Mixité dans les IEG : témoignages d’agent.es

CCG de Martigues, techniciens en salle des machines ©EDF – Robert Fahl

Travailler et évoluer dans un environnement de travail majoritairement masculin, c’est compliqué ? Six agents, trois femmes et trois hommes, témoignent de leur parcours et de leur expérience.

Témoignages recueillis par Sophie Chyrek et Madeleine Forestier

“Heureusement que l’on n’entend plus aujourd’hui ce que l’on entendait lorsque j’ai débuté !”

©Didier Delaine/CCAS

Stéphanie Frechin, manager des opérations des plateaux clientèle de Mulhouse-Besançon, CMCAS Mulhouse

“Au début de ma carrière, en réunions régionales de contrôle de gestion, nous étions deux ou trois femmes dans une assemblée de 60 hommes, en costume-cravate sombre. On pouvait se poser la question de savoir si l’on se trouvait au bon endroit… Cela ne m’a jamais empêchée de faire mon job et de m’y trouver bien.

Je n’ai jamais pensé que le fait d’être une femme pouvait me desservir, même si, en intégrant l’entreprise en 1996, on entendait dire que les hommes étaient favorisés à tel ou tel poste.

Intégrée en maîtrise, j’ai fait mon chemin. Mes responsables ont toujours cru en moi, ils me faisaient confiance, c’est une chance. Au départ, c’étaient des hommes mais, depuis plus de dix ans, ma responsable est une femme, grâce à qui j’ai beaucoup progressé.

L’important, c’est d’emmener chacun vers ce qu’il souhaite, pour trouver un épanouissement dans son poste.

Je pense cependant que les femmes doivent avoir droit à une attention particulière lorsqu’elles ont des enfants. Heureusement que l’on n’entend plus aujourd’hui ce que l’on entendait lorsque j’ai débuté ! Oui, les femmes peuvent potentiellement s’absenter parce que ce sont elles qui portent les enfants et il faut s’en réjouir.

J’y suis attentive, car il ne faut pas occulter le fait que ce sont aussi elles qui supportent une bonne partie de la charge éducative. Il est important qu’elles soient sereines en allant travailler tout en ayant la possibilité d’évoluer au cours de leur carrière. Car la mixité est essentielle. Notre service est à 79% féminin. Et les hommes ? Sur les plateaux clientèle, ils sont chouchoutés par les femmes…”

“Depuis 10 ans, j’ai constaté des évolutions”

Xavier Vanackere, interlocuteur raccordement haute tension à Enedis Villeneuve-d’Asq, CMCAS Nord-Pas-de-Calais


“Dans le groupe où je travaille, sur les 30 agents, 5 sont des femmes. Leur présence change l’ambiance : d’une part, on fait plus attention à ce que l’on dit et d’autre part, en plus de faire le boulot tout à fait correctement, elles nous maternent un peu dans le sens où elles organisent parfois des pique-niques et ont davantage le sens pratique que nous.

Je reconnais qu’il est difficile d’avoir des rapports égalitaires quand il y a une telle disproportion entre le nombre d’hommes et de femmes.

Mais depuis une dizaine d’années que je suis dans l’entreprise, j’ai constaté des évolutions. Même si aucune communication officielle n’est faite à ce sujet, dans les faits de plus en plus de femmes accèdent à des postes à responsabilités. Par exemple, chez nous, le chef de service “raccordement et ingénierie” est une femme. Elle a 500 personnes sous son autorité, ce n’est pas rien ! Et elle a choisi une femme pour adjointe. Les choses avancent.”

“J’essaie de ne pas prêter attention aux remarques lorsqu’il y en a”

©Sébastien Le Clézio

Roxane Sagnier, technicienne principale d’exploitation sur le barrage de l’Aigle (Dordogne), CMCAS Tulle-Aurillac

“Lorsque je suis d’astreinte et que le téléphone sonne pour une panne à 2 heures du matin, je pars pour le barrage de l’Aigle en pleine nuit, à deux minutes en voiture. Une fois sur place, l’adrénaline me booste, je suis seule, il faut très vite trouver le défaut. Ce métier, à la fois très technique et très diversifié, me passionne. Au quotidien j’interviens beaucoup sur des petites maintenances : contrôle de protections électriques, de vitesse, tournées d’exploitation, consignations et surveillance des barrages.

C’est l’accumulation des expériences qui m’a donné confiance en moi.

C’est à la portée de toutes les femmes, à condition d’y trouver du plaisir. Au collège, en bac pro, en BTS électro, j’ai toujours été la seule fille des cours. Cela ne me posait pas de problème, mais mes parents m’avaient prévenue : en tant que fille, tu devras mettre les bouchées doubles, en faire plus que les hommes pour montrer que tu es capable. Aujourd’hui dans mon univers de travail essentiellement masculin, il y a beaucoup d’entr’aide et de franchise.

Si je n’arrive pas à ouvrir une vanne, parce que je n’ai pas assez de force, un collègue homme m’aidera. Ce fait n’a jamais posé problème.

Pour autant, je ne dis pas que le machisme a disparu de nos entreprises, il en reste ! Mais je passe outre, j’essaie de ne pas prêter attention aux remarques lorsqu’il y en a. Actuellement en congé maternité, mes collègues doivent assurer l’astreinte à trois (au lieu de quatre). Je n’ai pas eu de réflexion désagréable à ce propos, ils ont accepté et m’ont appelée pour établir le planning 2020… J’apprécie cette entente et je les en remercie.”

