“Demain c’est loin” : une truculente lutte des castes

Jacky Schwartzmann présentera son livre “Demain c’est loin” dans les centres de vacances de la CCAS cet été. ©Eric Raz/ CCAS

Avec “Demain c’est loin”, récompensé par de nombreux prix, Jacky Schwartzmann livre une comédie policière… et sociale. Drôle et caustique, l’auteur n’épargne ni les bourges ni les caïds de banlieue, les renvoyant dos à dos. Un auteur à retrouver dans vos centres de vacances cet été.

Bio express. C’est après le succès de “Mauvais coûts” paru en 2016 que Jacky Schwartzmann se consacre entièrement à l’écriture. Il excelle dans le polar déjanté. L’auteur manie avec finesse l’humour noir, dont il se sert pour montrer les travers de la société. “Demain c’est loin” a été couronné par de nombreuses récompenses. Son dernier ouvrage, “Pension complète”, est sorti en 2018.

L’histoire. Tout oppose François Feldman, jeune entrepreneur raté issu d’une cité lyonnaise, et Juliane Bacardi, sa banquière, genre BCBG. Un concours de circonstances va pourtant faire entrer ces deux-là en collision. Un choc qui engendrera le chaos et bouleversera leurs vies respectives. Une chose est sûre, on passe un bon moment en lisant ce polar déjanté, façon fracture sociale.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’on se bidonne en lisant “Demain c’est loin”. L’humour est-il votre marque de fabrique ?

En fait au départ, j’ai utilisé l’humour sans vraiment le décider. Dans la vie, je suis un clown ; j’aime bien déconner. C’est ma façon d’être. Or, pendant longtemps j’ai écrit des bouquins pas marrants, que les éditeurs refusaient d’ailleurs. Parce que, pour moi, la littérature devait être sérieuse ! Je sentais bien qu’il y avait quelque chose qui clochait dans mes récits. Avant de jeter l’éponge, je voulais en écrire un dernier : “Mauvais coûts”.

Du coup je me suis lâché ; et il a été publié par La Fosse aux ours, un petit éditeur lyonnais. Ensuite, j’ai été repéré par les éditions du Seuil. J’avais trouvé mon style. Je raconte une histoire, sans barrière, sans aucune autocensure. L’humour est un élément essentiel ; il permet de dire des choses importantes, mine de rien, de façon indirecte. Et finalement ça passe mieux.

L’idée du duo des contraires est un peu rebattue, non ?

Je suis parti du constat – assez ahurissant d’ailleurs – que des personnes habitant un même quartier peuvent passer toute leur vie sans s’adresser la parole, sans partager quelque chose de sympa ensemble. Elles se croisent sans jamais se rencontrer réellement car elles vivent dans des mondes différents, parallèles. C’est le décalage qui est intéressant : deux personnes destinées à s’ignorer se croisent, et je m’amuse avec les clichés que les deux protagonistes ont l’un envers l’autre tout en respectant, je crois, les deux camps, sans jamais en favoriser un.

En fait, c’est l’histoire de ma vie. Une métaphore de ce que j’ai vécu. J’ai grandi dans une cité : mon père était ouvrier. Mes parents ont divorcé ; ma mère s’est remariée avec un chercheur en médecine, et là j’ai découvert un autre milieu. Durant quelques années, j’ai navigué dans deux univers socioculturels très éloignés, voire opposés : celui de la cité et celui des bourges. Je connais donc très bien les architectures de pensée de chaque camp. Je me suis inspiré de cette expérience.

Vos deux héros, François Feldman et Juliane Bacardi, bien que pétris de clichés, sont plutôt attachants. Finalement c’est l’ignorance de l’autre qui conduit au conflit ?

C’est le problème de la méconnaissance. Chaque camp a ses codes, pas forcément compréhensibles pour l’autre. Les mecs des cités ont leur façon de parler qui peut paraître agressive à ceux qui n’en ont pas l’habitude. Mais c’est une façon d’être, de s’affirmer plus que de l’agression. Et vice versa. En fait, c’est la lutte des castes plus que celle des classes. Les gens ne vivent pas dans la même réalité. Leurs univers sont juxtaposés.

Lorsque j’étais étudiant, j’ai organisé à plusieurs reprises des “chouilles” [fêtes, ndlr] réunissant mes potes de la fac et ceux de la cité. C’est vrai, au début, j’avais un peu peur mais ça s’est toujours bien passé. Lorsque les gens se découvrent, apprennent à se connaître, à se parler vraiment, ils finissent par se comprendre et parfois même s’apprécier.

On dit que vous êtes politiquement incorrect. Qu’est-ce que cela signifie ?

Je ne trouve pas ! Mais je ne m’interdis rien. Je déteste la posture de l’écrivain militant. Je crois plutôt être dans la vigilance. Je m’intéresse aux gens, aux relations sociales. Je suis attentivement l’actualité. Dans mes écrits, je mets en scène ce qui me pose question, ce qui m’agace, ce qui m’énerve dans la nature humaine. Mais je refuse de donner des leçons. S’il s’agit juste de dénoncer, on ne va pas bien loin.

Dans votre livre, vous faites une vraie déclaration d’amour à la France…

Oui, je suis effectivement amoureux de la France. J’en ai marre du “French bashing”. Je ne supporte plus les gens qui vomissent sur elle. La rengaine “la France, c’est nul, on n’est plus libres…”, ça me saoule ! Je dis aux détracteurs d’aller voir ce qui se passe dans d’autres pays où sévissent la répression, l’absence de liberté. Nous vivons dans un pays génial. La France, c’est la différence : ce sont des régions géographiques variées et des gens hétérogènes qui la composent. On peut être français de plein de façons différentes.


Rencontres avec l’auteur

“Demain c’est loin”, de Jacky Schwartzmann
Seuil, 2017, 192 p ., 17 euros (e-book : 11,99 euros)

Retrouvez Jacky Schwartzmann du 26 au 30 août à Bœrsch, Bassemberg, Kaysersberg, Munster et Baume-les-Dames, dans le cadre des rencontres culturelles organisées par la CCAS pendant les vacances d’été et d’hiver. Et retrouvez son livre “Demain, c’est loin” dans les bibliothèques de tous les centres de vacances !


Pendant vos vacances : cet été, 1200 rencontres culturelles vous attendent dans les centres de vacances et les colos de la CCAS

Programme complet à découvrir sur ccas.fr, rubrique Culture et Loisirs, et dans la brochure ci-dessous.

 Rencontres culturelles 2019

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