Bernard Stiegler : “l’amateur sauvera le monde”

Porteur d'un immense potentiel, l'amateur irrigue la société de mille et une sources d'intelligence ©X.Zimbardo/ccas

Porteur d’un immense potentiel, l’amateur irrigue la société de mille et une sources d’intelligence ©X.Zimbardo/ccas

Dans un entretien accordé aux animateurs des Parle (Pratiques amateurs lecture et écriture), le philosophe Bernard Stiegler prône un modèle économique de la contribution.

L’irruption du numérique et du web à travers le monde établit un espace neuf dans le champ de la connaissance de l’humanité, comparable, affirme Bernard Stiegler, à l’apparition de l’écriture. Il peut et doit ouvrir de nouvelles perspectives à la figure de l’amateur. Cet amateur, nos sociétés, qui ont beaucoup investi sur l’expertise, le renvoient à son amateurisme, alors qu’il est animé de libido siendi (amour du savoir).

Pêcheur à la mouche, photographe, technicien, bricoleur, « l’amateur, souligne Bernard Stiegler, est celui qui est d’abord motivé par des centres d’intérêt plutôt que par des raisons économiques ». Il est à ses yeux porteur d’un potentiel économique, social ou culturel méprisé, ignoré et qui cependant irrigue la société de mille et une source d’intelligence. Or, la fin de la plupart des emplois aujourd’hui connus, induite par l’automatisation de la société via les outils numériques, est une actualité brûlante : « L’annonce par Bill Gates, ancien PDG de Microsoft, de la disparition de la plupart des emplois que nous connaissons ; l’installation de 10 000 robots dans les entrepôts d’Amazon, la robotisation de la médecine chirurgicale, ce n’est pas de la science-fiction. C’est tout le modèle économique basé sur la croissance et le pouvoir d’achat, la production et la consommation qui est ébranlé. » Pour Bernard Stiegler, cette impasse nous impose de penser une économie de la contribution dans laquelle l’amateur tiendra le rôle central.

Le mouvement du logiciel libre ou la construction d’une encyclopédie comme Wikipédia, gratuite et reposant sur près d’un million de contributeurs dans le monde, montre que cette économie existe déjà. Google repose sur ce modèle contributif, mais privé, des mots, instaurant ce que Frédéric Kaplan nomme le capitalisme linguistique. » Quel serait le statut du contributeur : « Je ne vois pour l’instant que le statut des intermittents du spectacle comme point d’appui. Les périodes de socialisation du travail et des savoirs succéderaient à des périodes d’étude, d’élargissement des connaissances et des compétences. » La France et l’Europe sont-elles armées pour de tels défis ? « Non, affirme le philosophe, alors même que le web est une invention européenne des scientifiques du Cern [Centre européen de recherche nucléaire]. Il faut que l’Europe se dote d’une puissance intellectuelle collective. Les États-Unis et la Chine – qui possède le plus gros calculateur du monde – ont de vraies politiques du numérique. L’Europe n’en a pas.»

Retrouvez l’intégralité de la vidéo de Bernard Stiegler sur le site des Parle.

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Entretien avec Bernard Stiegler ©Dir.AV/ccas

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