“C’est un problème que les métiers techniques soient “réservés” aux hommes”

Sébastien Giardina, électricien Greenalp, CMCAS Dauphiné-Pays-de-Rhône


“Depuis que je suis entré dans l’entreprise GEG (la régie de gaz et électricité de Grenoble), il y a vingt ans, je n’ai vu qu’une seule femme gazière. C’est d’ailleurs un problème que les métiers techniques soient “réservés” aux hommes. Du coup, quand on est entre mecs, parfois les plaisanteries limites fusent. Étant sensibilisé aux questions de sexisme et de harcèlement, j’essaie de réagir en disant aux gars que cela ne me fait pas rire ou qu’ils vont trop loin…

Ce qui fonctionne le mieux c’est de demander à quelqu’un qui vient de prononcer une parole sexiste : “Que dirais-tu si on parlait comme ça de ta femme, ta mère ou ta soeur ?” En général, ça calme !

Il y a encore du travail à faire et il faut plus de mixité dans tous les métiers. Quand je viens au bureau entre deux interventions sur le terrain, je constate que dans les bureaux le sexisme s’exerce différemment. La majorité des encadrants sont des hommes et les femmes sont leurs subordonnées. Du coup, elles se voient parfois “obligées” de sourire à un compliment ou à une plaisanterie déplacée pour ne pas froisser leur chef. Il faut sensibiliser les hommes qui ont du pouvoir à ne pas en abuser.”

“Depuis quatre ans, dans l’ensemble, il y a très rarement eu des écarts”

©Didier Delaine/CCAS

Marine Devisscher, ingénieure sûreté qualité au CNPE de Paluel (Seine-Maritime)

“Mon rôle consiste à évaluer de manière objective que les organisations sont conformes aux règles ou référentiels. J’effectue des visites sur les chantiers pour vérifier que les procédures de travail sont respectées. Je pose beaucoup de questions et je travaille sur dossiers pour vérifier qu’ils sont complets. On ne prévient pas toujours de notre intervention, on est un peu vus comme les “gendarmes” de la centrale et une visite peut parfois être mal vécue. Mais auditer, c’est se rendre compte de la réalité du terrain et des difficultés que les personnes peuvent avoir à accomplir une tâche. L’aspect communication est donc très important.

J’ai d’abord travaillé dans la distribution et dans une petite structure BTP. Lorsque j’ai eu cette opportunité à Paluel, j’ai eu peur de ne pas avoir “les épaules” pour le nucléaire, et puis je n’y connaissais pas grand-chose. Tout compte fait, je m’y sens bien. Je me sens utile. On se rappelle toujours des “erreurs de débutant”, alors j’avais l’impression que je n’avais pas le droit à l’erreur dans un contexte essentiellement masculin, si bien que j’ai mis les bouchées doubles pour être pertinente autant que je le pouvais. J’ai dû apprendre, m’adapter, ne pas hésiter à poser des questions, sortir de ma bulle de confort.

Dans un milieu masculin, il faut aussi apprendre à travailler en équipe. Mais on n’est jamais seul·e, il y a toujours un moyen de se faire aider par des gens qui aiment partager leurs connaissances du métier.

Après, il faut savoir être sûre de soi, car il arrive que sur un chantier quelqu’un essaye de vous intimider. Il y a eu des moments où j’ai senti que mon interlocuteur tentait de m’embrouiller sur la technique parce que j’étais une femme… mais cela ne m’a pas empêchée de réaliser mon travail. Depuis quatre ans, dans l’ensemble, il y a très rarement eu des écarts, car c’est un milieu où le professionnalisme et le respect sont importants.”

“La présence de femmes dans l’encadrement n’est pas une garantie contre le sexisme”

Géraud Douhaizenet, chaudronnier au CNPE EDF de Cruas-Meysse, CMCAS Valence


“À mon étage de la centrale, en chaudronnerie, nous sommes vingt personnes, dont une seule femme. Certains départements comme la chimie et l’environnement sont plus féminisés, mais je dirais qu’il n’y a pas plus de 15 à 20 % de femmes qui travaillent à la centrale dont la direction est 100 % masculine. Parmi les cadres et les chefs de service, les femmes ne représentent qu’un petit quart des effectifs.

Il faut reconnaître une volonté d’embaucher et de former des femmes cadres depuis une dizaine d’années. C’est moins le cas pour les jeunes moins qualifiés qui exercent des fonctions techniques.

Mais malheureusement la présence de femmes dans l’encadrement n’est pas une garantie contre le sexisme. J’ai pu le constater : une cheffe de section de mon entreprise faisait de la discrimination envers les femmes, notamment celles en âge d’avoir des enfants et leur posait des questions sur leur vie privée et leur projet parental avant de les intégrer dans son équipe… Le travail de sensibilisation sur les droits des femmes est à effectuer pour tout le monde, y compris pour les femmes.”

0 Commentaires

Laisser une réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

douze + 16 =

Mentions Légales    I    Vie privée    I    Informations sur les cookies   I    Qui sommes-nous ?    I    Plan du site    I    CCAS ©2018

Vous connecter avec vos identifiants

Vous avez oublié vos informations ?