Ados et surinformation : comment s’y retrouver ?

Les jeunes générations s’informent principalement via leur smartphone et les réseaux sociaux. ©Sébastien Le Clézio/CCAS

En vingt ans, l’espace médiatique a explosé. Désormais, ce sont Google et les réseaux sociaux qui dictent le tempo et grignotent notre temps de cerveau disponible. Comment faire pour trouver son chemin, quand on est un ado, dans ce monde saturé d’informations ?

Aux États-Unis, les 13-18 ans dorment aujourd’hui moins de sept heures par nuit, selon une récente enquête menée auprès de 360 000 jeunes. Or, à cet âge, disent les spécialistes, on a besoin de dormir neuf heures. Dans “Apocalypse cognitive”, le sociologue Gérald Bronner désigne sans détour la cause première de ce dangereux déficit de sommeil : le smartphone.

En France, le taux d’adolescents qui en possèdent un est passé de 59 % en 2014, à 86 % cinq ans plus tard. La capacité de concentration de ces jeunes face à l’information a suivi une courbe inverse : elle est désormais inférieure de 35 % à celle de la génération précédente. Bruno Patino, directeur éditorial d’Arte France, parle de “civilisation du poisson rouge” pour montrer à quel point notre temps de cerveau disponible est capté par nos écrans.

Des vidéos qui s’enchaînent pour nous rendre accros

La captologie – l’art de capter l’attention par l’informatique et les technologies numériques – qui s’est développée dans la Silicon Valley, s’est inspirée de l’observation des comportements des adolescents. Ceux-ci aiment se comparer aux autres et sont friands des indicateurs qui leur permettent d’évaluer leurs performances et leur popularité. D’où le succès des réseaux et des médias sociaux avec leurs “likes”, leurs “followers” et leurs techniques imparables.

“Sur YouTube, les vidéos s’enchaînent dans un ordre établi par la machine pour maintenir l’utilisateur accro. Quoi que vous regardiez en termes de vidéos d’actualité, vous tomberez au quatrième clic sur un contenu complotiste, prévient le directeur éditorial d’Arte. En permettant à tout contenu ‘sponsorisé’, c’est-à-dire payé, d’être plus vu, quel que soit son émetteur ou sa nature, les plateformes ont permis au doute fabriqué par les pouvoirs économiques et politiques de prospérer sur leur réseau.”

Fake news : un gouvernement pas innocent

Nous quittons ainsi un monde où l’information, hiérarchisée (plus ou moins bien) par la télé, la radio et les journaux, était produite et vérifiée par des journalistes. Et nous entrons dans un univers inconnu, saturé de posts et de tweets approximatifs ou mensongers. Un espace infini où se mêlent sans distinction “faits, opinions erreurs, enquêtes rigoureuses, mensonges avérés, témoignages, canulars, analyses précises, calomnies, communiqués…”, liste Bruno Patino.

Dans ce “brouhaha” numérique, certains contenus – liés au sexe, à la peur, à la colère ou à la violence – captent l’essentiel de notre attention, s’inquiète Gérald Bronner.

Comment les ados peuvent-ils trouver leur chemin dans cette forêt numérique parsemée de “trash news” et de “fake news”, ces fausses nouvelles disséminées – volontairement ou non – par les internautes, mais aussi par les lobbies économiques et les responsables politiques…

Parmi les nombreux mensonges gouvernementaux de ces derniers mois, on peut citer l’affaire des masques anti-Covid, jugés officiellement inutiles en début de pandémie et devenus obligatoires aujourd’hui. La propagande serait même le ciment de la démocratie libérale, si l’on en croit l’historien David Colon, auteur de “Propagande. Manipulation de masse dans le monde contemporain” (2019).

Le discernement des jeunes souvent sous-estimé

Dans ce contexte, l’aptitude des jeunes à discerner une “fausse” information d’une “vraie” est souvent sous-estimée. “Les jeunes savent ce qu’ils peuvent partager sans problème et ce qui n’est pas propre à être diffusé”, plaide Émilie Morand, chercheuse à l’Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire (Injep), qui vient de publier une étude sur les usages du smartphone dans les colos.

Plutôt que de déprécier la culture des jeunes, ajoute Anne Cordier, spécialiste des usages et pratiques numériques, regardons ce que leur apportent certains outils. “YouTube réconcilie les pratiques informationnelles vouées aux loisirs et celles destinées à l’apprentissage formel, assure la chercheuse. Les jeunes sont extrêmement sensibles à son design qui s’adresse directement à leur émotion et leur ressenti affectif.”



Pour autant, il est fondamental de poursuivre le précieux travail d’éducation aux médias entamé par certaines associations, comme Lumières sur l’info, ou par le Clemi, centre pour l’éducation aux médias et à l’information, créé il y a bientôt quarante ans : il organise, du 22 au 27 mars, la 32e semaine de la presse et des médias dans l’école.

Et dans les Activités Sociales ?

Sur le temps des vacances, en colo ou en famille, les Activités Sociales aussi prennent part à ce travail de longue haleine visant à éclairer le chemin des ados. Avec la lampe-torche de leur téléphone, mais pas seulement.

Ce n’est ni une fake news ni un ragot : “le monde des rumeurs” s’invite dans vos villages vacances cet été ! C’est l’un des thèmes des Act’éthiques, programme de rencontres et de débats proposés chaque année aux bénéficiaires. Phénomène aussi vieux que la parole, la rumeur – et son cortège de fausses informations – s’est emballée ces dernières années, avec la multiplication des réseaux et des médias sociaux. Alors, comment savoir si l’on a affaire à une fausse info ? Le complotisme est-il une vérité alternative ?

Vous pourrez en discuter dès le mois de juillet avec un·e spécialiste des médias ou un·e journaliste du “Journal des Activités Sociales”. Ou alors participer à un atelier de montage vidéo animé par des pros. L’occasion de mieux cerner les enjeux du journalisme. Et de faire la lumière sur la face obscure des médias.


Pour aller plus loin

“Être connecté·e·s en colonie de vacances : usages du smartphone à l’adolescence”, rapport d’étude d’Émilie Morand, 2020, INJEP Notes & rapports/Rapport d’étude.


“Apocalypse cognitive”, de Gérald Bronner
PUF, 2021, 396 p., 19 euros.


“La civilisation du poisson rouge”, de Bruno Patino
Éditions Grasset, 2019, 184 p., 17 euros (version numérique : 7,49 euros).

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“Propagande. La manipulation de masse dans le monde contemporain”, de David Colon
Belin, 2019, 432 p., 25 euros

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