C’était Mai 68 (épisode 1) : avoir 20 ans à EDF-GDF

©Frédéric Guyot/CCAS

Les commémorations de Mai 68 soulignent deux aspects des “événements”. D’une part, l’irruption politique d’une jeunesse née du baby-boom de l’après-guerre. D’autre part, l’implication massive des travailleurs, et non des seuls ouvriers, lors de grèves sans précédent depuis 1936. Deux aspects qui se retrouvent pleinement au sein d’EDF-GDF. C’est le premier épisode de notre chronique sur Mai 68 dans les IEG. 

Depuis sa création en 1946, l’entreprise nationalisée voit ses effectifs monter en qualification. En 1950, les ouvriers représentaient 80 % du personnel. Un quart de siècle plus tard, ils n’en représentent plus que 55 %, sur 120 000 salariés. Techniciens, agents de maîtrise et cadres montent en puissance. L’appareil de formation et de promotion interne d’EDF-GDF tourne à plein.

De nouvelles écoles de métiers sont ouvertes à Soissons-Cuffies, Saint-Affrique ou Nantes-Montluc, en plus de celle, historique, de Sainte-Tulle, dans le cadre de la promotion ouvrière, ou encore à Versailles et Lyon-la-Mouche pour les gaziers. La mobilité entre services ou entre régions est la règle. Des provinciaux se font embaucher dans les centrales thermiques alimentant les grands centres urbains.

En dépit de ce renouvellement constant des effectifs, le paysage syndical reste stable : la CGT continue d’obtenir autour de 55 % des voix aux élections professionnelles comme c’est le cas depuis les années 1950, le reste se partageant entre FO (14%) légèrement devancée par la nouvelle CFDT, créée en 1964 par scission de la CFTC, et suivie par l’UNC, ancêtre de la CGC.

Une combativité intacte

Cette évolution du salariat d’EDF-GDF stimule la curiosité des sociologues du travail. Quelle sera la combativité de ces nouveaux salariés, plus qualifiés ? Seront-ils, comme l’affirme une certaine tendance de la sociologie emmenée notamment par l’Américain Charles Wright Mills, happés par les délices de la société de consommation qui les éloignera de la lutte syndicale ? Christiane Barrier, une des premières chercheuses à poser la question, y répond clairement par la négative dans une étude parue dans la revue “Sociologie du travail” en avril 1968. Pour elle, “la population d’EDF est remarquablement homogène. Il y a très peu de différences de combativité entre les différentes catégories sociales”. La suite des événements lui donnera raison.

Cette mutation du salariat d’EDF-GDF entraîne aussi remises en cause et introspections au sein du mouvement syndical. Quelle peut être la place des nouveaux syndiqués, issus de la jeunesse ? Comment peuvent-ils prendre place dans la vie syndicale, dominée par des plus anciens ayant connu la Résistance ? Roger Pauwels, qui dirige alors la fédération CGT (Marcel Paul en étant président d’honneur depuis 1966), est né en 1923 ; Georges Touroude, à la tête de FO, en 1925 ; René Decaillon, son homologue de la CFDT, en 1926. Pour les jeunes agents d’EDF-GDF, issus des premières générations du baby-boom, ces dirigeants ont l’âge de leurs parents, avec lesquels les rapports sont souvent conflictuels.

Conflit des générations… syndicales

Les jeunes aspirent à plus de liberté, de choix individuels et d’unité syndicale. C’est en tout cas le message que martèlent deux jeunes agents d’EDF, Laure Édouard, 27 ans, sténodactylo dans les services centraux, et Hervé Jurgenson, 22 ans, employé au service comptable, interviewés dans une double page de “Force”, le magazine de la CGT de l’énergie, dans son édition de mai 1968, parue juste avant que ne débutent les fameux événements.

Le conflit des générations fait donc irruption dans le mouvement syndical. Les directions fédérales en sont bien conscientes. En 1965 à Sainte-Tulle, puis l’année suivante à Nîmes, la CGT a organisé ses premières conférences fédérales de la jeunesse. Le succès de ces initiatives a conduit la fédération à programmer, pour les 17 et 19 mai 1968, un grand événement revendicatif et festif, mêlant conférences, compétitions sportives et expositions artistiques. Un “grand défilé des travailleurs sous forme d’une cavalcade de la jeunesse avec chars revendicatifs, par corporation, par localité ou par département, avec des jeunes en tenue de travail ou costume local et régional, avec les sportifs” est prévu. Mais l’histoire va soudainement s’accélérer et entraîner l’annulation de cet événement.


À suivre…
Épisode 2 : la grande grève

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