Mourad Merzouki : “J’ai toujours souhaité créer des passerelles”

Mourad Merzouki en répétition avec sa troupe à l’espace Albert Camus, dans la Métropole de Lyon, où sa compagnie, Käfig, est en résidence depuis 2006. ©J.Marando/CCAS

Directeur du Centre chorégraphique national de Créteil et du Val-de-Marne depuis 2009, le chorégraphe, figure du hip-hop depuis le début des années 1990, inscrit son travail au carrefour des disciplines sans jamais perdre de vue les cultures populaires.

Comment avez-vous rencontré la danse ?

À 7 ans, mon père m’a inscrit à des cours d’arts martiaux, dans une école où l’on enseignait aussi le cirque. J’ai tout de suite été intéressé par les acrobaties et j’aimais beaucoup faire des présentations devant un public. C’est comme ça que j’ai eu mon premier contact avec la scène et le monde du spectacle en général, alors que mon milieu familial ne m’y prédestinait pas du tout.
À la fin des années 1980, j’ai découvert le hip-hop quand il est arrivé des États-Unis. J’ai aimé cette danse, car elle pouvait être pratiquée partout. Avec les copains de mon quartier, on avait 17 ou 18 ans et on était tous touchés par cette culture, cette énergie, et très vite j’ai eu envie d’en faire des chorégraphies.

Quels ont été vos inspirateurs en ce qui concerne la danse contemporaine ?

J’ai très vite eu envie de m’y intéresser. Je n’ai pas hésité à solliciter Josette Baïz, mais aussi Maryse Delente, Jean-François Duroure et Josef Nadj. Quand j’ai débuté, ces chorégraphes étaient pour moi incontournables. Et, sans collaborer directement avec lui, j’ai suivi le travail de Philippe Decouflé dont la démarche et les croisements des esthétiques me fascinaient.

En 2009, vous avez été l’un des premiers issus de cette culture hip-hop à être nommé à la tête d’un centre chorégraphique national, comment l’avez-vous vécu ?

C’est un signe fort, je l’ai vécu comme une reconnaissance, pas seulement pour moi, mais aussi pour tous les acteurs qui pratiquent le hip-hop. De plus, c’est assez singulier : il n’y a qu’en France que l’on voit ce type d’accompagnement et d’encouragement envers cette culture qui est jeune et qui vient de la rue. J’espère que je ne resterai pas un cas isolé et que d’autres pourront accéder à des postes équivalents au mien.

Mourad Merzouki en répétition avec sa troupe à l'espace Albert Camus de Bron ©J.Marando/CCAS

Mourad Merzouki dirige également le Centre chorégraphique Pôle Pik qu’il a créé en 2009, à Bron, dans la métropole de Lyon. ©J.Marando/CCAS

Vos questions à Mourad Merzouki

Patrick Espitalier, CMCAS Paris

Comment avez-vous été accueilli dans ce milieu de la danse contemporaine ?

À l’époque, quand on quittait la rue pour aller se frotter à l’institution, on était parfois montrés du doigt par nos copains. De plus, de la part de certains tenants de la danse contemporaine qui considéraient le hip-hop comme une danse éphémère pratiquée par des jeunes de banlieue à casquette, il y avait une certaine méfiance. Moi, j’ai toujours souhaité créer des passerelles et tisser des liens entre ces deux arts et l’on peut dire qu’en trente ans, en ce domaine, les frontières sont devenues largement moins infranchissables. Le hip-hop a trouvé sa place dans le paysage chorégraphique français, mais il faut continuer à oeuvrer pour que la question de sa présence ne se pose plus !

Quels ont été les apports mutuels entre la danse contemporaine et le hip-hop ?

Les tenants des deux disciplines ont eu l’intelligence de ne pas hésiter à se frotter les uns aux autres. Chacun en sort grandi. Le hip-hop a regardé comment la danse contemporaine s’inscrivait dans l’espace et, parallèlement, le monde de la danse contemporaine s’est nourri du rythme et de l’énergie singulière du hip-hop.

Mourad Merzouki est le deuxième chorégraphe issu du hip-hop à la tête d’un Centre chorégraphique national, précédé par Kader Attou à La Rochelle. ©J.Marando/CCAS

Dans les festivals que vous programmez, comme Kalypso à Créteil, on sent une volonté de mettre en valeur un foisonnement créatif et de faire connaître des chorégraphes d’origines et d’univers très différents…

C’est important pour notre société de voir sur scène des artistes qui ressemblent à la France dans sa diversité. Et quand on constate qu’une salle est remplie d’un public composé des personnes de tous âges, origines et classes sociales, c’est que le pari est gagné !

D’où vous vient ce goût de l’altérité et cet élan vers les autres cultures ?

Certainement de mon histoire ! Je suis né à Lyon de parents originaires de Petite Kabylie, en Algérie. J’ai grandi dans la banlieue lyonnaise et j’étais comme tous ces gamins en train de me poser des questions sur mon identité, sur ma place dans ce pays. J’étais parfois déstabilisé par le rejet dont je faisais l’objet. Le premier voyage à l’étranger que j’ai effectué grâce à la danse, c’était en ex-Yougoslavie au moment de la guerre.
Là bas, on m’a fait comprendre que j’étais d’abord un danseur, un artiste et que ma nationalité française passait au second plan. En rentrant en France, j’avais gagné en assurance et je me sentais citoyen du monde… loin des questions identitaires. Cela m’a aidé à grandir, à me sentir en accord avec moi-même. J’essaie de transmettre cette expérience au travers de ma démarche artistique et de mes créations.

Comment est né votre spectacle “Boxe Boxe” ?

J’ai pratiqué la boxe étant enfant. C’est un sport très similaire à la danse par la concentration et l’exigence qu’il requiert. Mohamed Ali disait d’ailleurs qu’il était danseur… J’ai donc voulu mettre en avant la poésie de cet art. Pour cela je me suis entouré d’un quatuor à cordes, car je trouvais intéressant de faire entrer la musique classique dans un univers de sport de combat et bien sûr il y a aussi du hip-hop. C’est un spectacle un peu intemporel qui mêle performance, humour, avec une scénographie un peu à l’image de Tim Burton, et émotion. Il est à la croisée des arts et destiné à tous les publics.

Boxe Boxe : du ring à la scène

“La boxe, c’est déjà de la danse. C’est ce qui m’a frappé lorsque, adolescent, j’ai découvert le hip-hop après de nombreuses années de pratique des arts martiaux. Si l’une est assimilée à la violence, l’autre est synonyme de légèreté. Pour cette création, je joue sur ces contrastes, car à chaque élément de la boxe correspond une dimension de l’art chorégraphique.”

Boxe Boxe” (2010), avec le Quatuor Debussy, sera le 15 juin 2017 au Théâtre du Rond-point (Paris).
Les billets sont en vente dans l’espace culture et loisirs du site ccas.fr, au prix de 23€ au lieu de 38€ . Date limite des commandes : 30 avril.

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