Nucléaire relancé, solaire et éolien consolidés, électrification des usages massifiée : la troisième Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE 3), publiée par décret le 13 février et soumise pour la première fois à une clause de revoyure dès l’an prochain, n’a pas fini d’agiter le débat politique.
La nouvelle programmation pluriannuelle de l’énergie
Après cinq années de concertation et de débats, et avec près de trois ans de retard, Sébastien Lecornu a présenté le 12 février, depuis les centrales hydroélectriques EDF de Vouglans et du Saut-Mortier (Jura), le contenu de la nouvelle Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE 3). Publié le lendemain même au « Journal officiel », le texte tant attendu trônait déjà, fin novembre, au « sommet de la pile » sur le bureau du Premier ministre, qui souhaitait que des décisions sur les grands enjeux énergétiques du pays soient prises avant Noël. Sans résultat.
Compte tenu des enjeux économiques et écologiques qui entourent la PPE 3, le suspense ne pouvait durer plus longtemps. Sans attendre les conclusions de l’audit sur le coût des énergies renouvelables, commandé le 4 décembre dernier à Jean-Bernard Lévy, ancien patron d’EDF, et Thierry Tuot, ex-directeur général de la CRE (Commission de régulation de l’énergie), pas plus que le résultat des élections municipales, le gouvernement a tranché, décrétant la feuille de route énergétique du pays pour les dix prochaines années. À la plus grande satisfaction des filières énergétiques, en manque de visibilité sur leurs investissements depuis déjà plusieurs mois.
Plan massif de soutien à l’électrification
Enfin publiée, la PPE 3 consacre l’électrification des usages comme condition de la réussite de la transition énergétique. « Tous azimuts et dans l’ensemble des filières », conformément au souhait exprimé par Sébastien Lecornu lors de son déplacement dans le Jura. Avec, comme première échéance, l’adoption au printemps d’un plan massif de soutien à l’électrification des transports, du logement et de l’industrie.
La PPE 3 fixe l’objectif de porter la production d’électricité bas carbone entre 650 et 693 TWh en 2035, contre 458 TWh en 2023, tout en réduisant la consommation d’énergies fossiles à environ 330 TWh, contre 900 TWh aujourd’hui. La part d’énergie décarbonée atteindrait ainsi 60 % dès 2030, puis 70 % en 2035.
Relance massive du nucléaire
En rupture avec la précédente version, qui envisageait la fermeture de 14 réacteurs, la PPE 3 acte la relance du nucléaire, grâce à la construction de 6 réacteurs de nouvelle génération EPR2, la possibilité d’en construire 8 autres, et la prolongation de la durée de vie des centrales actuelles jusqu’à cinquante, voire soixante ans. Outre la construction d’un premier petit réacteur modulaire (SMR) au début de la prochaine décennie, la PPE 3 prévoit une optimisation des 57 réacteurs du parc existant, avec une production attendue entre 380 à 420 TWh d’ici 2030 (320 TWh en 2023), alors qu’EDF visait 400 TWh.
« Le gouvernement choisit de sanctuariser le nucléaire et de se servir des énergies renouvelables comme variables d’ajustement. »
Développement « raisonné » du solaire et de l’éolien
Sur le renouvelable, la PPE 3 propose un développement « raisonné et réaliste ». Après les craintes, l’an dernier, d’un moratoire sur le solaire et l’éolien – qui aurait menacé près de 80 000 emplois selon le SER (Syndicat des énergies renouvelables) –, ces deux filières s’en sortent plutôt bien, même si leurs objectifs ont été revus à la baisse pour s’adapter aux prévisions de RTE. Dans son dernier bilan prévisionnel 2035, le gestionnaire du réseau acte, en effet, une production d’électricité largement supérieure à la consommation en 2024 et 2025 et estime que cette situation de surcapacité devrait perdurer quelques années encore.
Dans ce contexte, le gouvernement choisit de sanctuariser le nucléaire et de se servir des énergies renouvelables comme variables d’ajustement. Le solaire photovoltaïque devrait atteindre 48 GW en 2030, puis entre 55 et 80 GW en 2035. Cette trajectoire correspond à un déploiement d’environ 3 GW par an, loin du rythme de ces deux dernières années. Sachant que 10 GW figurent déjà en liste d’attente… Malgré ce coup de frein, les professionnels du secteur sont soulagés, surtout après la publication, le 19 février, du cahier des charges de l’appel d’offres solaire sur toitures et ombrières de la CRE, avec un volume appelé de 300 MWc.
« Pour la première fois, le gouvernement a introduit dans le texte une clause de revoyure afin d’ajuster les objectifs de décarbonation de la France. »
Rendez-vous en 2027
Concernant l’éolien terrestre, le gouvernement privilégie le renouvellement des parcs existants. Les cibles sont fixées à 31 GW en 2030 et 35 à 40 GW en 2035, contre environ 24 GW actuellement. En revanche, l’éolien en mer accélère, avec 15 GW de puissance prévue d’ici à 2035. Avec 5 000 emplois industriels et la présence sur son territoire de 3 des 11 sites européens de fabrication de composants de turbines, la France espère ainsi renforcer son leadership dans ce domaine. Quant aux capacités hydroélectriques, elles devraient augmenter de 2,8 GW pour atteindre 28,7 GW en 2035, avec un accent particulier sur les stations de transfert d’énergie par pompage.
En optant pour une publication de la PPE 3 par décret plutôt que par la voie législative, Sébastien Lecornu s’est attiré les foudres de ses opposants politiques, dénonciateurs d’un « passage en force » jugé « anti-démocratique ». Le Premier ministre a survécu à deux nouvelles motions de censure – l’une déposée par les députés du Rassemblement national et l’autre par ceux de La France insoumise –, majoritairement rejetées par l’Assemblée nationale, le 25 février. La PPE 3 fait également l’objet d’un recours contentieux introduit devant le Conseil d’État par Me William Azan, avocat représentant d’associations opposées aux énergies renouvelables, mais sa requête en annulation a peu de chances d’aboutir.
Si le coût de la PPE 3 sur les finances publiques, variable suivant les scénarios des prix de gros de l’électricité, reste sujet à controverses, l’avenir de la politique énergétique hexagonale n’est pourtant pas gravé dans le marbre. En effet, le gouvernement a introduit pour la première fois dans le texte une clause de revoyure en 2027, afin d’ajuster les objectifs de décarbonation de la France, notamment le rythme de déploiement des énergies renouvelables et nucléaires, à ses besoins réels en électricité. De quoi largement nourrir les débats de la future élection présidentielle.
Pour aller plus loin
Stratégie énergie et climat : la PPE et la SNBC, des outils pour atteindre la neutralité carbone
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