Gabrielle Chalmont (« Mon Olympe ») : « Aujourd’hui, le féminisme est pluriel »

Le spectacle « Mon Olympe », de Gabrielle Chalmont, est une référence directe à Olympe de Gouges, une des pionnières du féminisme français. Cette pièce, qui mêle théâtre, danse et poésie, sera en tournée cet hiver dans les villages vacances de la CCAS. ©Gabrielle Malewski

Avec « Mon Olympe », Gabrielle Chalmont, jeune auteure et metteuse en scène de théâtre, explore les mille et une manières d’être féministe aujourd’hui. Sa compagnie, Les Mille Printemps, sera en tournée dans les villages vacances de la CCAS en février.

Comment est née la pièce de théâtre « Mon Olympe » ?

Gabrielle Chalmont : J’ai toujours été féministe. C’est quelque chose que ma mère m’a transmis. Dans les années 2000, le féminisme était au creux de la vague, en contrepoint : les forces étaient essoufflées, il y avait de moins en moins de convaincues. Presque du rejet. Lorsque j’en parlais autour moi, on me rétorquait toujours les mêmes banalités : « Nous sommes différents »…

Entre les générations des années 1960-1970 et la mienne (1990), il y a eu une déperdition dans la transmission du combat. Il fallait une sorte de livre rappelant et posant les bases du féminisme afin de relancer le débat. L’idée m’est venue de faire un spectacle de sensibilisation. Je sortais de l’école de théâtre Claude Mathieu à Paris. J’ai donc écrit « Mon Olympe », avec Marie-Pierre Boutin.

C’est à travers le regard de cinq jeunes femmes que vous abordez le féminisme…

Ces cinq amies féministes, étudiantes en fac de sociologie, réfléchissent sur les modalités d’action pour mettre en œuvre leurs convictions et mener à bien leurs revendications. Elles se retrouvent chaque semaine pour discuter. Un soir, elles sont enfermées dans un parc. L’épreuve de la nuit s’apparente à une sorte de rite initiatique.

Elles se questionnent beaucoup : pourquoi ne savent-elles pas faire du feu ? Pourquoi ont-elles peur alors qu’elles sont plusieurs ? Ces sentiments sont-ils innés ou construits ? Sont-elles conditionnées ? etc. Elles représentent cinq façons d’être féministe, d’être militante. Leur perception et leurs attentes divergent. Leur engagement est hétérogène. Elles tentent de se mettre d’accord. La pièce montre que le féminisme est un débat très vivant, pas du tout figé. C’est très bien de ne pas être toujours d’accord ; c’est ainsi que l’on avance.

Teaser du spectacle réalisé pour le Festival « Off » d’Avignon 2017. Source : Festival OFF d’Avignon/YouTube

Le féminisme de ces jeunes militantes a-t-il encore quelque chose à voir avec celui de leurs grand-mères ?

Les jeunes femmes se réapproprient le féminisme, le modernisent ; et surtout elles vont plus loin. Il ne s’agit pas de « la » femme mais des femmes, de toutes sortes de femmes différentes. Elles ne sont pas les seules à être touchées par le sexisme. L’universalisme revendiqué dans les années 1970 n’est plus de mise. Ce n’est pas parce que l’on naît femme qu’on en est une.

Aujourd’hui, le féminisme est pluriel. D’ailleurs, il vaudrait mieux parler de transféminisme ou d’antisexisme. Les questions de genre sont apparues et sont au centre du débat.

Par conséquent, que revendiquent vos jeunes femmes ?

Avoir les mêmes chances qu’un homme ; prétendre à la puissance si elles le désirent. Ne plus avoir peur quand elles sortent. Elles revendiquent l’égalité des chances, le droit d’être en colère, et de pouvoir l’exprimer aussi. Les femmes ne sont pas des muses. Nous ne sommes pas forcément toutes des Olympe de Gouges mais nous sommes qui nous avons envie d’être. C’est déjà un vrai défi.

Vous dites vouloir « célébrer le féminisme, le rendre beau, lui rendre ses lettres de noblesse ». Souffrirait-il d’une mauvaise image ?

Lorsque j’ai écrit « Mon Olympe », en 2015, le féminisme n’était pas au beau fixe. Il fallait le remettre à l’honneur pour remobiliser les troupes. Ce n’est plus le cas maintenant. Bien sûr, il reste beaucoup de choses à revendiquer, de consciences à éveiller, de gens à motiver, de réfractaires à conquérir.

En fait, « Mon Olympe » a vu le changement s’opérer. Si je l’écrivais aujourd’hui, ma pièce serait totalement autre. En cela – et c’est fou –, le spectacle qui n’a que six ans est daté, presque d’époque.

Les protagonistes ne sont pas beaucoup plus informées que la plupart des femmes sur le sujet du féminisme, mais elles s’y intéressent devant nous. Une manière pour chacun et chacune de se questionner à leur tour. ©Gabrielle Malewski

« L’urgence n’est pas tant de se réveiller que de ne pas s’endormir », selon vous. Qu’entendez-vous par là ?

Il ne s’agit pas de donner une leçon mais plutôt de rester connecté en veillant à ne pas laisser s’éteindre la flamme. De continuer à réfléchir, à y croire, à s’élever. Chacun a son propre chemin, l’essentiel est de rester vigilant ensemble, de ne pas s’endormir sur ses beaux lauriers à la moindre victoire. Car le capitalisme oppresse les minorités ; c’est ainsi qu’il fonctionne. Si l’on s’endort, on se fait bouffer.

L’humour est très présent dans le spectacle, en quoi est-ce important ?

Nous (les auteures et les comédiennes) n’aurions pas su faire autrement, parce que nous sommes des amies et que nous aimons bien rigoler. Avec une équipe pareille, il aurait été dommage de s’en priver. Notre humour, un peu brut parfois, était un terrain à exploiter. Il est une bonne arme pour partager des moments, pour parler de choses importantes et graves.

Nous avons souhaité faire une vraie comédie, pour rendre l’humour aux femmes en l’occurrence. L’humour, lui aussi, est très sexiste, très sexisé. Nous refusions d’être dans le drame, dans le sensible, des images qui collent tant à la peau des femmes.

Quel accueil votre pièce a-t-elle reçu, l’été dernier, dans nos villages vacances ?

Très bon, la preuve, nous revenons cet hiver ! Nous avons joué essentiellement dans des colos. « Mon Olympe » est un spectacle idéal pour le public adolescent. Les ados se projettent parfaitement dans cette histoire d’amitié et de militantisme. Les garçons, presque en position de voyeurs, ont accès à une intimité de filles dans laquelle ils n’auraient jamais eu le droit d’entrer.

D’ailleurs, à la fin des représentations, ce sont souvent les garçons qui prennent la parole en public. Tandis que les filles viennent plutôt nous voir ensuite en petit comité. Sans doute, parce qu’elles se sentent plus concernées, plus intimement touchées. Et que parler en public équivaut à livrer son intimité.


Pour aller plus loin

« Mon Olympe », de Gabrielle Chalmont et Marie-Pierre Nalbandian (autrices).
Mise en scène Gabrielle Chalmont. Avec Claire Bouanich, Eloïse Bloch, Sarah Coulaud, Louise Fafa, Maud Martel et Jeanne Ruff.


En tournée dans les villages vacances CCAS cet hiver :

  • Onnion : 21 février
  • Chamonix : 22 février
  • Les Sept-Laux – Les Ramayes : 23 février
  • Aussois : 24 février
  • Le Monêtier-les-Bains : 25 février

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