Grenelle des violences conjugales : un signal, des attentes

En novembre 2018, des manifestations contre les violences sexistes et sexuelles, à l’appel du collectif #NousToutes, secouent la France. Ici à Montpellier. ©Joseph Marando/ CCAS

Lancées le 3 septembre dernier, les rencontres organisées à Paris et en région par le Grenelle des violences conjugales devraient permettre de faire émerger les moyens de venir en aide aux femmes victimes. Le point de vue de Nelly Martin, de la Marche mondiale des femmes, et celui de Clémentine Lévy, de la Fédération nationale solidarité femmes.

Chaque année en France, plus de 220 000 femmes sont touchées par les violences conjugales physiques et/ou sexuelles. Et le nombre de féminicides ne cesse d’augmenter : depuis le début de l’année, 101 femmes ont été tuées sous les coups de leur compagnon ou ex-compagnon. Dès l’ouverture, le 3 septembre, du Grenelle des violences conjugales organisé par le gouvernement, plusieurs associations sont montées au créneau, déplorant le caractère tardif et insuffisant de sa mise en œuvre, arguant aussi que les solutions pour éradiquer les féminicides sont connues de longue date. Un énième rassemblement la main sur le cœur ? interrogaient certaines.

La coordinatrice de la Marche mondiale des femmes, Nelly Martin, pense pour sa part qu’un objectif a été atteint : celui de médiatiser les violences faites aux femmes. “En parler, c’est un progrès. C’est le signal que le gouvernement n’a pas pu faire autrement que de répondre à la mobilisation féministe. Est-ce que cela sera suffisant ? Je ne sais pas.”

Pour preuve, le nombre d’appels au 3919, la plateforme d’accueil téléphonique pour les femmes victimes de violences gérée par la Fédération nationale solidarité femmes (FNSF, partenaire des Activités Sociales), a considérablement augmenté depuis l’ouverture du Grenelle. La plateforme a reçu 5 600 appels dans la semaine du 2 septembre, soit l’équivalent d’un mois d’activités.


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Pointant l’absence de moyens financiers dédiés à cette cause, Nelly Martin rappelle que l’Espagne a fait baisser de 50 % le nombre de féminicides, en investissant 1 milliard d’euros dans le suivi et la protection des femmes battues. Douze fois plus qu’en France. “Les campagnes de prévention routière ont fait énormément diminuer le nombre de morts. Il n’y en pas autant pour la cause des femmes.”

Constat partagé par la FNSF : “Enfin il se passe quelque chose, c’est un signal positif, mais quels seront les moyens ?”, déclare la responsable de l’animation et de la formation, Clémentine Lévy.

Pour les deux militantes, l’une des grandes priorités reste la protection par le renforcement des dispositifs qui existent déjà mais ne sont pas homogènes suivant les départements.

L’indispensable formation des professionnel·les

L’actualité récente est venue rappeler aussi à quel point la formation des professionnel·les est cruciale, souligne Clémentine Lévy, car celles et ceux qui accueillent des personnes en difficulté ou exclusion ont leur propre grille de lecture. Certains professionnels agissent encore avec un regard très clivé, et ne reconnaissent pas le problème de sexisme.

“La problématique de la violence conjugale est multifactorielle, insiste Clémentine Lévy. Or, les professionnel·les ont parfois du mal à mesurer un certain nombre de paramètres : la véracité des faits, l’irrésolution d’une femme qui revient et qui hésite, la dangerosité d’un homme, etc. Les femmes victimes mal ou pas bien reçues – par ignorance du problème – seront des victimes secondaires, culpabilisées, renvoyées à une responsabilité qui n’est pas la leur. On n’accueille pas une femme victime par rapport à soi-même, à sa propre expérience. La tolérance durable à la violence peut être très haute. Et une femme peut ne commencer à s’inquiéter pour elle-même que très tardivement”, décrypte cette responsable de formation.


Le rôle des formations est notamment de montrer comment l’on favorise la parole dans le respect de la souffrance de l’autre, sans jugement. Il s’agit aussi de comprendre les mécanismes de l’emprise psychologique ou encore les comportements inadéquats, comme le retour des victimes au domicile. Si la formation des professionnels a toujours existé, elle est souvent anéantie par un turn-over important, dans la police, la gendarmerie ou le secteur médical… “De plus, elle n’est pas une obligation, même si des textes l’ont favorisée et que des guides de pratiques ont été publiés”, analyse Clémentine Lévy avant de conclure : “L’actualité sociale et économique chargée n’a pas favorisé le développement de ces actions préventives.”

Ailleurs dans le monde, la situation des femmes ne s’améliore pas, souligne Nelly Martin. “L’augmentation de la religiosité et de la pauvreté accablent les femmes dans de nombreux pays. Et les hommes sont encore aux manettes politiques, économiques, un peu partout. L’Arabie Saoudite a signé la convention d’Istanbul contre les violences faites aux femmes et rien ne semble avoir changé depuis.”

Néanmoins confortée par l’arrivée des nouvelles générations “qui rendent optimiste”, Nelly Martin appelle à un grand rassemblement des femmes le 23 novembre prochain. Deux jours avant l’annonce des mesures gouvernementales issues de ce Grenelle.

La FNSF : un numéro d’écoute, 70 associations

La Fédération nationale solidarité femmes, partenaire de la CCAS et du Comité de coordination des CMCAS depuis juin 2017, est une coordination de 70 associations réparties sur tout le territoire, spécialisées dans l’hébergement et l’accompagnement des femmes victimes de violences et de leurs enfants.


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La FNSF initie ou anime des actions de sensibilisation, de formation et de prévention. Son expérience alimente chaque année un observatoire, en lien avec les pouvoirs publics.

La FNSF gère également le numéro national d’écoute 3919, Violences Femmes Info.

Site Internet : www.solidaritefemmes.org

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