François Moncla (XV de France) : la tête et les jambes

François Moncla en 2011 ©C.Crié/CCAS

Illustre capitaine de l’équipe de France de rugby, François Moncla a été de la première tournée du XV de France en Afrique du Sud, en 1958. Ancien président de la CAS de Pau, à 84 ans le retraité d’EDF se livre. Sous la plume d’Olivier Dartigolles, ses “Récits de vie et d’Ovalie” sont une offrande. Un appel à l’engagement, au collectif, “au jeu qui dépasse le je”. 

À 84 ans, il était temps de laisser une trace écrite de vos divers exploits ?

Sans doute, comme je le dis au début du livre. Et c’est cette histoire d’amitié qui nous lie avec Olivier [Dartigolles] qui a déclenché tout ça.

Un travail collectif qui a, finalement, marqué votre vie professionnelle et votre carrière sportive ?

Mais même en étant le meilleur de tous, si à côté de toi tu n’as pas les gars pour démontrer ton talent, tu n’es rien. Tu n’existes pas. C’est en formant un collectif qu’on fonde une force. Et c’est en se nourrissant de la création des autres qu’on avance. Ce qui a été mon cas, sportivement, professionnellement et humainement.

François Moncla aux côtés de l’auteur de ses ‘”Récits de vie et d’ovalie”, Olivier Dartignolles. ©DR

Avec la chance, en plus, d’être allé à deux écoles ?

Oui ! Celle de Gurcy-le-Châtel [en Seine-et-Marne, ndlr] et celle du Racing Club de France. Où il régnait un esprit de collectivité et de fraternité. Et mes deux dirigeants, que ce soit à l’école des métiers EDF ou en club, m’ont beaucoup aidé dans ma carrière d’homme en général. Je les respectais, je les écoutais et me soumettais à leurs décisions. Mais attention, sans être lèche-bottes !

“Ce que j’ai vu en Afrique du Sud, avec le régime ségrégationniste, n’a fait que confirmer mes engagements futurs.”

Cette fameuse tournée en 1958 en Afrique du Sud, avec l’équipe de France, qui jalonne le livre, semble vous avoir marqué au fer rouge ?

C’est un ensemble de choses. L’avion… La lettre qui nous recommandait de ne pas sortir la nuit à cause de la situation politique. De ne pas fréquenter des gens de couleur… Nous nous sommes retrouvés comme cloîtrés dans notre hôtel. Où les seules distractions étaient les chants entre nous et les parties de rigolade ! Après, ce que j’ai vu en Afrique du Sud, avec le régime ségrégationniste, n’a fait que confirmer mes engagements futurs.

Et vous y êtes retourné ?

Oui, quarante ans après. Et, mis à part le changement politique, qui était appréciable, au point de vue urbanisme, ça n’avait plus la même saveur. Mais dans mon bureau, j’ai toujours une photo de Nelson Mandela en train de remettre la coupe du monde de rugby au capitaine des Springboks [équipe d’Afrique du Sud de rugby à XV, ndlr].

Quel regard portez-vous sur le rugby d’aujourd’hui ?

À notre époque, à la fin du match, nous avions droit à un sourire, à des félicitations et à une poignée de main. Or, maintenant il y a le fric. Et c’est l’individualisme qui prime sur le reste. Chez nous, seule l’envie de battre l’équipe adverse importait. Cela dit [sourires], lorsqu’on savait que les adversaires touchaient – déjà à l’époque – des primes en cas de victoire, notre volonté en était décuplée !

Parmi tous les matchs que vous avez joués, celui de Colombes, “le match du siècle” en 1961 contre l’Afrique du Sud, paraît un peu spécial, selon vos récits ?

C’est surtout l’avant-match qui m’a bouleversé. Lorsque sur le terrain d’entraînement, un garçon a sorti son instrument de musique pour entonner “la victoire en chantant”, qui était notre chanson fétiche lors de la tournée en 1958, alors, à ce moment-là, je suis parti tout au fond du terrain pour transpirer… et surtout cacher les larmes qui coulaient. Et j’ai fait en sorte que personne ne s’en aperçoive.

Avec tous les combats que vous avez menés sur et hors du terrain, syndicalisme, lutte contre l’apartheid, contre la prolifération des armes nucléaires, etc., aujourd’hui, l’utopie est vaine ou vous y croyez encore ?

Il y a les deux, mon capitaine ! On peut espérer que l’homme se débattra suffisamment pour essayer de vaincre toutes ces anomalies que nous pouvons rencontrer. Mais il y a tellement d’endroits insoupçonnés où des conflits naissent…que le marasme est permanent. Mais attention je n’ai jamais déclaré mes couleurs politiques. Pour la simple et bonne raison qu’enfant j’ai vu passer devant ma porte le père de deux copains, menottes aux poignets, embarqué par les gendarmes. À midi, j’ai alors demandé à mon père pourquoi ? Et il m’a dit parce qu’il est communiste. Et ça, c’est quelque chose qui te frappe.

À la fin du livre vous dites : “Mon but de joueur de haut niveau, c’était de donner du rêve aux enfants.” C’est ça, le sens de la vie ?

C’est le sens de la vie pour tout homme. En général, si tu penses aux autres, c’est à partir de ce moment que tu es heureux.

 “François Moncla, récits de vie et d’Ovalie“,
d’Olivier Dartigolles, éd. Arcane 17, 2016, 90 p., 10 €.
Tous les fonds sont reversés à des associations humanitaires.
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