Marion Richez (“Chicago”) : “Il y a des instants d’éternité dans ce qui n’est pas destiné à durer”

Marion Richez – Enseignante en philosophie et auteure du roman Chicago. ©Marco Castro

Enseignante en philosophie, Marion Richez a publié en 2020 son deuxième roman, “Chicago” qui raconte l’histoire d’une amitié fusionnelle entre trois êtres dissemblables : une lectrice d’université, un mécanicien et une esthéticienne. Un livre sélectionné par la CCAS pour sa dotation Lecture 2021.

À lire

L’histoire de trois êtres dissemblables et solitaires qui se retrouvent chaque fin de semaine à Chicago pour explorer la face cachée de la ville et qui sont unis par une solide amitié.

“Chicago”, éditions Sabine Wespieser, 2020, 136 pages, 15 euros.

Ce livre a été sélectionné par la CCAS pour sa dotation Lecture 2021 : découvrez-le dans les villages vacances cet été !

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En quoi l’histoire d’amitié que vous racontez dans “Chicago” est-elle spéciale ?

Marion Richez – Cette amitié réunit trois personnes qui n’avaient rien ou presque en commun en apparence, et qui naît d’une rencontre accidentelle. C’est une sorte de coup de foudre amical qui, tel un coup de foudre amoureux, va complètement transformer le quotidien des personnages et leur rapport à eux-mêmes. Ces trois êtres, habitués à la solitude, vont s’unir pour créer un bonheur qu’ils n’avaient pas individuellement.

Une amitié profonde, atypique mais aussi éphémère…

M. Richez – Oui, car le retour de Ramona (la lectrice d’université) en Europe est programmé. On ne sait pas si elle reverra après coup ses deux amis, et donc si cette parenthèse ouverte par leur rencontre se poursuivra. Telle est la grâce du cadeau qu’il lui a été donné de vivre : cette amitié ne dure pas. Les membres du trio savaient que leurs moments ensemble étaient comptés, c’est sans doute ce qui leur a permis de mieux les apprécier, de profiter de l’instant. Et puis, au cœur de ce qui n’est pas destiné à durer, il y a des instants d’éternité, des souvenirs marqués pour toujours. En ce sens, le roman traite aussi de ce qui est éternel.

En plus de la suite de leur amitié, on méconnait également ce qu’il l’a précédée. Vous effleurez la vie intime des personnages sans jamais rentrer dans la confidence : pour quelle raison ?

M. Richez – J’avais envie qu’ils restent impénétrables les uns aux autres. Leur amitié est sans confidence, elle procède en non-dits. J’aimais cette idée de ne pas percer à jour le mystère des personnages. Je voulais conserver le secret de leur intimité profonde et de leur parcours. Même quand j’évoque la menace du passé de Suzanne, l’esthéticienne, qui ressurgit, je n’ai pas voulu dévoiler le drame qu’elle a vécu. C’est simplement un outil qui sert à comprendre pourquoi elle vit dans cette solitude-là.

Le récit se situe à Chicago : quel est le rôle de Windy City dans votre texte ?

M. Richez – Il est essentiel. Les personnages passent leurs week-ends à parcourir la ville. À Chicago, il y a un infini qui s’ouvre, avec un rapport unique à l’espace et à la lumière, qui influence la nature intérieure des personnes. C’est une ville très psychanalytique : d’un côté le centre historique, le Loop, qui représente la démesure, avec ces immenses gratte-ciels et son concentré d’actions et d’énergies humaines ; et de l’autre, le gigantesque lac Michigan, qui vient rompre avec le caractère frénétique du centre-ville de Chicago, proposant une nouvelle forme d’énergie à explorer.

Vous utilisez la figure du Léviathan. En quoi était-elle évocatrice ?

M. Richez – Le Léviathan est une figure dramaturgique. C’est un monstre qui sort de sa léthargie pour détruire la terre et qu’on finit par oublier, le temps d’un moment d’harmonie. Cela montre que la solution est à l’intérieur de nous, avec cet effet papillon, qui fait que nos pensées et nos actions peuvent avoir d’immenses répercussions. Je l’image à travers l’acte d’amour de Jonathan envers Ramona, qui l’empêche de sombrer dans une crise de folie. Cela montre qu’une seule action suffit, pour que le Léviathan renonce à tout détruire.

Comment abordez-vous l’écriture d’un texte ?

M. Richez – Je tente de proposer une prose qui soit la plus poétique possible. J’essaie d’avoir dans mes métaphores une forme de verticalité. J’ai cette idée que la langue se doit d’être comme une mélodie, qui s’infuse dans le corps même du lecteur, qui change quelque chose en lui. J’amène un phrasé simple mais qui est très travaillé. Je prends mon temps, je réécris beaucoup. L’idée d’écrire “Chicago”, je l’ai eu en 2009. Mais je l’ai laissé reposer. Je crois en la maturation de la langue et de la pensée.

Comment appréhendez-vous votre tournée d’auteure dans les villages vacances de la CCAS cet été ?

M. Richez – J’apprécie énormément d’échanger avec des personnes qui lisent et s’intéressent au monde de la littérature. C’est avec plaisir que je partagerai mon expérience dans ce domaine. Au-delà de mon roman, je pense qu’il serait intéressant d’échanger sur la littérature contemporaine et d’évoquer, de manière générale, le rapport qu’on a à l’art dans un système néolibéral.


Retrouvez Marion Richez dans vos villages vacances : le 5 août à Erbalunga (Haute-Corse), le 6 août à Saint-Florent Les Résidences de la mer (Haute-Corse), le 7 août à Porto-Vecchio La Pioppa (Corse-du-Sud), le 8 août à Calvi Donateo (Haute-Corse).


 

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