Katerina Apostolopoulou : “La poésie est le chemin le plus court pour communiquer”

Le désir, thème du Printemps des poètes 2021, inspire les lectures de plusieurs auteur.rices, dont Katerina Apostolopoulou. Photo : capture d’écran de la présentation du cycle de lectures.

Des vers en prose simples, universels et d’une grande beauté qui subliment la vie des petites gens. Une poésie qui ravit l’âme comme une trouée de ciel bleu dans la noirceur ambiante. Ainsi sont les poèmes de la franco-grecque Katerina Apostolopoulou, qui rappellent ceux de Prévert, partie prenante du Printemps des poètes, qui les partagera l’été prochain dans les villages vacances de la CCAS.


“J’ai vu Sisyphe heureux”, à lire sur la Médiathèque

“J’ai vu Sisyphe heureux”, Pépite Fiction Ados 2020
Katerina Apostolopoulou est lauréate du Prix pépite fiction ados au Salon du livre de Montreuil et de la presse jeunesse 2020, pour “J’ai vu Sisyphe heureux”, recueil de trois poèmes narratifs sur trois destins aux prises avec la vie, trois histoires simples pour dire la fierté du peuple grec.

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Qu’ont en commun ces trois histoires qui constituent votre recueil de poésie ?

D’abord un décor commun : celui d’une île balnéaire grecque, près de Vólos, la ville où je suis née, située entre Athènes et Thessalonique. Il constitue, à mon sens, le protagoniste principal qui lie les trois histoires entre elles. C’est dans ce même paysage qu’évoluent mes personnages : des petites gens dont on ne parle pas ; des taiseux mais qui ont beaucoup à nous dire et à nous apprendre.

Mes poèmes sont inspirés de choses vécues. Mes poèmes rendent hommage à ces Sisyphe qui ont trouvé leur chemin en acceptant leur destin, et réussissent à être heureux malgré leur vie répétitive, en dépit de ce qui peut nous apparaître comme un manque de liberté. Ce sont des héros en quelque sorte, qui parviennent à rendre belle cette vie difficile parce qu’ils ont appris à vivre ensemble, à aimer, à partager et à rester solidaires.

De quoi “J’ai vu Sisyphe heureux” est-il le symbole ?

D’une vie d’avant, d’un monde qui est en train de disparaître, celui de mon enfance… Mes personnages – pauvres, humbles et intègres – représentent une façon d’être et de vivre ensemble, avec des attaches et des valeurs. Une façon de vivre qui se perd et que l’on pourrait, que l’on devrait sauver. Ils trouvent leur bonheur dans l’acceptation de cette vie qui leur est donnée. C’est une évidence pour eux ; ils ne se posent même pas la question.

Une certaine quiétude se dégage finalement dans ce manque de choix, qui ne laisse aucune place à la frustration. Ils parviennent à rendre ce monde absurde supportable. Leur vie a un sens, parce qu’ils y croient et sont liés les uns aux autres. Faire un choix relève de la folie, disait Kierkegaard.

La société d’aujourd’hui a cassé ces liens, brisé les ponts pour nous libérer. Elle nous impose des choses superficielles à aduler, maintient constamment le champ des possibles ouvert. Mais elle nous laisse frustrés devant cette multitude de choix infinis. Et sûrement plus malheureux et perdus. Chaque époque que l’on enterre nous laisse un manque et un héritage. Que faire de cet héritage, voilà la question. Je ne voulais pas laisser perdre ces qualités humaines, ces liens tissés depuis des siècles qui donnent sens à la vie. Ce serait dommage de balayer tout cela.

C’est dans l’acte d’accomplir leur vie, leur destin que mes personnages trouvent la paix et le bonheur.

Pourquoi ce titre ?

C’est un clin d’œil à Albert Camus, un dialogue avec lui en quelque sorte. Lui affirmait “Il faut imaginer Sisyphe heureux”. J’ai lu Camus à 18 ans, et ce fut une révélation. Ce père spirituel m’a beaucoup influencée. C’est dans l’acte d’accomplir leur vie, leur destin que mes personnages trouvent la paix et le bonheur.

Vous pensez votre poésie d’abord en grec, puis la traduisez en français, ou le contraire ?

Ce sont des passages continus d’une langue à l’autre. Le premier poème, “Cette maison n’a besoin de rien”, qui parle d’une famille de pêcheurs dont le père disparait en mer, a été écrit en français. C’était un cadeau pour mon éditeur Bruno Doucey. Il m’a convaincu de continuer dans cette voie, de “raconter ma Grèce”. Je lui en suis tellement reconnaissante !

Pour les deux autres, “Comme une journée d’été” et “Le Centaure de notre enfance”, je voyageais pour la première fois d’une langue à l’autre. Ce fut à la fois un bonheur et aussi un travail pénible. Mais pour trouver la bonne émotion et l’exprimer de la façon la plus juste, mes deux langues étaient nécessaires.

