Aussois : un atelier dessin au parfum de printemps (arabe) et de liberté

Graffeur, peintre, plasticien et tatoueur, membre de l’Atelier des artistes en exil, Ismat Ben Moussa dit Sim Marek a animé un atelier graff au village vacances d’Aussois, pendant les vacances d’hiver 2021. ©Didier Delaine/CCAS

Le graffeur et plasticien tunisien Sim Marek, réfugié en France, a animé pendant une semaine des ateliers de dessin avec les enfants au village vacances d’Aussois, en Savoie, dans le cadre d’un partenariat entre la CCAS et l’association L’atelier des artistes en exil. Il y a dix ans, il participait à la Révolution qui alluma la mèche du Printemps arabe.



Dans la salle d’activité transformée en salle d’exposition et en atelier de dessin, on n’entend pas une mouche voler. Seulement le bruit des marqueurs sur les feuilles de papier. Douze petite tête brunes et blondes, penchées sur le rectangle blanc, s’appliquent à respecter la seule consigne donnée par Sim Marek : “Aujourd’hui, chacun va utiliser son imaginaire pour créer un extra-terrestre qu’on n’a jamais vu nulle part. Essayez de faire le dessin le plus original possible !” “Monsieur, on peut laisser des zones blanches ?” “Bien sûr, on est libre de faire ce qu’on veut !”

Menacé de mort pour avoir dessiné un salafiste

Publiquement menacé suite à l’exposition collective de la 10e édition du Printemps des Arts Fair Tunis en 2012, Sim Marek fuit la Tunisie vers l’Ukraine, puis s’exile en France en 2017. ©Didier Delaine/CCAS

En matière de liberté artistique, Sim Marek en connaît un rayon. “Au collège, je remplissais de dessins mes cahiers, et à douze ans je faisais mes premiers graffs sur le mur des voisins. J’étais un peu fou : je signais avec mon vrai prénom (rires).”

Né à Tunis en 1989, il a 21 ans quand éclate la Révolution dite “de jasmin”, celle qui allumera la mèche du printemps arabe. “Je manifestais tous les jours dans la rue avec des potes pour faire tomber Ben Ali.” Dans la nuit du 13 au 14 janvier, alors que le despote est déjà en train de fuir, Sim Marek se retrouve dans un commissariat, accusé d’être un “traître à la nation.” Interrogé pendant des heures, frappé au visage, menotté, il craint le pire : finir dans les geôles du régime. Mais il s’en sort miraculeusement. Et l’année suivante, il réalise son premier tableau, qui représente un salafiste en colère. Cette fois, c’est une fatwa qui s’abat sur lui.

Entre Sim Marek et les enfants, le courant passe

Retour à Aussois. L’atelier dessin prend fin. Les extra-terrestres croqués par les enfants semblent venir de douze planètes différentes. Celui de Fleur, douze ans et demi, est entouré d’objets et de choses étranges. “C’est difficile d’avoir l’imagination des plus petits, constate-t-elle. Mon petit frère, lui, arrive à s’occuper tout seul dans sa chambre, il s’invente des mondes.” Pourtant, la jeune fille ne se lasse pas de cet atelier dessin qu’elle a découvert la veille. Elle admire les tableaux de Sim Marek, exposés au fond de la pièce : “son travail est hyper stylé !”

Au cours de l’atelier, les enfants sont invités à découvrir leur potentiel de création. ©Didier Delaine/CCAS

Alors que les adultes arrivent à leur tour pour découvrir l’exposition et rencontrer l’artiste, Fleur n’a pas envie de partir : “Est-ce qu’il y a encore un atelier demain ?”, s’enquiert-elle. Antoine, dix ans, est tout aussi élogieux : “Sim Marek est très doué pour travailler l’imagination et les formes. Le but de l’exercice qu’il propose n’est pas de reproduire la réalité, mais de la détourner”, analyse-t-il avec une maturité déconcertante.

Antoine, qui rêve de devenir créateur de jeux vidéo, a dessiné un extraterrestre-Yéti, tout poilu, qui découvre la Terre, cette drôle de planète où poussent de gros panneaux “Covid”, et où les habitants restent terrés dans des immeubles.

“Partager mon art avec les jeunes, ça m’inspire énormément”

Si Sim Marek a pu passer cette semaine à Aussois, c’est grâce à un partenariat signé l’an dernier entre la CCAS et l’Atelier des artistes en exil. Cette association offre des espaces de travail à des exilé·es de toute discipline ; elle les met en relation avec des professionnels et les aide à développer leur pratique artistique.

Inspiré par Jean-Michel Basquiat, Sim Marek garde une constante référence au graff. ©Didier Delaine/CCAS

Dans la station savoyarde, le graffeur tunisien a renoué avec quelque chose qui lui tient particulièrement à cœur : l’échange avec les jeunes. “Partager mon art, mon expérience avec eux, c’est sacré pour moi, ça m’inspire énormément, c’est du pur ‘kif’ ! En tant qu’autodidacte, je veux montrer aux enfants qu’ils peuvent faire des choses tout seuls, qu’il n’y a pas de bon ou de mauvais dessin, qu’il y a juste de l’émotion qui s’exprime.”

Sim Marek va repartir à Paris avec de nouvelles énergies et quelques certitudes supplémentaires, lui qui était également venu “tester” auprès des bénéficiaires des Activités sociales les premiers panneaux d’une future exposition prévue en 2022.

Il emmènera dans ses bagages le dessin d’extra-terrestre réalisé par Fleur et qu’elle lui a dédicacé. “Je vais le garder et l’afficher chez moi !”, lance-t-il les yeux pétillants.


Sim Marek en 8 dates :

  • 1989 – Naissance à Tunis
  • 2001 – Premiers graffitis sur les murs des voisins
  • 2011 – Participe à la Révolution et échappe de justesse aux geôles de Ben Ali
  • 2012 – Frappé d’une fatwa à cause de son tableau “Kefer”, représentant un salafiste en colère
  • 2017 – Arrive en France après quatre année de doute et d’errance
  • 2019 – Obtient l’asile politique en France
  • 2021 – Anime des ateliers de dessin au village vacances d’Aussois
  • 2022 – Exposition prévue à Paris

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Page Facebook : @Sim.Marek

Compte Instagram : @sim_marek_


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