L’excision, un crime perpétuel

Chaque année, 3 millions d’enfants subissent l’excision dans le monde. ©Jean-Luc Boiré

Depuis 2003, la Journée internationale de tolérance zéro à l’égard des mutilations génitales féminines, qui a lieu le 6 février, est l’occasion de parler de l’excision, atteinte aux droits des femmes. On estime à 200 millions les femmes mutilées dans le monde, dont 60 000 à 124 000 vivent en France.

“Je me souviens encore de cette douleur… On m’a tenu les mains et les pieds, déshabillée. J’étais allongée sur l’herbe. L’exciseuse a sorti un couteau usé et a pris une partie de moi”, se souvient Diaryatou Bah, excisée à l’âge de 8 ans en Guinée. Le souvenir de cette victime de mutilations est resté intact, et ce, vingt-six ans après.

“Le cri que j’ai émis résonne encore en moi. Je ne comprenais pas ce qui m’arrivait. La douleur était telle que je ne pouvais pas marcher convenablement”, nous confie la jeune femme. Celle qui est également présidente de l’association Excision, parlons-en ! a subi une clitoridectomie ainsi qu’une ablation des petites lèvres (type 2).

Les mutilations génitales féminines sont définies comme “toutes les interventions aboutissant à une ablation partielle ou totale des organes génitaux externes de la femme et/ou toute autre lésion des organes génitaux féminins pratiquée à des fins non thérapeutiques”. Selon l’Organisation mondiale de la santé, il en existe diverses formes allant du type 1 au type 4. Dans ses formes les moins radicales, la pratique consiste à retirer tout ou partie du clitoris ou du capuchon du clitoris. Alors que dans ses aspects les plus dangereux, elle implique de retirer également les petites lèvres et les grandes lèvres, et de refermer l’orifice vulvaire en en cousant les deux côtés (infibulation).

D’après l’Unicef, en 2018, près de 200 millions de femmes et de filles dans le monde avaient subi une forme de mutilation génitale dans trente pays différents. Ces pratiques sont exercées essentiellement sur des jeunes filles âgées de quelques mois à 15 ans : chaque année, ce sont 3 millions d’enfants qui subissent l’excision. Certaines le subissent au-delà de cet âge.

L’excision, une affaire familiale ?

Encouragée par la tradition, l’excision est une pratique très répandue dans de nombreux pays africains. Importée par des populations d’émigrés, elle se retrouve également dans certains États du Moyen-Orient, d’Asie et d’Amérique du Sud. En France, trois adolescentes sur dix sont menacéestrois adolescentes sur dix sont menacées, selon Excision, parlons-en !, à l’origine de campagne baptisée “Alerte excision”. Selon une étude du Bulletin épidémiologique hebdomadaire, le nombre de femmes excisées dans l’Hexagone s’élève à plus de 124 000. Bien que considérée comme un crime, la mutilation gagne du terrain. Bien souvent, les familles profitent des vacances d’été dans leur pays d’origine pour faire exciser leur fille.

Sur le plan international, la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes, adoptée par l’Assemblée générale des Nations unies en 1979, interdit en principe l’excision. Entrée en vigueur le 3 septembre 1981, elle est rarement respectée par les membres signataires.

Malgré une protection juridique, peu de victimes tentent de porter plainte. “Pour que ces pratiques cessent, il faut que ces jeunes filles les dénoncent. Or, elles ne le font pas par peur des représailles. Aussi, la corruption des autorités aggrave la situation”, déplore Nafissatou Fall. D’origine sénégalaise, la directrice de l’antenne normande du Gams détaille les conséquences que pourrait engendrer le non-respect de cette tradition millénaire. “La famille est marginalisée. Leurs filles seront considérées comme impures. Elles ne seront plus convoitées pour des demandes en mariage.” À cela s’ajoutent des conflits intrafamiliaux car l’excision est une affaire de tribu. “C’est la communauté qui décide. Si la maman refuse que son enfant subisse ces sévices, une tante pourrait s’en occuper dès que la maman a le dos tourné”, explique Nafissatou Fall.

Des conséquences désastreuses

Dans les pays où cette pratique est monnaie courante, l’excision est considérée comme une étape obligatoire dans la vie d’une femme. Elle permettrait d’effectuer la transition entre l’enfant qu’elle représente et l’adulte qu’elle deviendra. D’autres arguments sont avancés par ceux qui tolèrent cette mutilation. Le prétexte dominant reste la purification de la femme.

Selon certaines croyances, une épouse ne pourrait être satisfaite sexuellement si elle gardait son clitoris. L’ablation de cet organe supprimerait son désir excessif et ferait de la victime une personne digne. Pour Diaryatou Bah, de l’association Excision, parlons-en !, l’homme est aussi pénalisé : “Une femme excisée a du mal à ressentir du désir. Elle ne prend pas de plaisir pendant le rapport intime. La vie de couple est impactée.”

Interrogée sur les différentes conséquences de cette tradition, Martine Desmares, sage-femme retraitée et membre du Gams Normandie, tire la sonnette d’alarme : “De 10 à 15 % des filles excisées décèdent des suites d’une hémorragie interne.” Les victimes de cette mutilation encourent en effet plusieurs risques sanitaires : douleurs intenses, infections, complications obstétricales et fistules obstétricales…


Pour aller plus loin

À voir sur la médiathèque numérique des Activités Sociales, en libre accès :

“Nationalisme sexuel, migration et altérité : comprendre la controverse autour de la chirurgie esthétique génitale et l’excision”, par la sociologue Dina Bader (Université de Lausanne), intervention au séminaire “Migrations et altérité” (Université de Nice), le 5 octobre 2018.

Voir sur la médiathèque

En bref
En mobilisant concept de nationalisme sexuel, la sociologue Dina Bader analyse le débat public occidental sur les interventions chirurgicales génitales. Elle y décèle deux visions opposées de ces pratiques sur le plan moral, pénal et social : l’excision, d’une part, est connotée négativement, alors que la chirurgie génitale esthétique est connotée positivement.


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