Kery James : “Je partage avec la CCAS des valeurs communes en faveur de l’éducation et de la jeunesse”

Le 15 mai, le concert acoustique de Kery James, “Mélancolique Tour”, s’invite chez vous en livestreaming. ©Vincent Corrion

Le 15 mai, Kery James propose un concert en livestreaming, auquel vous pourrez vous connecter gratuitement grâce à un lien reçu par mail. Celui que l’on qualifie souvent de meilleur rappeur de sa génération revient sur sa carrière, mais aussi sur ses engagements envers la jeunesse, qui l’ont conduit à fonder l’association Aces il y a 20 ans. Financée notamment par ses concerts, Aces fournit soutien scolaire et bourses d’études à des jeunes issus de quartiers relégués afin qu’ils trouvent leur place dans la société.


Bio express

Né en Guadeloupe de parents haïtiens, Alix Mathurin, alias Kery James, a grandi à Orly, en banlieue parisienne. Après des débuts dans le groupe radical “Idéal J”, Kery James change de vie et de registre après l’assassinat d’un ami d’enfance, membre du groupe. Il se convertit à l’Islam et prône des valeurs de respect et de tolérance.

Son premier album “Si c’était à refaire” sort en 2001. Aujourd’hui, à 43 ans, il joue un rôle de pacificateur à travers des textes positifs et engagés, au théâtre, dans la musique ou au cinéma. Après six albums studios, une pièce de théâtre (“À vif”) et un film à succès (“Banlieusards”), il poursuit la tournée de son concert acoustique, “Mélancolique tour”.


Comment préparez-vous un concert à distance, en livestreaming ?

Kery James – Je vais essayer de vivre ce concert comme si le public était là. Techniquement, cela demande quelques mises en place, mais on y mettra la même énergie ! C’est sûr que ça n’est pas comparable à un concert, là où il y a un véritable échange avec la salle, où des émotions voyagent de la scène au public et du public à la scène. Là, il est certain que c’est très différent : c’est un exercice qui se rapproche plus de la télévision.

Vous rappez depuis votre plus jeune âge, et dès l’âge de onze ans, vous écriviez votre premier texte sur le racisme. Pourquoi avoir choisi ce genre musical comme medium ?

K. James – Le rap était pour moi une passion, j’ai tout de suite aimé cette musique. C’est vrai que mon premier texte était déjà engagé, mais je pense que ça l’était par mimétisme : les “grands” de chez moi, qui m’ont initié, faisaient du rap engagé et je les ai imités.

Le rap parlait de sujets qui nous concernaient. Là où j’ai grandi, c’était aussi la seule forme d’écriture socialement accessible : les cours de solfège ou le théâtre restaient assez fermé pour nous. C’est aussi pour cette raison qu’aujourd’hui, j’essaie de participer à des pièces de théâtre, des films etc. pour m’ouvrir à de nouvelles formes artistiques.

Dans “À vif”, pièce de théâtre écrite et jouée par Kery James avec Yannik Landrein, les voix de “deux France” opposées – nantis et délaissés – s’affrontent au travers de la joute de deux avocats. Source : theatre-contemporain.net

Vous luttez activement contre l’assignation sociale des jeunes nés en banlieue, notamment avec votre association “Apprendre, comprendre, entreprendre, servir” (Aces), qui encourage les jeunes à poursuivre leurs études. L’éducation est donc à vos yeux le moyen de sortir du ghetto ?

K. James – Disons que c’est le moyen le plus sûr, le chemin le plus sécurisé. Il ne faut pas qu’on devienne tous footballeur, acteur ou chanteur, comme j’ai pu le dire dans d’anciens morceaux. Que quelqu’un puisse gagner sa vie en jouant au foot reste quelque chose d’exceptionnel : par rapport aux nombre de personnes qui aiment le foot et qui le pratiquent, rares sont ceux qui arrivent à en faire un métier. Nous, les banlieusards, enfants d’immigrés censés être français, avons besoin d’envahir toutes les couches de la société.

Mon association veut y contribuer d’une part via le soutien scolaire et aussi le financement d’études supérieures pour des jeunes en difficulté économique. D’ailleurs une partie du cachet du concert du 15 mai sera reversée à Aces et aidera au financement d’une école à Haïti. L’association est uniquement financée grâce aux recettes des concerts et je fais aussi appel à des donateurs, comme Franck Ribéry par exemple. Nous ne recevons pas de subventions : Aces c’est vraiment par nous et pour nous.

