« Des racines et des graines » : coulisses d’une colo écocitoyenne

Les jeunes ne sont pas prêts d’oublier leurs deux semaines d’immersion en milieu rural, avec la colo « Des racines et des graines ». Ici, à la ferme de Brémelin, dans le Morbihan, été 2021. ©Pierre Charriau/CCAS

Après l’annulation des séjours à l’étranger en raison de la crise sanitaire, la CCAS a mis en place de nouvelles colos en France. L’une d’elles, intitulée « Des racines et des graines », vise à sensibiliser les 15-17 ans aux enjeux de l’alimentation et de la biodiversité. Reportage aux côtés des ados en juillet 2021.

Des dizaines de biches, de faons et de cerfs galopent dans le pré. Ils ont entendu le tracteur : c’est l’heure du repas. Derrière la clôture grillagée aux larges mailles, dans l’ombre des arbres, onze paires d’yeux ébahis observent la scène. C’est un moment rare pour les adolescents de cette colo itinérante, qui a établi son campement à la ferme de Brémelin, mi-juillet, au nord de Vannes (Morbihan).

De l’autre côté de la clôture, Soazig et Jean-Luc Le Bot, deux des quatre gérants de la ferme, s’approchent des jeunes. Les questions fusent. « À quel âge les faons arrivent-ils à maturité ? Qu’est-ce que vous leur donnez à manger ? Il y a une école pour apprendre à élever les cerfs ? C’est quoi pour vous le plus beau moment dans l’année ? » Ancienne directrice d’une structure d’animation jeunesse, Soazig transmet aux adolescents son enthousiasme pour ce nouveau métier de paysanne qu’elle exerce depuis une quinzaine d’années avec son compagnon et un autre couple.

« C’est un travail très intéressant ! » témoigne-t- elle avant d’ajouter : « En Bretagne, une ferme sur deux sera à vendre dans les années qui viennent ! » « Ça donne envie ! » répond Maëlle avec un grand sourire. La jeune fille, qui entre à Sciences Po en septembre, se destine plutôt à travailler dans la diplomatie ou les relations internationales. Mais elle n’est pas ici par hasard. « Cette colo, c’était la seule qui me tentait. J’aime tout ce qui est en accord avec la nature. Et j’ai beaucoup aimé échanger avec Soazig et Jean-Luc sur leur évolution professionnelle, leur choix de vie, eux qui ne viennent pas forcément du milieu agricole. Ça montre que leur choix est possible ! »

Histoires d’algues

La plage de la Grandville, près de Saint- Brieuc, est déserte. « Danger temporaire. Algues vertes », peut-on lire à l’entrée, en lettres rouges. Ce danger vient du gaz dégagé par les algues en décomposition. Depuis la fin des années 1980, trois hommes et une quarantaine d’animaux en sont morts. Principal responsable de ce fléau : les déjections des élevages industriels de porcs dont les Côtes d’Armor sont le premier producteur.

C’est cette histoire qu’André Ollivro, gazier à la retraite et lanceur d’alerte, est venu raconter aux adolescents ce samedi 17 juillet. Un récit édifiant à l’origine d’une BD à succès : « Algues vertes, l’histoire interdite », dont André est l’un des principaux personnages.

La vie sans supermarché et sans fast-food

©Pierre Charriau/CCAS

La ferme de Brémelin, où les adolescents ont passé trois jours, produit des conserves à base de viande de cerf, des fruits et des légumes, du pain et des pizzas. C’est un collectif résolument engagé dans l’agriculture biologique et paysanne et la préservation de la biodiversité. Bref, le lieu idéal pour parler d’alimentation, l’un des thèmes centraux de cette colo écocitoyenne joliment intitulée « Des racines et des graines ». Deux semaines d’immersion en milieu rural pour expérimenter la vie sans supermarché et sans fast-food.

Discuter avec des paysans, récolter leurs légumes, les cuisiner, manger leurs pizzas fabriquées entièrement à la main, faire la lessive et la vaisselle… « Cette colo, pour moi, ce ne sont que des premières fois ! » lâche Amandine. La jeune citadine, qui habite près de Caen, voulait « sortir de sa zone de confort ». C’est réussi. « Ici, tout est bon, on ne mange que du bio, même le chocolat ! Vraiment, je pense que je vais faire plus attention à ce que je mange à partir de maintenant. »

Autour de chez moi, il n’y a que des maisons. Alors ici, je suis totalement dépaysée.

Si elle n’a pas renoncé aux hamburgers, elle n’oubliera pas de sitôt cette « super colo ». La « rencontre incroyable » avec les cerfs, mais aussi la journée passée en forêt de Brocéliande, à l’ouest de Rennes, quelques jours plus tôt, en compagnie de deux intervenantes passionnées. « Grâce à elles, on a appris plein de choses sur la biodiversité et sur la vie des arbres », développe Amandine. Avant cet été, la jeune fille n’avait jamais eu l’occasion de se promener dans une forêt. « Autour de chez moi, il n’y a que des maisons. Alors ici, je suis totalement dépaysée. Je n’arrive pas à me dire que je suis seulement à deux heures de voiture de chez moi ! » constate l’adolescente.

La colo itinérante « Des racines et des graines » a vu le jour suite à l’annulation des séjours internationaux du fait de la pandémie. Mais elle s’inscrit dans une réflexion plus large sur le développement d’un tourisme de proximité, moins polluant, plus proche des dynamiques rurales et de leurs habitants. Faut-il pour autant renoncer à l’avion afin de réduire les émissions de gaz à effet de serre des séjours européens ? Peut-on, par exemple, aller en train jusqu’en Croatie ou en Laponie ? « Oui, c’est possible ! » répond Damien Malard, chargé de la conception de ces colos au sein des Activités Sociales. « À condition d’augmenter un peu la durée du voyage ainsi que les tarifs », prévient-il. « Pour proposer aux jeunes plus de séjours écocitoyens dans les années à venir, il faudra également former davantage d’équipes d’encadrement », insiste Damien.

 

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