Émilie Brisavoine : « Grâce à la CCAS, j’ai nourri un désir de culture, qui continue aujourd’hui de m’habiter »

Emilie Brisavoine © Émilie Brisavoine, bathysphere productions, Micro Climat

Émilie Brisavoine, 42 ans, est ce qu’on appelle communément « une enfant des Activités Sociales ». Dans les colos, festivals, séjours en famille, etc., elle a vécu de nombreuses expériences et notamment la rencontre avec le monde de la culture. Elles ont influé sur son parcours professionnel de réalisatrice de deux films documentaires « Pauline s’arrache » (2015) et « Maman déchire » (2025).

Quel est votre lien avec les Activités Sociales ?

Émilie Brisavoine : J’ai grandi sous un pylône à haute tension dans le sud de la France. Mon père était agent technique à RTE, puis contrôleur de travaux dans l’ingénierie. Mes parents étaient divorcés. Mon frère et moi, nous avons grandi avec mon père, c’est lui qui a eu notre garde. Nous l’avons suivi au cours de ses mutations. De Cergy-Pontoise, dans le Val-d’Oise, nous avons déménagé à Toulon, puis à Mougins, derrière Cannes. À partir de 7 ans, à toutes les vacances, mon frère et moi, nous partions en colo avec les Activités Sociales. J’ai pu aller à la mer, à la montagne, expérimenter aussi des activités très variées : de la mini-moto au ski en passant par le tour de la Corse en Zodiac. En Corse, j’avais 17 ans : c’était l’aventure et une sensation de liberté incroyable ! Avec le Zodiac, nous pouvions accéder à des endroits magnifiques, très reculés. J’ai aussi profité d’une colo dédiée au stylisme, un domaine qui me passionnait. Nous étions encadrés par des professionnels et avons créé nos propres modèles. Nous avons même fait le tour des villages vacances avec nos créations ! 

« Les colos, c’était pour moi un moyen de sociabiliser avec des jeunes issus de milieux très différents, venant de partout. »

Qu’est-ce qui vous a le plus marquée ?

Au-delà du projet inclusif, j’ai pu aussi expérimenter en colo la culture du vivre-ensemble. Les colos, c’était pour moi un moyen de sociabiliser avec des jeunes issus de milieux très différents, venant de partout. J’y ai noué ainsi des amitiés très fortes. Les Activités Sociales m’ont permis d’accéder à la culture. Enfant, j’étais une lectrice compulsive car j’étais insomniaque. Dans les centres de vacances, il y avait toujours une bibliothèque, j’y ai étanché ma soif de lecture. Et adolescente, comme j’habitais près de Cannes, j’ai pu assister à des projections dans le cadre du festival de cinéma Visions Sociales. Grâce à l’offre culturelle proposée pendant les vacances, et à laquelle je n’aurais pas pu accéder chez moi, j’ai nourri un désir de culture, qui continue aujourd’hui de m’habiter.

Comment êtes-vous passée derrière la caméra ?

J’ai fait du cinéma un peu par hasard : j’étais professeure d’arts appliqués et je me suis mise à filmer ma famille, sans penser que j’allais réaliser des films. « Pauline s’arrache », le premier, a été sélectionné par l’Acid, dont la CCAS est partenaire. J’ai pu projeter ce documentaire patchwork sur ma famille dans les villages vacances, notamment au Brusc. C’était très émouvant : je revenais sur le lieu de mes vacances et mon père voyait ce film pour la première fois avec ses collègues et amis, ceux avec lesquels j’avais grandi. 

« Ce qui m’a intéressé le plus dans mes films, c’est de montrer comment il a fallu prendre de la distance vis-à-vis du tissu familial qui m’a modelée. »

Quel objectif nourrissiez-vous en portant votre attention sur votre famille ? 

Dans mes deux films, j’ai essayé de faire le récit de mon histoire mais de mon propre point de vue. L’émancipation, c’est le but de chaque personne ! Il est possible de s’émanciper de ce qui entrave notre développement. Ce qui m’a intéressé le plus dans mes films, c’est de montrer comment il a fallu prendre de la distance vis-à-vis du tissu familial qui m’a modelée. En effet, dans tout héritage, il faut savoir ce que l’on garde, c’est-à-dire ce qui nous nourrit et nous grandit, et ce qui nous entrave. S’émanciper, c’est ainsi faire ce double mouvement où il s’agit de se connaître mieux pour comprendre les autres et de trouver sa place parmi eux… tout en en laissant une aux autres ! Mon enjeu était de parvenir à faire le point, puis à mettre de l’ordre face à tous ces souvenirs, ces sensations, ces émotions… de façon à faire mon propre récit de mon histoire. Il y a souvent dans les familles quelqu’un qui a un récit hégémonique, il y a toujours des mythologies familiales. L’émancipation, c’est aussi cela, sortir des récits qui arrangent certains pour faire entendre sa voix.


Pour aller plus loin 

« Ma mère, le plus grand mystère de l’univers« 

Dix ans après « Pauline s’arrache », qui retrace le portrait de sa demi-sœur, Émilie Brisavoine raconte sa mère dans « Maman déchire », femme chaotique qui la fascine autant qu’elle la rend dingue. Des parents divorcés, une enfance dans une cité EDF, l’éloignement de la mère, qui a refait sa vie avec un compagnon queer… Comment guérir de sa mère ? À son tour devenue mère, la réalisatrice cherche la réponse, à partir d’une composition foutraque d’images VHS tout droit sorties des archives familiales… 

« Maman déchire ». À retrouver sur la Médiathèque des Activités Sociales.

Tags:

Qui sommes-nous ?    I    Nous contacter   I   Mentions Légales    I    Cookies    I    Données personnelles    I    CCAS ©2026

Vous connecter avec vos identifiants

Vous avez oublié vos informations ?