Contez-moi… la Retirada : 28 mars 1939, Madrid tombe, un voile noir s’abat sur l’Europe

Il y a quatre-vingts ans, civils et militaires républicains espagnols fuyant les armées franquistes franchirent en masse les Pyrénées pour chercher refuge en France. ©Frédéric Guyot/CCAS

Dernier épisode de notre chronique sur la Retirada : après la perte de la Catalogne, le territoire contrôlé par la République espagnole se limite en février 1939 au quart sud-est du pays, incluant Madrid. Une armée de 500 000 hommes, plutôt bien équipée et aguerrie par trois années de combat, tient la zone. Mais le moral fait défaut.  


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Les dernières semaines de la République sont plus riches en trahisons et en abandons qu’en combats militaires. À la tête du gouvernement républicain, le socialiste Juan Negrín est plus que jamais dépendant de l’aide soviétique et du Parti communiste espagnol. Mais la mainmise croissante de ce parti, en particulier sur l’armée, suscite des critiques de plus en plus fortes dans le camp républicain. Sa volonté affichée de combattre jusqu’au bout ne parvient plus, après plus de trois années de guerre, à mobiliser.

Le seul espoir de la République est qu’éclate cette guerre mondiale qui menace, qui transformerait la guerre civile espagnole en un affrontement européen entre la France, le Royaume-Uni et l’Espagne républicaine, d’une part, l’Allemagne nazie, l’Italie fasciste et l’Espagne nationaliste, de l’autre.

Franco adoubé

Las, le 27 février 1939, la France et le Royaume-Uni reconnaissent le gouvernement de Franco, installé à Burgos, comme gouvernement légitime de l’Espagne. Dans la foulée, le président de la République espagnole, Manuel Azaña, constatant son impuissance, démissionne (il mourra dix-huit mois plus tard en exil en France). C’est le début de l’effondrement final.

Un homme clé joue un rôle dans cette débâcle : Segismundo Casado, militaire de carrière, républicain, commandant l’armée du centre. Persuadé que toute résistance est inutile, il prend contact avec les services secrets franquistes début février, pour négocier les conditions d’une reddition dans l’honneur. Ces derniers laissent entendre, de manière vague, qu’ils sont prêts à garantir la sécurité des anciens républicains, et que les nationalistes seront d’autant plus cléments que la guerre s’achèvera vite.

Dans la nuit du 5 mars, Casado annonce à la radio la destitution du président du Conseil Juan Negrín, alors absent de Madrid, et la formation d’un gouvernement où sont représentées toutes les tendances républicaines, sauf les communistes. Commencée par le “golpe” manqué de Franco, la guerre d’Espagne s’achève par un autre coup d’État, cette fois interne à la République, et de nouveaux affrontements armés au sein du camp républicain. Mais le putsch de Casado a lieu bien trop tard pour changer le cours des choses.

Vers l’effondrement final

Indifférent aux offres de paix du nouveau chef républicain, revenant très vite sur ses vagues engagements à la mansuétude à l’égard des vaincus, Franco attend que Madrid tombe comme un fruit mûr, activant sa “cinquième colonne” (selon l’expression qui désignera durant la Seconde Guerre mondiale les espions et les forces ennemies dormantes tapies dans la population), qui s’apprête à s’emparer de l’État.

Les forces nationalistes passent à l’attaque de la capitale espagnole le 26 mars. Deux jours plus tard, la ville de Madrid annonce sa reddition. Ceux qui ont des relations ou les moyens tentent de s’enfuir vers les ports, dans la plus grande confusion. Mais les bateaux sont rares, surtout depuis que la cinquième colonne franquiste a pris le contrôle du port de Carthagène et de ce qui restait de la flotte militaire républicaine.

Alicante est l’ultime réduit républicain, dans lequel s’entassent sur les quais du port, dans un chaos dantesque, près de 15 000 républicains attendant d’hypothétiques navires. Alicante tombe le 31 mars. Le lendemain, Franco proclame sa victoire.

Cinq mois et trois jours plus tard éclate la Seconde Guerre mondiale, dont la tragique guerre d’Espagne et ses au moins 500 000 morts auront été le terrible laboratoire.

L’exil, fil rouge pour trois CMCAS

Les CMCAS Aude-Pyrénées Orientales, Languedoc et Toulouse ont choisi de prendre pour fil rouge de leur action en 2019 la question des migrations, de l’accueil des réfugiés et de leur intégration dans notre pays.

Alors que des milliers de personnes continuent de traverser la Méditerranée au péril de leur vie, ces questions résonnent tout particulièrement dans ces départements occitans et catalans en cette année anniversaire de la Retirada.

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