Circuits courts : les locavores creusent leur sillon

Pour les vacanciers de Camplong d’Aude, le marché de Congoust (ici en 2018) où les producteurs locaux proposent leurs légumes, jus de fruits, miel ou confitures est une étape incontournable. ©Eric Raz/CCAS

Demain, où achèterons-nous nos légumes, nos fruits, nos céréales ? Cette question est au menu des Act’éthiques 2021, rencontres-débats proposés chaque année dans les villages vacances autour de thématiques d’actualité. L’occasion de se pencher sur une pratique en forte progression dans l’Hexagone : les achats alimentaires en circuits courts.

Associations pour le maintien d’une agriculture paysanne (Amap), magasins de producteurs, groupements d’achats… Les initiatives visant à rapprocher producteurs et consommateurs se multiplient. Si notre appétit pour les aliments de proximité n’est pas nouveau, il a connu un net regain lors du premier confinement : “Les circuits courts sont apparus comme un moyen d’augmenter notre résilience, notre capacité à résister aux chocs, à pouvoir s’approvisionner quoi qu’il arrive”, explique Yuna Chiffoleau, directrice de recherche à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae).

“Beaucoup de producteurs ont compensé la fermeture des marchés [lors du premier confinement] par de la livraison à domicile ou dans les quartiers : ce mouvement a dépassé toutes les prévisions. Des groupements d’achats entre voisins se sont constitués, poursuit l’ingénieure agronome et sociologue. L’alimentation locale rassure dans ces temps de crise où on se sent fragile, où on prend conscience de notre dépendance vis-à-vis de filières longues que l’on connaît mal.”



Un rejet du modèle agro-industriel

“Nombre d’agriculteurs et de boulangers veulent s’affranchir des grandes marques et des produits standard (farines toutes prêtes, additifs…), cultiver des blés et d’autres céréales en valorisant la biodiversité (variétés locales, variétés plus anciennes)”, note Yuni Chiffoleau. ©Eric Raz/CCAS

Au cours du dernier quart de siècle, les scandales sanitaires se sont multipliés : vache folle, poulet à la dioxine, lasagnes à la viande de cheval, affaire Lactalis, etc. “La crise de la vache folle, en 1996, marque le début d’une prise de conscience des effets négatifs de la mondialisation, de l’opacité des circuits longs”, reprend Yuna Chiffoleau qui sillonne la France depuis une quinzaine d’années pour étudier les initiatives citoyennes en matière de consommation alternative.

Ainsi, la montée en puissance des circuits courts est également l’expression d’un rejet du modèle agro-industriel dominant. Un modèle qui met en danger la biodiversité, aggrave le réchauffement climatique, crée des intermédiaires inutiles et favorise les inégalités au sein des filières.

Les circuits courts alimentaires permettent à l’inverse de tisser des solidarités de proximité “entre voisins, à l’échelle d’une commune, entre consommateurs et producteurs. Elles se construisent par l’action : magasin de producteurs qui accueille un collègue en difficulté, cuisine centrale pour l’aide alimentaire, livraison à des personnes âgées ou isolées”, détaille la directrice de recherche.

Le localisme, un phénomène marginal ?

Tirée par la restauration collective et le numérique, la part des circuits courts dans l’alimentation des Français, estimée entre 15 et 20 %, reste pourtant minoritaire. “93 % des acheteurs en circuits courts fréquentent les supermarchés ou hypermarchés au moins une fois par mois”, notait Yuna Chiffoleau en 2018. “Le consommateur veut pouvoir accéder à une offre alimentaire variée, à un coût maîtrisé sans avoir à supporter des coûts de prospection démesurés. Seule une organisation industrielle du commerce alimentaire permet de satisfaire ces trois objectifs”, écrivaient des sénateurs dans un rapport sur l’avenir de l’alimentation publié en mai 2020.

Le localisme ne serait-il donc qu’un phénomène marginal, incapable de bousculer l’ordre économique actuel ? C’est ce que pense Aurélien Bernier, collaborateur au Journal des Activités Sociales et auteur de “L’illusion localiste” (Utopia, 2020). Il fustige “le mythe d’une économie locale plus humaine et ‘durable’ : “un céréalier a beau cultiver des terres au fin fond du Lot-et-Garonne, ses choix et son avenir dépendent des cours du maïs ou du blé sur les bourses mondiales.”

Yuna Chiffoleau, quant à elle, voit au contraire le secteur céréalier comme très prometteur pour les circuits courts : “En France, les filières locales de céréales et légumineuses se développent très fortement. Il y a énormément d’agriculteurs et de boulangers qui veulent s’affranchir des grandes marques, des farines toutes prêtes, des additifs, etc. Ils veulent valoriser la biodiversité (variétés locales et anciennes) et proposer des produits différents. C’est un mouvement très, très important. Et toutes les régions s’y mettent.”

À Anglet, le local à la fête

Des légumes, de la viande, du poisson, du fromage, de la bière… Le tout 100 % local ! Depuis 2018, les centres de vacances peuvent choisir leurs fournisseurs sans passer obligatoirement par le référencement national. De nombreux villages vacances (et colos) ont profité de l’ouverture pour relocaliser une partie de leur menu. Parmi eux, Anglet, dans les Pyrénées-Atlantiques.

“Nous sommes au moins à 60 % de circuits courts aujourd’hui. Nous avons une nouvelle carte régionale à des prix très raisonnables, avec des produits très typiques, que nous proposerons aux bénéficiaires dès que la situation sanitaire le permettra”, affirme la responsable principale Cécile Castendet. “Travailler en proximité, ça crée des liens avec l’environnement local, notamment avec les acteurs de l’économie sociale et solidaire.”


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