Florent Leferme (SLVie Gravelines) : “Avec le carnaval, les classes sociales disparaissent”

Florent Leferme – agent de maintenance à la Centrale de Gravelines, carnavaleux. ©Elise Rebiffé/CCAS

C’est un rituel auquel Florent Leferme se conforme avec délice chaque année. Chargé de surveillance à la centrale nucléaire de Gravelines, l’agent de 38 ans (CMCAS Littoral Côte d’Opale) ne louperait pour rien au monde son carnaval à Dunkerque. Pourtant, cette année la crise a eu raison de ce rare moment de communion. Pour les mordus des 3 Joyeuses, l’autre nom du Carnaval (Dunkerque/Citadelle/Rosendaël), ce n’est que partie remise.

Pas de bande (défilé) ni de chahut, cette année. Pas de Rigodon (arrivée sur la place Jean Bart) ni de bal. Personne non plus pour le Zôtche (baiser) ou pour faire chapelle (tournée des carnavaleux chez les particuliers). La pandémie de Covid-19 a tout balayé sur son passage. Et privé Dunkerque de son fameux carnaval.

C’est la mort dans l’âme que Florent Leferme, 38 ans, chargé de surveillance à la centrale nucléaire de Gravelines, a rangé son Clet’che (costume). Certes, au regard des ravages économiques et sociaux de la crise sanitaire, l’annulation d’un carnaval s’apparente à un moindre mal. Pourtant, en cette période si singulière, si morose, “on aurait bien besoin de faire carnaval”, clame Florent. Lui est un carnavaleux, comme on les appelle, tombé dedans quand il était petit. “Ça va beaucoup nous manquer, soupire-t-il. Vous savez, on commence à y penser dès les fêtes de fin d’année : on a hâte de se retrouver”.

Quand l’habit fait le moine

©DR

À chaque carnaval régional ses codes vestimentaires. À Dunkerque comme ailleurs, on ne déroge pas à la tradition : le travestissement est obligatoire. “Pas pour se cacher, nuance Florent, plutôt pour entrer dans la peau d’un autre, dans celle d’un personnage”. À l’origine, raconte l’agent, les marins qui partaient pêcher 6 mois en mer, devaient conserver leur paquetage prêt au départ ; c’est pourquoi ils empruntaient les habits de leur femme. Dans le Nord, on confectionne son Clet’che à sa guise.

Néanmoins, le chapeau et le Berguenard (parapluie) s’avèrent essentiels. “Le déguisement est très personnel, distinctif ; il fait partie de ton image, précise Florent, on te reconnaît de la sorte en tant que carnavaleux”.

Petit lexique du carnaval

  • Une bande : un rassemblement de carnavaleux qui défilent de 15 heures à 20 heures.
  • Un chahut : la poussée de la foule retenue par les premières lignes
  • Le “Tiens bon d’ssus” : le bras dessus-dessous par lequel les carnavaleux défilent
  • Le Zôtche : baiser avec lequel se saluent les participants
  • Le Rigodon : l’arrivée en musique des carnavaleux sur la place Jean Bart à 19 heures depuis la place de l’hôtel de ville (à 500 mètres de là)
  • Le Clet’che : le déguisement
  • Le Berguenard : le parapluie

Du plus loin qu’il s’en souvienne, Florent y a toujours participé, en suivant ses parents tout simplement. Une tradition qu’il perpétue ; des valeurs qu’il transmet à ses deux enfants, Noa, 11 ans et Lilou, 8 ans. C’est également lors d’un bal de la plus grande fête dunkerquoise que, jeune homme, il a rencontré Laetitia, sa femme.

Alors le Carnaval, il y est très attaché. C’est viscéral, il fait un peu partie de lui. D’autant que cette année, Les Quat’z’arts, “l’association carnavalesque philanthropique” dont il est membre, devait fêter son centenaire. C’est autour de Mardi-gras que se crée le calendrier des festivités. Aux célèbres réjouissances dunkerquoises se greffent les carnavals des communes voisines, de moindre envergure ceux-là.

Un protocole tiré au cordeau

L’organisation du carnaval est soumise à des règles connues de chaque participant. Et les rites ancestraux, qui en cadence le déroulé, lui confère toute sa singularité. De Dunkerque, on retient le traditionnel jet de harengs sur la place de l’hôtel de ville, mais surtout les impressionnantes poussées de la foule : le chahut, ce spectaculaire rituel.

Ce sont aux figures du carnaval, à savoir les premières lignes, que revient la fonction de retenir le chahut. Avec son mètre quatre-vingt-dix et ses 130 kg, Florent endosse parfaitement le rôle (en deuxième ligne). Lui, l’assure : il y a peu de danger, car tout est codifié, rythmé par la musique des tambours, cuivres et autres fifres qui signale aux participants le moment précis où ils peuvent faire chahut et lorsqu’ils doivent cesser. “Il y a une façon de retenir la foule qui pousse derrière”, détaille l’intéressé. “Tout un art, un apprentissage”, selon lui, car on ne s’improvise pas première ou deuxième ligne, on le devient, au gré des années d’expérience et de participation, intronisé par des anciens.

Carnavaleux en communion

De l’extérieur, le carnaval apparaît comme une grande fête bien sympathique. Un folklore divertissant. C’est le principe du carnaval : “Personne ne se prend au sérieux, raconte l’agent. C’est du burlesque, de l’humour au deuxième et au troisième degré. On vient pour s’amuser, passer un bon moment”.

Mais cette gigantesque déambulation agitée à travers la cité ne se résume pas qu’à cela, selon lui. “Chacun fait son carnaval comme il l’entend”, fait-il valoir. S’il y souffle un vent de liberté, l’ambiance chaleureuse y domine. “Les carnavaleux partagent un même état d’esprit fraternel et solidaire. Les classes sociales disparaissent, explique Florent. Le carnaval rapproche les gens : on entre en communion”.

En 2019, Les Quat’z’arts ont reversé 80 000 euros à différentes associations caritatives, comme les Restos du Cœur et l’association Au-delà du cancer. Ces dons proviennent principalement des recettes du bal organisé chaque année au Kursaal (Malo-Les-Bains). Faire Carnaval c’est aussi faire une bonne action.


Bio express

  • 9 mars 1983 – Naissance à Saint-Pol sur mer (Nord)
  • 2003 – Titulaire d’un BTS en maintenance industrielle
  • 2009 – Embauche à la centrale nucléaire de Gravelines

 

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