Le documentaire, une diffusion multi-écrans

© Emmanuel Luce

Résidence d’écriture à Madagascar, 2012©Emmanuel Luce

Pour Jean-Marie Barbe, auteur, réalisateur et producteur, mais aussi fondateur des États généraux du film documentaire de Lussas (Ardèche), l’avenir du genre ne passe pas forcément par la télévision.

Premier genre audiovisuel soutenu par le CNC (Centre national du cinéma et de l’image animée), le documentaire est dépendant des subventions publiques. Comment l’expliquez-vous ?

Le système de soutien aux films documentaires en France est principalement lié au CNC, et le CNC c’est de l’argent qui vient de la profession, des télévisions. Plus les chaînes ont des chiffres d’affaires importants, plus elles contribuent. Donc, ce n’est pas de la subvention, c’est de la répartition. D’autres ressources proviennent des sociétés d’auteurs : la Procirep, la Scam ou encore la Sacem(1). L’argent prélevé sur les films est versé soit par les télévisions, soit par les producteurs auprès de ces sociétés d’auteurs. Là non plus, ce n’est pas du tout une subvention. Enfin, les Régions participent également dans le cadre du soutien à la création. C’est de l’aide publique directe en faveur d’une expression audiovisuelle qui n’existerait pas sans cela. .

Des milliers d’heures produites, des films en salles et de nombreux festivals. Le documentaire se porte bien…

Effectivement, mais sous l’intitulé du documentaire, on range beaucoup de choses. Le documentaire de création, lui, est en crise. Non pas dans sa forme, car il a une grande vitalité, mais il se fabrique avec une sous-économie et souffre d’un problème de diffusion et de visibilité. Depuis la fin des années 1990, les télévisons subissent la question de l’audimat qui a entamé un lent divorce entre elles et le documentaire de création. La télévision programme des films que les gens aiment et non qu’ils pourraient aimer. Toutes les chaînes y sont passées : TF1 et M6 qui font des documentaires de flux, mais également France Télévisions qui se cantonne à des documentaires dits « dossiers » avec le besoin d’avoir des grands noms ou de créer des événements. Les films d’auteurs qui ne s’inscrivent pas dans ce mouvement ne peuvent se faire qu’avec des petites télévisions locales ou thématiques. En réunissant le CNC, les régions et les institutions, les budgets oscillent entre 40 000 et 80 000 euros. On assiste là à une paupérisation de la profession.

Dans une tribune intitulée « Nous sommes le documentaire », lancée depuis Lussas, les signataires demandent que les télévisions cessent d’alimenter des productions qui n’ont rien à voir avec le documentaire de création. N’est-ce pas une petite guerre fratricide, le spectateur ne sachant pas toujours reconnaître le documentaire de création ?

C’est vrai, le spectateur ne fait pas la différence. Il y a un gros travail à faire auprès du public. Quant à la guerre, elle est d’ordre économique entre les réalisateurs du documentaire d’investigation et les réalisateurs de films d’auteurs. Les premiers peuvent vivre de leur travail, les deuxièmes non. Devant ce constat, il y a deux attitudes. Il y a ceux qui se battent pour que les documentaires de création regagnent la télévision. Et il y a des gens, comme moi, qui disent que la télévision est déjà débordée par les écrans connectés et les plateformes. L’avenir est là, car nous sommes dans le cadre d’un spectateur plus volontaire. Notre idée est de trouver un public avec un abonnement à 3 ou 4 euros par mois. La technologie du numérique nous permet d’amener cette dimension artistique au spectateur, c’est pourquoi je suis beaucoup plus optimiste qu’il y a quinze ans.

(1) Procirep : Société des producteurs de cinéma et de la télévision. Scam  : Société civile des auteurs multimédia. Sacem : Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique.

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