Philippe Mediavilla : “J’écris ainsi car je suis militant”

Philippe Mediavilla ©Editions Cairn

Philippe Mediavilla est l’auteur de “Du pin et des larmes”, paru en 2016 aux éditions Cairn. Dans le long entretien qu’il nous a accordé, l’ex-secrétaire régional de la CGT Aquitaine et ancien gazier s’est confié sur ses motivations à traiter des enjeux de la filière bois après la tempête Klaus de 2009 dans un… roman policier !

“J’ai toujours adoré écrire, c’est en moi depuis mon plus jeune âge.” Assis à une table de la médiathèque de Tarnos (Landes), où il habite et où il vient puiser son inspiration, Philippe Mediavilla parle, parle, et parle encore. Il est intarissable. Sur son livre, bien sûr, sur ses motivations évidemment, sur sa vie de militant forcément.

“Chaque fois que l’argent commande, on oublie le reste.”

Aussi loin qu’il se souvienne, Philippe Mediavilla, 52 ans, a toujours milité. “Depuis tout petit, glisse-t-il. A Bayonne, mon père et les voisins m’impliquaient dans l’animation du quartier. Une animation militante, qui consistait à permettre à des gens d’aller au ski, de faire des sorties…” Tout naturellement, il en vient à militer syndicalement en entrant en 1980 à EDF-GDF comme plombier-gazier. “Je me suis immédiatement investi dans l’activité syndicale, d’abord auprès des jeunes, puis vers les Activités Sociales.” Il devient secrétaire général de la CGT chez EDF-GDF Bayonne à la fin des années 1980.

“J’ai pris des responsabilités de plus en plus importantes dans le monde syndical car je n’ai pas su dire non, confie-t-il. Je ne me suis jamais engagé à moitié mais toujours pleinement.” Au début des années 2000, il devient responsable régional interprofessionnel des activités internationales et européennes de la CGT Aquitaine. Puis secrétaire régional de la CGT Aquitaine de 2009 à juin 2015.

Le polar pour faire moins “austère”

Avant ce roman, Philippe Mediavilla se situait davantage dans “le jargon syndical, les comptes rendus, la rédaction de projets”, convient-il, lui qui a pourtant toujours eu une âme d’artiste. En plus d’être (désormais) écrivain, il a été musicien dans un groupe de rock et est toujours acteur dans une troupe de théâtre.

En 2011, alors qu’il traverse deux fois par jour la forêt – dévastée – des Landes après la tempête Klaus pour se rendre de Bayonne à Bordeaux, lui vient l’idée d’évoquer les enjeux de la filière. Mais autrement. En oubliant l’article syndicaliste pour verser dans le roman policier. Le fameux polar à la française. Pourquoi ce choix et ce genre ? “Mon goût pour l’écriture, le plaisir de vouloir raconter différemment ce qui se passe autour de moi, dans mon environnement direct, de mon activité syndicale, et des militants qui m’entourent”, déclame-t-il. Et puis aussi parce que “j’avais envie de parler de tout ça d’une manière moins austère”. Lecteur régulier de polars, Mediavilla se (re)plonge dans cet univers qui peint “la société et fait passer des messages”. Son principal message tient en une phrase : “Chaque fois que l’argent commande, on oublie le reste.”

Trois mois pour le premier jet

Il écrit le premier manuscrit en trois mois, dans le train qui traverse ces milliers d’hectares mis à nu. Ses lecteurs ne devaient être au début que sa famille, ses amis et quelques camarades militants. C’est en discutant avec Eddy Combret, alors président de la CMCAS de Bayonne (2006-2015), et d’autres interlocuteurs que germe l’idée de publier un roman.

“On était dans le projet Parle [Pratiques amateurs au rendez-vous de la lecture et de l’écriture, ndlr], on se demandait comment travailler sur le projet de l’écriture avec nos bénéficiaires, voire avec les centres de vacances alentour. Ils m’ont proposé de s’appuyer sur mon manuscrit. On a distribué des copies, on a fait des lectures sur “les lieux du crime” : au port de Bayonne, dans la forêt, à l’usine dont je parle dans le roman.” Les retours positifs des lecteurs l’incitent à en reprendre l’écriture, à l’étoffer avec davantage de précisions.

