“Isola”, voyage poétique en terre de migration

Dans “Isola”, de Fabianny Deschamps, une jeune réfugiée chinoise trouve refuge dans une grotte en Italie, aménagée comme une chambre d’enfant. ©Paraiso Production

Dans le film “Isola”, la cinéaste Fabianny Deschamps réussit le tour de force d’aborder le drame des migrants en Méditerranée sans en faire un récit larmoyant. Une œuvre poétique, fantasmagorique, soutenue par l’Acid et la CCAS, et portée par une actrice lumineuse.

Un îlot rocheux, dont on distingue à peine la silhouette dans l’obscurité. La faible lueur d’une bougie sur le rivage. La caméra s’approche avec d’infinies précautions : au-dessus de la flamme, le visage d’une jeune fille, évanescent. Elle prie. Les première images du film “Isola”, de Fabianny Deschamps, proposé par l’Acid, donnent le ton : le récit qui commence hésite entre rêve et réalité, fantasme et misère contemporaine.

Daï, jeune réfugiée chinoise échouée sur une île italienne, s’efforce de survivre. Chaque jour, protégée du soleil par son ombrelle fleurie, elle se rend sur le port pour tenter d‘identifier son mari parmi la foule des migrants déversés par les bateaux de sauvetage. Chaque soir, elle prie l’océan de lui rendre le père de l’enfant qu’elle porte.

Un matin, elle trouve sur la plage le corps d’un jeune Tunisien rejeté par les flots. Aurait-elle enfin été exaucée ? Elle le traîne jusqu’au refuge qu’elle s’est construit dans une carrière de pierres, sorte de caverne d’Ali Baba remplie d’un incroyable bric-à-brac : gyrophare, poupées désarticulées, mappemonde, trésors récoltés au fil de ses errances insulaires, qui participent de l’atmosphère teintée de mysticisme de l’endroit. Et dans un coin, une cage de chenil, dans laquelle elle couche le nouveau venu. De là va naître une étrange relation, entre défiance et fascination.

L’avènement d’un film “clandestin”

Dans sa grotte à l’abri des tumultes du monde extérieur, Daï s’est recréé un univers fantasmé, qui ramène à l’enfance. Elle n’en sort que peu, et refuse de se faire aider par la Croix-Rouge, car tout contact avec les “institutions” symbolise pour elle une limitation de sa liberté. De fait, l’aperçu du traitement des migrants que lui donnent à voir les autorités sur le port semble lui donner raison. Les arrivants sont photographiés, identifiés, classifiés, puis arrêtés et finalement enfermés.

Les images filmées sur le port sont bien réelles, puisque le lieu de tournage choisi est l’île de Lampedusa, petit rocher situé à quelques kilomètres des côtes italiennes, qui voit régulièrement débarquer des réfugiés venus de Libye. N’ayant aucune autorisation pour tourner dans une zone militaire, la cinéaste a dû ruser pour capter ces instants cruels. Munie d’une simple autorisation de presse (insuffisante pour le tournage d’un film), elle est parvenue à profiter du chaos ambiant lors d’un sauvetage en urgence pour filmer l’arrivée des rescapés. Les moyens employés pour le tournage sont ici résolument politiques, puisque le film lui-même devient clandestin.

Fabianny Deschamps interroge ainsi le regard que portent les Occidentaux sur ces naufragés de la misère. Parce que les images qui tournent en boucle sur les chaînes d’info ne semblent plus nous atteindre, elle tente de le faire par le biais de la fiction. Dans un contexte de frilosité des États – européens en particulier –, de protectionnisme, de montée des extrêmes droites, dans notre volonté de nous protéger des dangers que nous percevons à travers le terrorisme ou les guerres lointaines, ne sommes-nous pas en train d’instaurer peu à peu un système de contrôle autoritaire, voire totalitaire, à nos portes, comme au sein de nos villes ?

L’Acid : donner une chance à tous les films d’être vus

Ce film bénéficie du soutien de l’Association du cinéma indépendant pour sa diffusion (Acid). Née en 1992, l’Acid est une association de cinéastes qui œuvre à rendre accessible le cinéma indépendant à tous les publics, en lien avec l’action culturelle de proximité. En cela, elle partage la philosophie de la CCAS, dont elle est partenaire. Afin d’offrir une vitrine aux jeunes talents, l’Acid présente une programmation au Festival de Cannes, et au festival Visions sociales de la CCAS.
Site internet : http://www.lacid.org/
Plus d’infos sur ce partenariat sur ccas.fr

La fiche

Isola, de Fabianny Deschamps
(France, 2017, 1h30 min)
Sorti en salles le 6 décembre 2017.
Avec Yilin Yang, Yassine Fadel, Enrico Roccaforte, Alessio Barone.
Production : Paraiso Production, Pomme Hurlante Films, Audimage Production, Magnolia Films, Apajaja filmes, Mactari.
Distribution : La Huit.

www.fabiannydeschamps.com/isola

Des billets “arts et essais” à 5€ valables dans plus de 1000 villes en France (veuillez-vous connecter sur ccas.fr – NIA et mot de passe – avant d’accéder au site)

 

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