La poésie est la façon la plus directe de faire se rencontrer deux âmes qui ne se connaissent pas.

Que vous apporte la poésie ?

J’y suis très attachée. Elle est partout ; très présente dans la chanson par exemple. Sans elle, je me sentirais un peu handicapée, je crois ; je serais privée d’un moyen essentiel de communication. C’est la façon la plus directe de faire se rencontrer deux âmes qui ne se connaissent pas ; le chemin le plus court pour communiquer. La poésie est la quintessence de la langue, comme l’huile essentielle pour laquelle on a dû extraire la matière la plus pure qui soit : le choix absolu.

Lorsque j’écris des vers, c’est le meilleur que je puisse donner de moi. Et puis, la poésie crée des rencontres incroyables. Petite, j’ai eu un accident heureux : je suis tombée sur la poésie. Et ces vers-là m’ont accompagnée toute ma vie. Ce sont mes petites boussoles. J’aimerais que ma poésie soit comme les dessins de Matisse, qui d’un seul trait crée l’émotion et laisse place à l’imagination. Dans mes poèmes, j’ai dessiné les contours de l’histoire : les personnages, le décor… il reste beaucoup de places pour que le lecteur puisse imaginer sa propre histoire.

En français, on dit de quelqu’un d’un peu rêveur qu’il est “un poète”… Que vous inspire cette expression ?

C’est drôle parce que, pour moi, un poète est tout le contraire ! C’est plutôt quelqu’un d’engagé, en prise avec la réalité, qui mène un combat, qui résiste. Donc, très loin du “Pierrot la lune”, du “Bisounours” de l’expression française (rires).

Quels sont vos poètes préférés ? Ceux qui vous ont peut-être inspirée ?

Henri Michaux, Yvon Le Men (prix Goncourt Poésie 2019) qui a influencé ma poésie. Il écrit sur des gens simples qui ont peuplé son enfance. Sa poésie m’a ouvert cette porte qui donne l’autorisation d’écrire. Le poète iranien Garous Abdolmalekian aussi. Puis bien sûr, Prévert qui a semé des petites graines dans ma tête.

Le Printemps des Poètes apporte, je crois, une note de joie dans le quotidien des gens.

Qu’apporte Le Printemps des poètes à la poésie ?

De se sentir vivant en tant que poète. Cette manifestation permet la rencontre des poètes entre eux, mais aussi celle avec le grand public. C’est l’occasion de fêter la vie à travers les mots ; de célébrer l’arrivée du printemps, ce moment magnifique d’un nouveau cycle de vie. Et puis ce nom, symboliquement, c’est trop beau !

Le Printemps des Poètes apporte, je crois, une note de joie dans le quotidien des gens. Il revêt pour moi une signification particulière pleine d’émotion. L’an dernier, j’ai animé, à cette occasion, des ateliers avec des écoliers. En écoutant ces petites bouches lire mes poèmes, j’ai compris que j’avais le bon choix, celui de quitter mon pays, ma famille pour la France, pour écrire. C’était merveilleux ! En Grèce, cette manifestation n’existe pas bien que la poésie y soit très présente.

Vous enseignez le français aux Grecs. La poésie fait-elle partie de votre enseignement ?

Pas tant que ça, car les jeunes élèves grecs passent un diplôme, et doivent suivre un programme strict. Néanmoins, lorsque j’anime des ateliers d’écriture, la poésie y a toute sa place.

L’été prochain, vous serez en tournée dans les villages vacances de la CCAS. Comment abordez-vous cette tournée ?

Ce sera une rencontre-spectacle, un vrai récital poétique et musical. Sur scène, je serai accompagnée de Yorgos Palamiotis, un ami musicien qui joue de la basse et des percussions. J’ai souhaité un son moderne en contrepoids avec la lecture de ma poésie qui, elle, évoque une société en train de disparaître.

J’imagine un lieu à où les gens sont réunis autour de la poésie, à l’image de l’ancienne agora, du théâtre antique et aussi des églises d’avant, pour un moment de communion très fort. Vous savez, je viens du monde du théâtre ; j’aime beaucoup discuter les gens.


Pour aller plus loin

Katerina Apostolopoulou partagera sa passion pour la poésie avec les agents et leur famille l’été prochain, dans les villages vacances de la CCAS, dans le cadre des rencontres culturelles.

En savoir plus sur les rencontres culturelles


Retrouvez Katerina Apostolopoulou dans vos villages vacances : le 2 août à Beaufort (Savoie), le 3 août à Megève Le Hameau (Haute-Savoie), le 4 août à Morillon (Haute-Savoie), le 5 août à Argentières (Haute-Savoie).


 

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