », estime Yann Renard, secrétaire adjoint du CSE central de GRDF. « Et pourtant, notre entreprise est celle qui remonte le plus de dividendes au groupe Engie [la maison mère, ndlr] : 518 millions d’euros cette année. C’est cinq fois plus que GRT Gaz et deux fois plus que Storengy. »

Le 18 novembre, deux mois après le début de la mobilisation des agents, un accord proposé par la direction de GRDF était signé par les représentants des fédérations FO, CFDT et CFE-CGC. Les agents obtenaient notamment 1 NR supplémentaire et une prime de 1 000 euros. En revanche, toujours pas de deuxième NR.

Les salariés de la distribution de gaz n’ont visiblement pas les mêmes moyens de pression que leurs collègues du nucléaire, du stockage ou des terminaux méthaniers. Mais la colère de certains ne retombera pas tant que leur demande d’équité ne sera pas entendue, prévient le secrétaire du CSE central de GRDF. Fin novembre, une quarantaine d’agences de distribution étaient toujours bloquées dans le pays : à Paris, Marseille, Saint-Étienne, en Bretagne, en Bourgogne…

En attendant de pouvoir obtenir leur part du gâteau, les techniciens gaz continuent, par tous les temps, à soigner le réseau et à assurer la sécurité des Français.

[Chapitre 4]

Demain, biogaz à tous les étages ?

Poste d’injection de biométhane. ©GRT Gaz

[Chapitre 4]

Demain, biogaz à tous les étages ?

Poste d’injection de biométhane. ©GRT Gaz

[Chapitre 4]

Demain, biogaz à tous les étages ?

Poste d’injection de biométhane. ©GRT Gaz

[Chapitre 4]

Demain, biogaz à tous les étages ?

Malgré son statut d’énergie fossile, le gaz naturel vient d’être inscrit sur la liste européenne des énergies qui favorisent la transition énergétique. La filière va ainsi pouvoir bénéficier dans les prochaines années de nouveaux investissements. Mais, pour respecter l’objectif de neutralité carbone à l’horizon 2050, elle n’aura d’autre choix que de se tourner massivement vers le biométhane et l’hydrogène.

Le 6 juillet 2022, le Parlement européen a fait entrer le gaz naturel dans la taxonomie verte de l’UE. Cela signifie qu’il est désormais considéré, malgré son statut d’énergie fossile, comme un atout dans la stratégie de décarbonation de l’économie du Vieux Continent. À ce titre, il va devenir beaucoup plus attractif aux yeux des investisseurs dans les années qui viennent.

Moins émetteur de CO2 que le pétrole ou le charbon, le gaz naturel a aussi l’avantage d’être facilement stockable et combinable avec des énergies renouvelables. Transportable par voie maritime, il joue enfin un rôle stratégique essentiel dans une Europe secouée par la guerre en Ukraine.

Biogaz. L’agriculture, gros pourvoyeur potentiel de biométhane.
L'agriculture est le principal pourvoyeur de biométhane. ©GRT Gaz
Biogaz. Mise en service de poste d'injection de biométhane sur le site de Mézières-sur-Oise.
Dans l'Aisne, mise en service d'un poste d'injection de biométhane. ©GRT Gaz
GRT Gaz. Une agente recherche des défauts sur une canalisation dans le Finistère.
Une agente GRT Gaz recherche des défauts sur une canalisation dans le Finistère. ©GRT Gaz

Mais la filière française du gaz ne pourra pas compter trop longtemps sur les ressources fossiles. La loi de transition énergétique pour la croissance verte, votée en 2015, fixe à 10 % la part minimum que doit atteindre le biométhane dans le mix gaz dès 2030. Pour y parvenir, la France devra multiplier sa production par cinq. Quant à l’hydrogène, il devrait monter en puissance dans les prochaines années et occuper, à terme, une place importante dans la mobilité et l’industrie.

Quelle place prendront demain ces nouvelles énergies au sein de la filière ? Quel impact ces transformations auront-elles sur les métiers, notamment ceux du transport ? Pour mieux comprendre ces enjeux, nous avons interrogé Anthony Mazzenga, directeur gaz renouvelables et hydrogène à GRT Gaz.

En 2050, le gaz fossile pourrait être remplacé par le biométhane et l’hydrogène, prédit Anthony Mazzenga, directeur gaz renouvelables et hydrogène à GRT Gaz. Quel sera l’impact sur les activités et métiers du transport ?

Le « verdissement » inévitable de la filière gaz aura un retentissement important sur la nature et le nombre des métiers concernés. Une étude prospective approfondie publiée en avril 2022 par le ministère du Travail prévoit, selon les scénarios envisagés, entre 27 000 et 170 000 nouvelles embauches d’ici à 2030. Ces chiffres sont à prendre avec prudence car l’étude s’applique à un périmètre qui dépasse largement celui des Industries électriques et gazières : il englobe les services énergétiques, les réseaux de chaleur ainsi que des équipements et unités de production extérieurs à nos industries gazières.

