L’Afrique sur le chemin de son Histoire

©DR

Contrairement aux idées reçues, l’Afrique n’est pas un continent sans Histoire. Au musée du Quai Branly, l’exposition “L’Afrique des routes” montre le rôle essentiel qu’elle a tenu dans les mondialisations successives.

Les Africains n’ont jamais vécu dans l’isolement. Sur un continent toujours ouvert, les échanges panafricains et extra-africains ont débuté voici des millénaires bien avant l’arrivée, au XVe siècle, des premiers navires portugais. Dès l’Antiquité, des guerriers, des commerçants, des savants et des esclaves circulent en dehors du continent. Et avec eux, les objets, les idées et les cultures. Les quelque 300 sculptures, pièces d’orfèvrerie ou d’ivoire, peintures, objets de la vie courante ou œuvres d’art, présentées dans l’exposition sont les traces de ces échanges à l’intérieur et à l’extérieur de l’Afrique. Des cartes lumineuses interactives guident le visiteur dans son parcours.
On découvre notamment les vestiges de plusieurs villes, sièges du pouvoir et qui furent les lieux d’échanges locaux et internationaux. Des cités-capitales, telles que Djenné Djeno, sur les bords du fleuve Niger, dans l’actuel Mali, furent des centres urbains dynamiques dès le début de notre ère. Parmi les plus connues, citons aussi Carthage, prestigieuse cité punique de Méditerranée fondée en 814 avant notre ère, ou encore Zanzibar dont la ville swahili se développe dès le IXe siècle.

Dès le Ier siècle avant notre ère, les Africains voyagent et commercent avec les Perses, les Arabes, les Chinois et les Indiens. Ils échangent notamment le sel (dont ils ont toujours eu besoin car les légumineuses – riches en sel – sont rares en Afrique) contre le fer et l’or. En effet, jusqu’au XVIe siècle, l’Afrique est le principal producteur d’or au monde. Jusqu’au XVe, la Chine envoie ses flottes vers l’Afrique pour y chercher l’ivoire, l’or mais aussi des esclaves. Dans toute l’Afrique orientale et à Madagascar, de la porcelaine chinoise remontant au Xe siècle a été retrouvée. Bijoux et tissus servent de monnaie. Les plantes aussi : le café est exporté vers l’Arabie au XIVe siècle, le riz vers l’Amérique au XVIe.

Médicinales ou nourricières, les plantes ont fait l’objet de nombreux échanges. ©Musée du quai Branly-Jacques Chirac, G.Deblonde

Quelques repères chronologiques

  • Entre -200 000 et -150 000
    Émergence d’ “Homo sapiens” en Afrique.
  • Vers -1500
    Premiers contacts entre l’Arabie, l’Inde et la côte orientale d’Afrique.
  • Entre -1000 et 500 de notre ère
    Civilisation Nok (Nigeria).
  • De 1100 à 1450
    L’or de Zimbabwe est exporté vers l’océan Indien depuis les ports du Mozambique et de la Tanzanie.
  • 1405-1433
    Grandes expéditions maritimes chinoises vers l’Afrique de l’Est.
  • 1498
    Vasco de Gama relie le Portugal à l’Inde en contournant pour la première fois l’Afrique du Sud.
  • 1505
    Début du commerce atlantique des esclaves africains organisé par les Européens.
  • À partir de 1803
    Abolitions progressives des traites.
  • 1884-1885
    Conférence de Berlin qui fixe les règles du partage de l’Afrique entre les Européens.
  • 1948-1990
    Régime de l’apartheid en Afrique du Sud.

Lumière crue sur le passé colonial

Une partie des œuvres illustrent l’époque de la colonisation dont l’un des objectifs sera de stabiliser les mouvements des peuples africains qui n’ont cessé de circuler. Entre le XVIe et le XIXe siècle, le continent est d’abord saigné par la traite atlantique vers l’Amérique au cours de laquelle douze millions d’Africains seront déportés. L’exposition souligne le rôle de diffusion de savoirs et de cultures joué par les esclaves dans le reste du monde. Échanges spirituels, religieux, puis esthétiques. C’est encore vrai au début du XXe siècle lorsque naissent musique et art modernes en Occident. Des artistes comme Picasso, Derain, Nolde ou Tzara trouvent dans l’art africain un art « qu’ils devinaient frère » et qui va enrichir leur imaginaire. 

En fin d’exposition, un film de 20 minutes, composé de documents d’époque, propose des extraits d’“Afrique 50”, œuvre longtemps interdite du cinéaste René Vautier. En 1950, à la demande de la Ligue de l’enseignement, René Vautier, alors âgé de 21 ans, part en Afrique subsaharienne réaliser un film sur l’éducation française. Découvrant les violences des autorités coloniales contre les populations, il revient en France avec un pamphlet cinglant contre la colonisation. Le film est censuré, son auteur condamné à un an de prison. Les négatifs sont confisqués mais René Vautier a eu le temps de sauver quelques bobines. “Afrique 50” sera interdit pendant plus de quarante ans.

Lire aussi : “René Vautier, la caméra au service de la vérité”

L’Afrique des routes, musée du Quai Branly, jusqu’au 12 novembre.

Tarif : 7 euros, au lieu de 10 euros. Les billets sont en vente sur votre Espace Culture et loisirs. Gratuit pour les moins de 18 ans et le premier dimanche de chaque mois.

Un colloque sur “Les mondialisations africaines dans l’histoire” (20 et 21 avril) et un cycle de neuf conférences mensuelles accompagnent cette exposition.

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