La prison pour un poème

©Ashraf Fayad via Instagram

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Le Printemps des poètes dédie sa 18e édition au poète d’origine palestinienne, Ashraf Fayad, condamné à huit ans de prison et 800 coups de fouet pour apostasie. Extraits de son recueil* lus le 12 mars dernier par Sylvia Bergé, sociétaire de la Comédie-Française.

Le 17 novembre dernier, en Arabie saoudite, Ashraf Fayad était condamné à la peine capitale pour avoir tenu des propos jugés athées dans un café et publié des poèmes qualifiés de blasphématoires. Le 2 février dernier, la cour d’appel a commué sa peine en huit ans de prison et 800 coups de fouet. Depuis plusieurs mois, des personnalités du monde entier, comme les poètes Carol Ann Duffy en Grande-Bretagne, Paul Muldoon en Irlande ou le poète syrien Adonis, des actrices comme Juliette Binoche ou Helen Mirren, se sont élevées contre cette condamnation (pétition). Et de nombreuses organisations, dont Pen International, Amnesty International, Human Rights Watch, dénoncent ce verdict.

Écoutez Kadhim Hassa, poète irakien, professeur à l’Inalco et Sylvia Bergé, sociétaire de la Comédie-Française, lire Ashraf Fayad à La parole errante, à Montreuil (93), samedi 12 mars dernier.

« Les tribunaux les détestent. Les Etats les craignent. L’ordre les poursuit et les persécute. Les religions s’en méfient et les dénoncent. Mais ce sont les poètes qui donnent à la terre son sel, son grain de folie, sa musique et ses songes. La poésie ne peut être que fulgurance, clarté, doute et “intranquillité”. Elle a un pacte avec l’éternité. On se souvient des poètes, jamais de leurs juges. Al-Hallaj, grand poète soufi, a été exécuté en 910 à Bagdad pour son amour excessif de Dieu. Mais sa poésie est encore sur les lèvres de toutes les générations », protestait Tahar Ben Jelloun en décembre dernier.

Agé de 35 ans, Ashraf Fayad, qui avait représenté l’Arabie saoudite lors de la Biennale de Venise en 2013, avait déjà été arrêté deux fois en 2013 et 2014 pour blasphème. Lors du premier procès, il avait démenti que son ouvrage, écrit il y a dix ans, soit blasphématoire, mais s’était quand même excusé. Privé de carte d’identité, le poète n’a pu bénéficier de l’aide d’un avocat pour se défendre, expliquait le Guardian en février dernier.

Au total, 58 personnes ont été exécutées depuis début 2016 en Arabie saoudite. En 2015, 153 exécutions avaient eu lieu (AFP).

A lire

  • Instructions, à l’intérieur, Ashraf Fayad, éd. Le Temps des cerises.
  • 1 000 coups de fouet parce que j’ai osé parler librement, Raif Badawi, éd. Kero.
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