“Léonie et Noélie” : les vertiges de l’adolescence en Avignon

Nathalie Papin (à g.) et Karelle Prugnaud (à dr.), respectivement auteure et metteuse en scène de la pièce “Léonie et Noélie”, présentée au festival d’Avignon 2018. ©Julien Millet/CCAS

Depuis les toits d’une ville, deux adolescentes contemplent l’incendie qu’elles ont allumé. En brûlant leur foyer d’accueil, elles initient une expérience limite où la libération frôle le vertige et dans laquelle les rêves se logent au-delà de ciel et terre. Une pièce de Nathalie Papin mise en scène par Karelle Prugneau, à voir au festival d’Avignon avec le soutien de la CCAS.

Léonie et Noélie sont deux jumelles en quête de liberté, qui cherchent à s’émanciper de leur milieu social défavorisé. Une nuit, parce qu’on tente de les séparer, elles incendient leur foyer d’accueil et réalisent leurs rêves : gravir les toits de la ville pour l’une, apprendre le dictionnaire par cœur pour l’autre. Mis en scène par Karelle Prugnaud, le texte de Nathalie Papin se déploie dans noémtoutes les dimensions possibles, avec les performances de deux stars de Free Run et de parkour (acrobates urbains) : Yoann “Zéphyr” Leroux et Simon Nogueira.

Ce spectacle jeunesse a reçu une aide à la création de la CCAS et sera présenté au festival d’Avignon, du 16 au 23 juillet.

Bio express. Auteure majeure de théâtre jeunesse (Mange-moi, Le Pays de Rien, Quand j’aurai mille et un ans…), Nathalie Papin signe aussi des pièces pour adultes. Sa douzième pièce, “Léonie et Noélie” a reçu le Grand prix de littérature dramatique jeunesse en 2016. Karelle Prugnaud a d’abord été acrobate dans des spectacles de rue. Elle devient ensuite comédienne et metteuse en scène. Elle aime mélanger les disciplines comme le théâtre, la performance ou le cirque.

Comment est né le spectacle “Léonie et Noélie” ?

Karelle Prugnaud : Il est né d’une rencontre étonnante. C’est la première pièce que je monte pour un jeune public. Nathalie est venue me voir un soir, après un spectacle que j’avais mis en scène à Dieppe. En rentrant chez moi, en région parisienne, j’avais reçu un colis avec tous ses livres. Elle y avait glissé un mot expliquant qu’elle souhaitait travailler avec moi. J’ai lu l’ensemble de ses textes. “Léonie et Noélie” m’a marqué pour ses thèmes : l’avènement de soi, l’identité, la quête personnelle et philosophique. Cette pièce est un purgatoire qui symbolise le passage à l’âge adulte.

Est-ce vraiment un spectacle dédié à la jeunesse ?

Nathalie Papin : Les spectacles destinés à un jeune public sont souvent perçus comme un sous-art. Lors des répétitions, en extérieur, des jeunes s’approchaient de nous pour voir les Free Runners s’exercer…

K. Prugnaud : Les adolescents ne sont généralement pas initiés au théâtre. Ils voient ça de manière lointaine avec un certain désintérêt. Faire appel à des Free Runners était un moyen de mélanger les mondes. D’un côté, il y a les grands comédiens comme Denis Lavant ou Claire Nebout [qui participent à la pièce par le biais d’une vidéo, ndlr], et de l’autre Yoann Leroux et Simon Nogueira, jeunes artistes de rue qui n’avaient jamais mis un pied au théâtre. J’aime déstabiliser. C’était un défi pour moi.

Les jumelles ont 16 ans. Ne trouvez-vous pas que c’est un peu jeune pour devenir adulte ?

N. Papin : À 16 ans, on est déjà au lycée. Il y a déjà eu cette grande cassure. On n’est plus un enfant et pas encore un adulte. C’est une période bilan où l’on prend conscience que quoi qu’il arrive, on va franchir cette étape. On comprend aussi que tout est possible. J’avais rédigé une version du texte où les personnages étaient plus âgés, mais il manquait la dimension de libération. L’adolescence, c’est la fulgurance de l’immédiateté.

Qu’apporte le spectacle par rapport au texte ?

K. Prugneau : La scène est une métaphore des toits, sur lesquels grimpent à la fois les deux jumelles et les Free Runners. Il y a quelque chose de beckettien, une unité de temps qui va au-delà du temps. Il n’y a pas de dramaturgie linéaire. On ne sait pas vraiment où est le début ni la fin. Un peu à l’image des Free Runners sur scène. Ils sont en suspens, au-dessus du vide. On aborde aussi des thématiques noires.

Vous a-t-il été difficile d’adapter le texte ?

K. Prugneau : Je n’ai rien coupé du texte original. Pourtant, j’ai toujours tendance à le faire. Il faut avoir une densité incroyable pour jouer ce texte. Les actrices [Justine Martini et Daphné Millefoa, ndlr] ont le magma nécessaire en elles. Elles parviennent à transformer le geste anodin en geste essentiel.

N. Papin : Avant de commencer à travailler, Karelle a réuni toute l’équipe. On a passé trois jours autour de mon écriture, de tout ce que j’avais fait avant. On a même écouté le son de l’interview que j’ai faite de ma mère [qui avait elle-même une sœur jumelle, ndlr]. J’avais l’impression d’ouvrir ma chambre secrète. Je ne fais jamais ça d’habitude.

Que souhaiteriez-vous que les spectateur.rices retiennent ?

K. Prugneau : La quête de liberté et l’avènement de soi. J’aimerais qu’ils et elles sortent en se disant que tout est possible. Le théâtre est comme une fête foraine. On arrive dans une ville qui est ancrée dans son quotidien. Puis d’un coup, des lumières apparaissent. Et deux jours après, il n’y a plus rien. Le théâtre, c’est ça. C’est cette vie insufflée, cette possibilité de rêver qui s’éteint une fois que c’est fini.

Pouvez-vous compléter la phrase suivante : “Si j’avais une jumelle, je…” ?

K. Prugneau : Si j’avais une jumelle, je jouerais. Je jouerais avec moi-même. Je pense que je la tuerais aussi. J’ai toujours voulu avoir une jumelle. Quand j’étais jeune, j’avais une copine très fusionnelle, que je vois encore d’ailleurs.

N. Papin : Si j’avais une jumelle, ça me rassurerait. La gémellité est la marque excessive d’une relation d’amitié ou d’amour. Les relations fusionnelles peuvent être très douloureuses. Avec l’expérience, j’ai appris à mieux gérer l’attachement et le détachement. J’ai moins de chagrin. C’est grâce à la créativité et l’écriture que j’ai réussi.

Pour aller plus loin

©Martin Baebler

“Léonie et Noélie”
Avec Justine Martini, Daphné Millefoa, Yoann Leroux, Simon Nogueira
Texte : Nathalie Papin, Mise en scène : Karelle Prugnaud.
Production : Compagnie L’envers du décor
Avec le soutien de la CCAS.


Représentations à Avignon : le 16 juillet à 15 h, et du 17 au 23 juillet à 11h et 15h (relâche le 19 juillet), à la Chapelle Des Pénitents Blancs.
Les Ateliers de la pensée : Retrouvez toute l’équipe de la pièce le mardi 17 juin à 16h30, sur le site Louis Pasteur Supramuros de l’Université d’Avignon et des Pays de Vaucluse.

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