Votre engagement avec les Activités Sociale de l’énergie se situe-t-il dans cette même démarche ? Comment s’est fait le lien entre vous et la CCAS ?

K. James – J’ai tout simplement reçu un message sur mes réseaux sociaux, et j’y ai répondu. Ce qui m’a décidé à collaborer avec la CCAS, ce sont nos valeurs communes en faveur de l’éducation et de la jeunesse, qui rencontre des difficultés financières dans le cadre de ses études. On est censés être utile. Être utile aux autres et faire avancer les choses, à ma petite échelle est un sentiment qui me nourrit. Si on veut espérer changer le monde, il faut essayer de changer sa propre personne. Je n’ai pas l’impression d’œuvrer, mais plutôt de m’enrichir.

En 2019, vous avez tenté l’expérience du cinéma, en réalisant et jouant dans “Banlieusards”. Est-ce le début d’une nouvelle carrière ?

K. James – Depuis “Banlieusards”, j’ai écrit deux autres scénarios, qui vont bientôt être tournés. J’ai davantage apprécié être scénariste, qu’acteur de cinéma. Quitte à jouer je préfère le théâtre, avec son côté “live”, donc plus dangereux, et moins technique qu’au cinéma. Mais ce que j’aime vraiment, c’est écrire, raconter des histoires.

“Banlieusards” a cartonné sur Netflix. Eux qui communiquent rarement sur les chiffres, l’ont pourtant fait (“Banlieusards” est le troisième film le plus vu de l’année 2019 sur Netflix France, ndlr). Cela a pris du temps pour le faire exister, mais le film a été vu, et le message est passé : “nous ne sommes pas condamnés à l’échec”.

Dans “Le jour où j’arrêterai le rap”, vous dites que “les rappeurs maintiennent nos petits frères dans la médiocrité”. Que leur reprochez-vous exactement ?

K. James – Malheureusement, glorifier la violence, la drogue et les armes n’est pas spécifique au rap. On propose ce qui fait de l’audience à la télévision : c’est toute la société qui est comme cela, et le rap n’y échappe pas. Le problème avec le rap, c’est qu’il touche une population déjà fragilisée économiquement, exposée à l’illicite et à la violence. Valoriser ces choses-là n’aide pas nos petits frères. Le rap qui prétend que l’on existe qu’en fonction des objets que l’on possède est devenu un véritable outil du capitalisme.

On ressent une certaine amertume dans certaines de vos chansons. Dans le titre “Vent d’État” vous écrivez par exemple : “J’accuse les médias d’être au service du pouvoir, de propager l’ignorance et de maquiller le savoir”. Est-ce un appel à changer la société ?

K. James – Oui, j’aimerais bien ! Dans les sociétés occidentales, dites démocratiques, les médias ont un pouvoir déterminant. Les gens sont censés voter librement, il faut donc influencer leur vote. Dans ce cadre, contrôler l’information devient un enjeu crucial. Les moyens mis en œuvre pour museler la presse sont considérables.

“Lettre à la République”, c’était un coup de gueule ou un appel à ceux qui croient en une France de la liberté, de l’égalité et de la fraternité ? Que recherchiez-vous ?

K. James – C’est vraiment un coup de gueule. Ce qui est étonnant, c’est que je l’ai écrite à l’étranger, en Égypte plus précisément, où j’étais parti me ressourcer spirituellement. Et de là-bas, il m’arrivait des nouvelles de France : ça m’a permis de m’apercevoir que quand a la tête dedans, on ne se rend pas compte de la façon dont est traitée une partie de la population, et on s’y habitue. Mais avec un peu de recul, on voit que ça n’est pas normal. J’ai donc écrit ce texte, avec l’idée d’éveiller ceux qui ne le sont pas déjà, et de porter la voix de ceux déjà éveillés, et qui ont besoin de ne pas se sentir seuls.

Quels sont vos prochains projets ?

K. James – Je vous le dis en exclusivité… je vais sortir un nouveau morceau début juin, et nous avons commencé le tournage d’un prochain film dont je ne peux pas encore trop parler… (sourire).


Écouter Kery James

La discographie de Kery James en libre accès sur la Médiathèque.

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