Michael Jackson au Grand Palais : du classique au contemporain

Après la National Portrait Gallery de Londres, c’est au tour du Grand Palais d’accueillir jusqu’à la mi-février l’exposition “Michael Jackson : On the Wall”. Consacrée à l’héritage du “Roi de la Pop”, cette exposition d’art contemporain parcours la multiplicité de l’œuvre qui, sous des dehors apparemment simplistes et commerciaux, s’avère être étonnamment composite.

Artiste protéiforme, Michael Jackson n’a eu de cesse d’innover et de bousculer les codes au fil de sa carrière. D’un naturel perfectionniste, sa créativité et son éclectisme lui ont permis de régner en maitre sur l’industrie musicale et de se hisser au rang de figure mythique. Sa perspicacité en tant que compositeur et sa virtuosité technique ont en outre permis au cadet des Jackson Five de faire tomber des barrières dans des domaines insoupçonnés.

Au-delà de l’œuvre musicale en elle-même, c’est bien le double médiatique du chanteur, et par extension la portée de cette médiatisation à outrance, qui sont auscultés dans l’exposition “Michael Jackson : The Wall”, au prisme de l’art contemporain. Chorégraphes, créateurs de mode, plasticiens, vidéastes… nombreux sont ceux qui aujourd’hui encore revendiquent l’héritage de cet éternel enfant qui aimait à se comparer au personnage de Peter Pan, symbole d’insouciance et d’immaturité.

Ce n’est pas un hasard si le choix des commissaires de l’exposition s’est porté sur une œuvre du peintre afro-américain Kehinde Wiley, à qui l’on doit notamment un portrait d’Obama, pour ouvrir le bal. Commandé par le chanteur en personne, qui n’aura toutefois pas le loisir de voir l’ouvrage achevé, cette toile monumentale, inspiré d’un tableau du peintre flamand Rubens représentant le roi d’Espagne Philippe II, reprend les codes de la peinture baroque pour mieux saluer les talents de l’auteur-compositeur. Une pièce qui rend également compte de son sens de la démesure ainsi que de sa mégalomanie.

Imagerie religieuse

Outre les différents portraits de la star, parmi lesquels figurent une série d’Andy Warhol, le pape du pop-art, on peut admirer un triptyque réalisé par le plasticien David La Chapelle empruntant à l’imagerie religieuse habituellement associée à ce type d’œuvres. Pour le panneau central, il reprend le thème de la mater dolorosa et en détourne les codes, montrant le Christ portant la dépouille du chanteur. Sur l’un des volets latéraux, Michael Jackson est figuré en archange, un démon gisant à ses pieds à l’instar de Saint-Michel.

Une empreinte indélébile sur la danse

L’exposition se penche également sur ses talents de danseur hors-pairs et l’empreinte indélébile qu’il a laissée au sein de la danse contemporaine. Dans la première salle, un écran diffuse une vidéo réalisée par l’acteur Jacques Gamblin mettant en scène la danseuse et chorégraphe Raphaëlle Delaunay. A l’instar de la vedette androgyne, son style se situe à la croisée des chemins. Formée à l’Opéra de Paris, la jeune ballerine se tourne ensuite vers la danse contemporaine et intègre la compagnie de Pina Bausch.

“Sur scène, Michael Jackson danse la rage”, explique la danseuse à France 2, dans un numéro du magazine “Stupéfiant” à l’occasion de l’exposition :

Dans une autre œuvre, sur un air du compositeur baroque Jean-Baptiste Lully tiré des intermèdes musicaux du “Bourgeois Gentilhomme”, l’artiste s’ébroue de manière enfiévrée dans les flaques d’eau, se livrant à une chorégraphie où la gestuelle issue du répertoire classique côtoie les pas de danses emblématiques du chanteur comme les coups de pieds nerveux dans le vide, les brusques attouchements au niveau de l’entrecuisse et bien entendu le célébrissime Moonwalk. Mouvement que Michael Jackson n’a pas inventé, contrairement à une idée répandue, mais qu’il a en revanche perfectionné et grandement contribué à populariser.

Un imaginaire classique

Fervent admirateur des grands maitres de la Renaissance ainsi que du classicisme français, il vouait également un véritable culte à la série d’albums pour enfants Martine, au point de demander à rencontrer son illustrateur à l’occasion d’un passage à Paris.

Au-delà des œuvres présentées, c’est bien une plongée dans l’imaginaire du chanteur qui attend les visiteurs. Un univers haut en couleurs qui reflète la curiosité boulimique du chanteur ainsi que sa surprenante culture artistique. Féru de comédies musicales, il tiendra d’ailleurs le rôle de l’Épouvantail dans un remake du Magicien d’Oz composé exclusivement d’interprètes afro-américains, l’interprète de Billie Jean avait également la passion de l’opéra et nourrissait secrètement le désir de se produire au Palais Garnier.

Adaptant en anglais des passages de Werther, drame lyrique inspiré du roman de Goethe, le metteur en scène Nino Laisné et François Chaignaud rendent à leur manière hommage au Roi de la Pop qui, d’après les dires de son professeur de chant, raffolait des compositeurs français, en particulier de cette œuvre de Jules Massenet.

Il aurait même, dit-on, émis le souhait de réaliser un album-concept autour de l’air Pourquoi me réveiller, ô, souffle du printemps ? L’exposition s’achève sur une note mélancolique, presque funèbre, avec cette œuvre qui interpelle tant la destinée tragique du jeune Werther présente des similitudes avec celle du chanteur.

L’interprète de Billie Jean avait pour habitude de puiser dans le répertoire de l’opéra français pour faire ses vocalises. Il s’exerçait souvent sur cette mélodie élégiaque, un choix qui à postériori apparait comme prophétique. C’est en effet le Propofol, un puissant anesthésique, qui aurait plongé l’artiste dans un sommeil éternel.

En dépit de son originalité et de sa richesse thématique, l’exposition aurait paradoxalement gagné à maintenir une certaine cohérence entre les différentes œuvres du catalogue. En effet, chaque artiste a livré la propre vision qu’il avait de la star en insistant sur tel ou tel aspect de sa vie. Sont ainsi convoqués pêle-mêle l’africanité du chanteur, ou tout du moins son rapport à la négritude, l’impact médiatique des accusations portées à son encontre et des différents procès en résultant ou encore son rôle déterminant dans l’essor du vidéo-clip avec le court-métrage adapté du single Thriller. Une exhaustivité qui au final nuit quelque peu au propos de l’ensemble. Contre toute attente, on ressort de cette orgie “jacksonienne” sans pour autant avoir percé tous les mystères subsistant autour de la figure spectrale et énigmatique de celui que l’on surnommait “Bambi”.


Infos pratiques

“Michael Jackson : On the Wall”
Jusqu’au jeudi 14 février 2019, au Grand Palais

3, Avenue du Général Eisenhower, Paris VIIIe / Métro Champs-Elysées Clemenceau, Ligne 1.
Tel : 01 40 13 48 00

Visiter le site de l’exposition

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