Cent poètes à Sète

Les gradins du théâtre de la Mer sont pleins le 26 juillet pour le concert de Paco Ibanez. © Sophie Chyrek/CCAS

Du 21 au 29 juillet dernier, la 20e édition du festival Voix vives a rassemblé plus de 65 000 spectateurs au cœur de la ville. Plus de 100 auteurs venus de toutes les rives de la Méditerranée participaient à cette manifestation.


À ceux qui se méprendraient encore sur la vivacité de la poésie contemporaine, le festival Voix vives de Méditerranée en Méditerranée à Sète (Hérault) apporte une réponse catégorique. Durant neuf jours, de l’aube à la nuit, sur la terre ferme comme sur l’eau, les voix émergentes de la poésie s’y font entendre dans une ambiance chaleureuse et festive. Comme le confie Maïthé Vallès-Bled, fondatrice et responsable de cette manifestation, “la poésie est avant tout quelque chose qui ouvre les esprits, étend les horizons et permet de mieux comprendre l’autre”. Elle ajoute : “Tellement peu de place lui est laissée dans nos sociétés contemporaines occidentales que tout ce qui peut aider à la découvrir ou de la redécouvrir doit être fait.” Aussi, loin de cultiver l’élitisme, cette manifestation défend l’idée d’une poésie accessible en assurant la gratuité de tous les événements. À l’exception des balades en voilier et de trois concerts nocturnes au Théâtre de la mer (donnant effectivement sur la mer…).
Dans les rues, les places, les cours, les jardins publics ou privés, et parvis d’église, conteurs, poètes, musiciens, chanteurs et éditeurs cohabitent pour plus de 650 rendez-vous en huit jours. Tous célèbrent « les » Méditerranées – africaine, des Balkans, latine ou orientale.
À l’atelier du conte de Rachid Akbal, le public joue les histoires qu’on lui raconte. Durant l’atelier slam, on travaille sur la sonorité des mots et leur “éclatement sonore”, ou plus tard, à 22 heures, lecture à la chandelle avec le poète iranien Garous Abdolmalekian. Il y a aussi les siestes sonores, les lectures en écho, les lectures débats, les apéritifs poétiques, les joutes poétiques, les contes à la belle étoile… À noter que le festival fait aussi toute sa place à la langue des signes française, avec, sur deux scènes, les poèmes traduits en LSF.

Sieste-lecture dans les hamacs, jardin du Château-d’eau. © Sophie Chyrek/CCAS

Rivages d’une Méditerranée plurielle

Pour mettre les visiteurs dans les conditions propices aux découvertes, le confort et l’originalité ne sont pas laissés au hasard. On savoure la plupart de ces lectures sur un transat, voire dans un hamac à l’ombre des marronniers au bord d’un bassin (jardin du Château d’Eau). D’autres se font à bord d’un voilier pendant une virée en mer. Une expérience tentée par Sabrina Guillaud, technicienne CPC Enedis à Montpellier. “Je ne connaissais pas ce festival, témoigne-t-elle, bien qu’habitant la région depuis sept ans.” Elle reconnaît qu’elle n’aurait pas eu l’idée de s’y rendre sans la proposition de sa CMCAS. “Pour moi, la poésie, c’était un peu ringard. Eh bien non, c’est tout sauf ennuyeux. Nous avons fait le tour de l’étang de Thau en écoutant Viviane Ciampi, poétesse italienne. Les ados venus des colos se sont pris au jeu et ont lu les traductions. C’était magnifique ! Même si certains sujets évoquent les attentats, d’autres portent l’espoir.”

Lecture en mer en compagnie de la poétesse Viviane Ciampi. © DR/CCAS

C’est vrai qu’à Sète avoir la tête dans les nuages ne signifie pas s’abstraire de tout contexte. Tout comme les haut-parleurs, les cent calicots imprimés de citations poétiques accrochés dans les rues résonnent avec l’actualité internationale. Cette année le thème du festival était la paix. Mais, souligne la poétesse Sapho, marraine du festival, “beaucoup de nos poèmes parlent de la guerre”. À l’instar des textes de la Syrienne Fadwa Souleimane, ils se font l’écho, d’une rue à l’autre, d’une Méditerranée en déchirements.

Ecoutez notre reportage :

Extraits

Et une fenêtre ayant grand ouvert ses volets
Pour que de l’embouteillage du vent entre la voix de l’ami.
Salma Khadra Jayyousi, Palestine

Ce n’est pas moi qui parle,
C’est vous :
Je ne fais que vous écouter.
Horia Badescu, Roumanie

J’ai levé les yeux jusqu’aux sommets
Où les puissants tiennent registre.
Mais je n’ai eu de désir qu’aux choses simples.
Philippe Delaveau, France

Et la nuit, le ciel se perd
Et au petit matin
On le retrouve
Mohamad Nasser Eddin, Liban

Ah c’est moi ça dans le miroir
C’est moi ça ?
Ah.
Sapho, France

Que sait-on de la prochaine aube
Sera-t-elle de lumière ou de sang
Ananda Devi, île Maurice

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