Intelligence artificielle : amie ou ennemie de l’emploi ?

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Faut-il avoir peur de l’introduction dans l’entreprise de l’intelligence artificielle, accusée de vouloir remplacer progressivement l’homme par la machine ? Non, à condition de mettre la technologie émergente au service de l’humain.

Le 8 septembre dernier, le Premier ministre, Édouard Philippe, annonçait le lancement d’une stratégie nationale sur l’intelligence artificielle. Relevant que le domaine représentait un marché de plusieurs milliards d’euros à l’énorme potentiel de croissance, il notait aussi que ses progrès risquaient d’entraîner “la disparition de certains métiers” et “des modifications de l’organisation du travail, du contenu des métiers, et l’apparition de nouveaux besoins de formation, d’accompagnement”. Que compte faire l’État pour préparer ce que certains annoncent comme une nouvelle révolution industrielle ? La réponse se limite pour le moment à la nomination d’un conseiller, en la personne du mathématicien, médaillé Fields, et député de La république en marche Cédric Villani, qui devrait rendre ses recommandations d’ici fin novembre, puis un rapport, en février 2018.

“Moins de 10 % des emplois actuels, pour l’essentiel les moins qualifiés, sont menacés.”

©Mediascop/CCAS

Explosion du “deep learning”

Les experts sont, c’est le moins que l’on puisse dire, divisés lorsqu’on leur demande d’envisager l’impact sur l’emploi des bouleversements en cours induits par l’explosion du deep learning, cette technique au coeur de l’intelligence artificielle qui permet aux machines d’apprendre elles-mêmes, en tenant compte de leurs retours d’expérience. D’un côté, des techno-optimistes estiment que, comme lors des précédentes révolutions industrielles (celle du charbon et de la vapeur au XIXe siècle, puis celle de l’électricité et de l’automobile au début du XXe), les gains de productivité permettront de générer un surcroît de richesse. De l’autre, des techno-pessimistes considèrent que les progrès inéluctables de l’intelligence artificielle sont trop rapides pour que le tissu économique ait le temps de s’y adapter, et qu’ils vont donc provoquer une aggravation du chômage. Le candidat socialiste à la dernière élection présidentielle, Benoît Hamon, s’était fait l’écho de cette thèse en affirmant qu’il fallait se préparer à la raréfaction du travail, notamment par une diminution massive du temps de travail hebdomadaire et l’instauration d’un revenu universel.

Une des complexités de ce débat est qu’il concerne la planète tout entière, alors même que les pays ont des économies différentes. Le Conseil d’orientation pour l’emploi (COE), travaillant sous l’autorité du premier ministre, relevait dans son rapport de mars 2017 que moins de 10 % des emplois actuels, pour l’essentiel les moins qualifiés, sont menacés par les progrès de l’intelligence artificielle ; mais aussi que la moitié des postes de travail est susceptible “d’évoluer dans leur contenu, de façon significative à très importante”. En termes plus concrets : plus de la moitié des salariés français verra ses conditions de travail évoluer du fait de la révolution numérique en cours.

L’intelligence artificielle a aujourd’hui un impact plus fort sur les métiers à tâches répétitives. ©Shutterstock

Le secteur de l’énergie préservé

Si l’automobile (où les constructeurs traditionnels sont menacés de devenir des sous-traitants de Google et d’Apple, qui s’apprêtent à produire leurs propres véhicules autonomes), l’hôtellerie (avec l’irruption d’Airbnb) ou la grande distribution (bouleversée par l’omniprésence d’Amazon) sont déjà frappées de plein fouet par l’essor des algorithmes, le secteur de l’énergie semble pour le moment préservé. Les indices d’un bouleversement imminent sont cependant nombreux. Le compteur intelligent Linky permet de se passer des employés affectés au relevé des compteurs. dans le domaine de la relation au client, les techniques d’intelligence artificielle liées à la synthèse vocale ont supprimé nombre d’emplois. Évoquons encore les algorithmes qui, combinant prévision météorologique, état du réseau et prix de l’énergie, optimisent les achats énergétiques. La firme DeepMind, nouvelle succursale de Google, se targue ainsi de proposer, grâce à ses talents en matière d’intelligence artificielle, une diminution de 10 % de la consommation électrique des particuliers comme des entreprises.

L’avenir est-il à des salariés connectés durant tout leur temps de travail ? Le cabinet de conseil Accenture imagine ce scénario pour le secteur de l’énergie, avec des travailleurs inspectant à distance l’état des usines depuis des drones, ou “utilisant des tablettes couplées à des lunettes de vision augmentée, les experts pouvant, depuis le siège de l’entreprise, donner leurs conseils aux opérateurs sur le terrain”. Tout dépendra au final des salariés, et de leurs luttes pour accepter ou refuser ces nouvelles conditions de travail. Et des usagers-consommateurs, qui pourront réclamer du contact humain pour régler leurs problèmes plutôt qu’un entretien téléphonique avec une intelligence, fût-elle artificielle.

Les emplois les plus “exposés”

©Mediascop/CCAS

Quel impact dans les Industries électriques et gazières ?

Les applications de l’intelligence artificielle sont déjà présentes dans plusieurs métiers de la branche des IEG. Citons en particulier la relation client (avec les agents conversationnels, ou chatbots, qui orientent les appels téléphoniques), la gestion des activités de terrain (avec les agendas optimisant les tournées des techniciens comme des commerciaux en fonction des besoins des clients) ou encore celle des centrales et des réseaux (avec la maintenance prédictive et l’automatisation des arrêts de tranche). L’intelligence artificielle a aujourd’hui un impact plus fort sur les métiers à forte composante répétitive, mais tous les postes de travail sont potentiellement affectés par ses avancées. Pour Ghislain de Pierrefeu, du cabinet Wavestone, “les emplois dans les services de proximité terrain (forces de vente, techniciens, opérateurs intervenant dans les différents échelons des systèmes énergétiques…) me semblent être les moins menacés à court ou moyen terme en raison de la complexité croissante des systèmes énergétiques et du besoin d’intervenir localement sur ces systèmes”.

Ghislain de Pierrefeu, associé au cabinet Wavestone : “L’avenir de nos emplois dans les IEG passe par une ambition, réaliste, de construire des champions des services énergétiques intelligents… et humains !”

“Soit les acteurs des IEG en France ignorent cette transition vers l’intelligence artificielle (IA) et ils seront en grande partie balayés par des acteurs du digital ; alors l’emploi sera réduit à celui d’un fournisseur de second rang. Soit ils prennent de façon volontariste le train de l’IA, deviennent des références des nouveaux services énergétiques ; alors ils pourront maintenir – voire augmenter – l’emploi dans ce secteur.

Dans ce dernier cas, les compétences nécessaires et donc les typologies d’emplois évolueront très progressivement dans deux dimensions : les compétences techniques (data-science) et les compétences humaines (proximité et relation client). Cela ne se fera pas sans un accompagnement profond des collaborateurs, et c’est la grande nouveauté, pour toutes les catégories d’emploi (ouvrier, technicien, cadre, dirigeant…).”

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