Discount ou bling-bling : #payetacolo !

©Tiphanie Tuczapski/CCAS

Baisse de la fréquentation, diminution de la durée des séjours et recul du brassage social: le diagnostic porté sur l’état des colonies de vacances en France inquiète les associations de jeunesse et d’éducation populaire. Elles en appellent à un soutien de l’État, sans lequel nos chères colos risquent de disparaître… définitivement !


Montrouge, en région parisienne, mercredi 3 mai 2017. “Il est 6 h 45, raconte leparisien.fr, et une trentaine de personnes font déjà la queue devant l’entrée du centre administratif… qui n’ouvre pourtant que deux heures plus tard. Mais c’est aujourd’hui que s’ouvrent les inscriptions pour les colonies de vacances proposées par la ville.” Places limitées, tarifs socialisés : tous les ingrédients sont réunis pour la course à l’inscription. Par coupon-réponse sur catalogue, panier virtuel sur Internet ou même tirage au sort, l’inscription en colo n’est pas le seul domaine à connaître des bouleversements. Leurs prix toujours plus élevés (autour de 500 euros la semaine en moyenne), une durée du séjour écourtée (9 jours, contre 1 mois de vacances au milieu des années 1950), de nouvelles destinations et activités parfois ultra-spécialisées venant concurrencer les traditionnelles colos généralistes… et, surtout, le nombre d’enfants à en bénéficier qui chute d’année en année.

Une époque révolue

1,3 million de départs : c’est moins que le public de ‘Nos jours heureux’ (2006), film culte dépeignant un âge d’or – ou la pire colo, c’est selon – apparemment révolu. Et c’est deux fois moins que les enfants ne partant pas du tout en vacances. Depuis le milieu des années 1990, où 12% des enfants en âge scolaire connaissaient encore la colo, le taux de départ en colonies des 5-19 ans a été divisé par deux. D’après les études conduites par l’Observatoire des vacances et des loisirs des enfants et des jeunes (Ovlej) ces dix dernières années, c’est la classe moyenne qui est la plus durement frappée par le principal frein au départ : le prix, encore abordable pour les familles aisées, et compensé par les aides directes et financements sociaux pour les familles précaires, qui ont même vu leur taux de départ augmenter.

Une conjonction de facteurs explique la hausse du prix des séjours. L’entretien du parc immobilier et la remise aux normes de sécurité de bâtiments datant parfois de la fin de la Deuxième Guerre mondiale augmentent aussi mécaniquement les investissements nécessaires. Une situation dénoncée par la fédération d’associations Jeunesse au plein air (JPA), qui pointe “les difficultés d’accès pour les accueils collectifs de mineurs au fonds Tourisme social investissement [abondé par la Caisse des dépôts pour la rénovation des centres de vacances et de loisirs du tourisme social, NDLR], corrélées à une diminution des contributions des pouvoirs publics”.

Colo 12-14 ans : Cultures urbaines à La Rochelle en avril 2017 ©Pierre Charriau/CCAS

“Innovantes”… et onéreuses

Deuxième élément : une marchandisation accrue du contenu des colos. Autrefois destinées à faire prendre “le grand air” de la montagne ou de la mer, les colos du XXIe siècle regorgent d’activités payantes, quand elles ne sont pas directement des stages de perfectionnement sportif, d’apprentissage d’une langue étrangère, voire de la conduite (2 600 euros chez Telligo). Pensées comme un produit marketing, vendues par des sociétés commerciales à but lucratif – minoritaires, mais en constante augmentation dans le secteur –, consommées comme des loisirs spécialisés, les colos d’aujourd’hui perdraient-elles de vue leur objectif premier, la socialisation et la mixité sociale ?

C’est le constat d’un rapport commandé, puis refusé par le ministère de la Jeunesse du gouvernement Valls en 2016, mené par des chercheurs de multiples horizons disciplinaires.
“La tentation actuelle de l’État gestionnaire (…) serait plutôt de laisser le secteur privé développer l’offre de vacances et de n’y subventionner que l’accueil des publics dits prioritaires”, analyse la sociologue Magalie Bacou, coauteure du rapport, dans un billet du journal du CNRS. “Il y a une rupture claire entre ceux qui pensent que les colos relèvent des politiques publiques, et ceux qui pensent que l’avenir, c’est le marché”, tranche Jean-Michel Bocquet, pédagogue et également coauteur du rapport.

Doit-on déplorer la fin d’un âge d’or, ou s’agit-il de redorer l’image des colos ? Depuis 2015, l’État a choisi, en lançant trois campagnes de promotion, et plusieurs appels à projets pour financer des colos “innovantes”. Innover, oui, mais en quoi ? “Les pouvoirs publics perçoivent l’innovation au plan économique”, analyse Florian Marcon, responsable de la valorisation des colos à la JPA. “Mais l’éducation populaire est un secteur qui innove depuis très longtemps au plan pédagogique, car c’est là l’enjeu.”

Le 21 juillet prochain, un plaidoyer proposant des mesures concrètes de soutien public aux accueils et vacances des jeunes, dont la CCAS est signataire, sera diffusé par la JPA aux députés de la nouvelle Assemblée nationale. Objectif de cette campagne intitulée “Aux colos citoyens” : leur remettre au cours d’une visite dans une colonie de vacances, à laquelle ils et elles seront conviés. À l’heure où plusieurs associations dénoncent l’absence d’un ministère de la Jeunesse au gouvernement d’Édouard Philippe, qualifiant la jeunesse de “grande oubliée du quinquennat”, l’enjeu éducatif et émancipateur des vacances reste plus que jamais d’actualité.

Les colos en chiffres


“Vivent les colos” l’exposition
Cet été, le Comité d’histoire des Activités Sociales de l’énergie vous invite à découvrir les colonies de vacances des Industries Électrique et Gazière, de 1947 à nos jours. Dès son installation en avril 1947, l’ambition du Conseil central des oeuvres sociales (CCOS) est de permettre à “tous les enfants d’agents d’EDF ou de GDF, âgés de 6 à 14 ans, de bénéficier d’un mois de vacances, prises en dehors de la résidence habituelle des parents”. L’été suivant, plus de 6000 jeunes partent dans les premières colonies de vacances. Cet été, alors que près de 16000 enfants et ados sont attendus dans les colos de la CCAS, une exposition itinérante vous raconte cette histoire à travers une sélection de photographies et de documents inédits, issus des archives de la CCAS.
Des soirées débats sont programmées :
– Festival Contre Courant (Avignon) du 14 au 20 juillet
– Le Monetier les Bains du 24 au 25 juillet
– Bomes les Mimosas du 27 au 28 juillet
– Giens du 30 au 31 juillet
– Le Brusc du 2 au 3 août
– Ispagnac du 8 au 9 juillet
– Le Monastier sur Gazeille du 11 au 12 août
– Pont de Claix du 14 au 15 août
– Morillon du 17 au 18 août
– Les Saisies du 20 au 21 août
– Serbonnes du 24 au 25 août
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