Entre cinéma, espoirs et luttes : “Domi”, une femme libre

Dominique Miñana, bénéficiaire de la CMCAS Languedoc, lors du festival Visions Sociales de 2017 en compagnie de son parrain, le réalisateur Stéphane Brizé. ©Sandrine Jousseaume/CCAS

Dominique Miñana, bénéficiaire de la CMCAS Languedoc, est une habituée des théâtres et cinémas de Montpellier. Impatiente de pouvoir se rendre à la prochaine édition du festival Visions sociales, elle se rappelle avec joie les moments passés à la Napoule et nous livre ses espoirs pour “le monde d’après Covid-19”.

Depuis son adolescence, Dominique, Domi comme l’appellent ses proches, est affamée de culture, sous toutes ses formes mais en particulier “quand elle donne lieu à des échanges”. Quand elle découvre en 2017 le festival de cinéma des Activités sociales, Visions sociales, cette retraitée montpelliéraine est enchantée : “Je n’imaginais pas qu’il y aurait tant de films intéressants, des expos, des rencontres… et le château de la Napoule est magnifique, ce qui ne gâche rien !”

Dominique se rappelle avec émotion sa rencontre avec le réalisateur Stéphane Brizé, parrain de cette édition du festival. Elle qui a été l’ancienne responsable de la gestion clientèle à EDF, mais aussi militante syndicale à la CGT durant toute sa vie professionnelle, “partage des valeurs d’engagement et de solidarité et une attention particulière aux invisibles, ceux qui font de petits métiers, et dont la crise du coronavirus nous révèle l’importance vitale aujourd’hui”.

Lors des débats qui suivaient les projections, Dominique n’a pas hésité à partager son ressenti, tout particulièrement concernant un film qui l’a bouleversée. “Il s’agit de “Willy 1er”, réalisé par Ludovic et Zoran Boukherma, Marielle Gautier et Hugo Thomas, une bande de jeunes réalisateurs qui a eu la brillante idée de montrer un homme de 50 ans avec un léger handicap mental qui prend sa vie en main et d’en faire un héros qui prend la parole. C’est rare et salutaire !”

Hâte de sortir à nouveau !

Si Dominique est particulièrement sensible à ce sujet, c’est qu’elle est elle-même handicapée : une maladie orpheline la cloue dans un fauteuil roulant depuis des années et limite considérablement sa liberté de mouvements. Mais pas son désir de s’exprimer et d’être une femme libre ! D’ailleurs elle déteste qu’on s’exprime à sa place, qu’on décide pour elle : “Quand j’ai entendu le gouvernement annoncer que les personnes fragiles, dont je fais partie, pourraient être contraintes de rester confinées plus longtemps que les autres, ça m’a mise en colère. Je suis une personne responsable, capable de décider par moi-même et de mesurer les risques que je prends”. Et elle ajoute que si elle souffre de devoir rester enfermée, elle ne sortira pas sans masque “parce que je suis une adulte sensée et responsable, pas une enfant !” Mais, précise-t-elle, “ce n’est pas normal que des pharmacies ou des supermarchés fassent des bénéfices sur ces produits indispensables”.

Plus encore que de pouvoir quitter son appartement, ce qui manque à Dominique, c’est d’aller au théâtre, au cinéma… “Avant que tout s’arrête, je sortais quasiment tous les soirs. Et dire que je ne sais même pas quand je pourrai de nouveau y aller !” soupire-t-elle. En attendant, la sexagénaire regarde des films sur son ordinateur, mais “ce n’est pas pareil, on n’a pas du tout les mêmes sensations que dans une salle. Et j’aime aussi partager mon ressenti avec les autres spectateurs à l’issue de la séance. Cela me manque.”

Visions Sociales édition 2019 ©Sandrine Jousseaume/CCAS

“De nouvelles raisons d’espérer”

En ce moment, c’est sur les réseaux sociaux que Dominique Miñana étanche sa soif d’interactions en postant ses impressions à travers des textes quotidiens dans lesquels, elle réagit à un mot, une image postée par un internaute et fait aussi part de ses “coups de gueule” concernant l’actualité ! “En cette période difficile, j’en profite aussi pour réfléchir à ma vie, et je me remets sérieusement à écrire”, confie celle qui, sous le pseudonyme de Mino Dérive, a publié il y a quelques années “Gribouillis de pensées”, un roman très largement inspiré de sa propre vie : l’histoire de Julie, une petite fille handicapée qui devient ado puis femme. Il y est question de sa sensibilité exacerbée, de ses combats pour être scolarisée, pour travailler, avoir le droit de sortir, d’aimer et d’être aimée… Une ode à la vie, dans tous ses aléas, sans larmoiements et avec une sacrée dose d’humour.

Mais quand on évoque l’après Covid-19, la voix de Dominique se fait moins rieuse : “J’aimerais que le monde d’après soit plus juste, que l’État finance enfin des services publics à la hauteur des besoins. Pour défendre les urgences et les personnels soignants, j’étais déjà dans la rue en 2019. À cause de ma santé, je fais régulièrement des séjours à l’hôpital depuis des années, j’ai pu constater la dégradation de la prise en charge des patients. Il faudrait que ça change enfin, mais je n’y crois pas trop. À moins que l’on soit des millions dans la rue pour l’exiger !” En attendant de retourner manifester, Dominique relit “le Petit Prince”, d’Antoine Saint-Exupéry : “C’est comme un viatique pour moi, ce petit livre, j’y découvre à chaque fois de nouvelles raisons d’espérer.”

1 Commentaire
  1. Jean Zémor 5 mois Il y a

    Formidable travail journalistique pour développer le contenu de cette édition numérique. J’espère qu’il en sera de même l’an prochain.

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