Les auteurs de l’étude voient dans cette filière un « potentiel de développement considérable » tout en reconnaissant que cette croissance exigera non seulement des investissements publics importants mais également la conversion du réseau de transport de gaz ainsi qu’une « révolution d’usages » des consommateurs. Quant aux entreprises, elles vont devoir former leurs salariés en poste, en particulier dans l’exploitation et la maintenance.

Demain, les agents devront maîtriser les procédés « gaz verts » (biométhane, bioGNV [gaz naturel pour les véhicules], hydrogène vert) ; les techniques de couplage, d’injection et de rebours (ressortir du gaz du réseau de distribution pour réguler les flux). Il faudra mettre à jour ses compétences dans toute une série de domaines : mécanique des fluides, électromécanique, instrumentation, automatisme industriel, biologie, etc. Apprendre à utiliser « des équipements de plus en plus connectés », à réaliser « des interventions de plus en plus préventives et à distance », précise l’étude commandée par le ministère du Travail. Savoir, enfin, maîtriser « de nouvelles règles de sécurité », notamment pour l’hydrogène, dont la flamme est invisible à l’œil nu et dont on ne perçoit pas la chaleur.

[ÉPILOGUE]

Merci aux acteurs de ce long format !

renouvelables et hydrogène à GRT Gaz, automne 2022.
Anthony Mazzenga, directeur gaz renouvelables et hydrogène à GRT Gaz, automne 2022. ©Charles Crié
Julien Prochasson, technicien GRDF à Châlon-sur-Saône, automne 2022.
Julien Prochasson, technicien GRDF à Chalon-sur-Saône, automne 2022. ©Charles Crié
Hervé Denis, technicien GRDF à Châlon-sur-Saône, automne 2022.
Hervé Denis, technicien GRDF à Chalon-sur-Saône, automne 2022. ©Charles Crié
Pierre Leclerc, manager d'équipe GRDF à Châlon-sur-Saône, automne 2022.
Pierre Leclerc, manager d'équipe GRDF à Chalon-sur-Saône, automne 2022. ©Charles Crié
Frédéric Ben, délégué syndical central de Storengy et responsable du secteur gaz à la FNME-CGT.
Frédéric Ben, délégué syndical central de Storengy et responsable du secteur gaz à la FNME-CGT. ©Charles Crié
Martine Ravary, déléguée syndicale CFDT à Storengy, automne 2022.
Martine Ravary, déléguée syndicale CFDT à Storengy, automne 2022. ©Charles Crié
Benjamin Dorangeville, contremaître de l’équipe conduite à Storengy Gournay.
Benjamin Dorangeville, contremaître de l’équipe conduite à Storengy Gournay. ©Charles Crié
Ahmed Senhaji, directeur des sites Storengy de Germigny-sous-Coulombs et Gournay-sur-Aronde, automne 2022.
Ahmed Senhaji, directeur des sites Storengy de Germigny-sous-Coulombs et Gournay-sur-Aronde, automne 2022. ©Charles Crié
Sébastien Fritot, contremaître de l’équipe maintenance puits en extérieur à Storengy Gournay.
Sébastien Fritot, contremaître de l’équipe maintenance puits en extérieur à Storengy Gournay. ©Charles Crié
Julien Guillaud, délégué syndical national CGT d’Elengy et membre du CSE à Montoir, automne 2022.
Julien Guillaud, délégué syndical national CGT d’Elengy et membre du CSE à Montoir, automne 2022. ©Charles Crié
Amar Dib, délégué syndical national CFE-CGC d’Elengy, novembre 2022.
Amar Dib, délégué syndical national CFE-CGC d’Elengy, novembre 2022. ©Charles Crié
Bruno Michel, directeur du site Elengy Montoir, automne 2022.
Bruno Michel, directeur du site Elengy Montoir, automne 2022. ©Charles Crié
Baptiste Isabel, instrumentiste au service courants faibles à Elengy Montoir, automne 2022.
Baptiste Isabel, instrumentiste au service courants faibles à Elengy Montoir, automne 2022. ©Charles Crié
Bruno Moyon, assistant division conduite à Elengy Montoir, automne 2022.
Bruno Moyon, assistant division conduite à Elengy Montoir, automne 2022. ©Charles Crié

Date de publication
1er décembre 2022

Photos
Charles Crié
Pierre Charriau
GRT Gaz
Elengy

Rédacteur en chef
Stéphane Laforge

Secrétaire de rédaction
Tiffany Princep

Sons
Daniel François

Vidéos
Pôle audiovisuel CCAS
Storengy

Infographie
Adèle Provost

Conception
Élie Barret

Référent conception
Nicolas Galante

Correctrice
Anne Depot

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