“Les camarades se disent à la fois surpris et heureux de ce livre où l’on parle d’eux, de ce qu’ils vivent” ©S.Sisco/CCAS

“On a été en dessous de l’enjeu”

Du port de Bayonne au plus profond de la forêt de pins landais, Mediavilla connaît toute la filière et mesure au fil de ses rencontres l’avenir de la ressource. “Je conçois que l’évacuation du bois n’a pas été facile à gérer. Quand bien même, on a été en dessous de l’enjeu. Ça aurait dû être une opportunité pour regarder la forêt autrement, regarder la ressource bois différemment, prendre une autre orientation que celle que nous commandent les marchés financiers. On a suivi la voie de la rentabilité sans se préoccuper de l’avenir, ni des enjeux environnementaux, ni de la question sociale des employés.”

Un autre regard sur le monde syndical

Trois ans passent avant qu’il ne rencontre et convainc son (futur) éditeur au cours d’une table ronde sur les activités culturelles de la CMCAS de Bayonne. En deux jours, l’affaire est ficelée. Il faudra plusieurs mois de réécriture, “sur la syntaxe et le style, rien sur le fond” assure-t-il, pour publier Du pin et des larmes. L’accueil est bon, surtout dans le milieu syndical où “les camarades se disent à la fois surpris et heureux de ce livre où l’on parle d’eux, de ce qu’ils vivent”. Celui du lecteur lambda est également positif. “Ça a fait tomber les a priori : saucisses grillées, banderoles et haut-parleurs.”

Solidarité et dignité

Le tour de force de Philippe Mediavilla est d’avoir surpris avec le genre et surtout mis de l’humain. Beaucoup d’humain. “C’est un trait de mon caractère”, souffle-t-il, avant de clamer son amour pour “la solidarité entre les hommes et les femmes qui luttent dans un même sens. Pour leur dignité”.

Moins d’un an après la sortie de “Du pin et des larmes”, Philippe Mediavilla vient de rendre son deuxième ouvrage à son éditeur. Prévue en juin, la sortie a été retardée de quelques mois car l’auteur n’est pas satisfait. On reste dans le même univers du polar sur fond de syndicalisme mais la forêt a été remplacée par l’océan. “Ça tourne autour de la mode dans le surf, confie-t-il. C’est un road movie qui nous entraîne des Landes au Bangladesh en passant par le Pays basque espagnol.” Philippe Mediavilla écrira un troisième roman l’an prochain. Sur un bateau qu’il vient de s’offrir et avec lequel il traversera avec femme et enfants l’Atlantique durant une année.

Du pin et des larmes, de Philippe Mediavilla, éd. Cairn, 2016, 280 p., 11,50 €.
2011. Port de Bayonne. Au hasard de ses investigations sur la filière bois, Laurent, syndicaliste, découvre le corps sans vie d’un homme flottant dans l’eau. Suicide, accident, ou bien meurtre ? De nombreuses questions se posent autour du noyé. Non loin de là, sur un navire ancré au port, Marco, activiste engagé, s’insurge contre les conditions de travail des marins étrangers. Ces deux militants vont voir leurs destins s’entrecroiser. Au côté d’Agnès, jeune lieutenant à la PJ, ils vont prendre part à une enquête où crime, corruption et violence se côtoient, le tout sur fond de trafic de bois de tempête.
Dotation livres CCAS : retrouvez ce livre dans vos centres de vacances, en CMCAS et en SLVie.

Entretien avec l’auteur : “C’est un polar, pas une analyse syndicale”

Avez-vous écrit ce roman pour faire bouger les choses ?

Je livre une vision large du problème de la filière bois. Je n’ai pas la prétention de penser que mon livre est suffisamment approfondi pour faire bouger les choses. C’est avant tout une étude qui permet à la population de s’approprier les enjeux.

Êtes-vous un écrivain militant ou un militant écrivain ?

(Sourire) Quand on me demande si je suis écrivain, j’ai du mal à répondre. Il paraît qu’on l’est à partir du premier ouvrage publié. J’ai été militant, toute ma vie, je continue encore à l’être dans le monde associatif, politique, syndical… J’écris avec ce style car je suis militant.

Le roman est-il une nouvelle forme de communication pour le militant que vous êtes ?

Oui, en effet. Quand on communique sur les réseaux sociaux, on est superficiel, on va à l’essentiel mais ça zappe très vite. J’ai la fibre artistique, j’aime construire des projets dans ce domaine, mais toujours dans un sens d’éveil des consciences.

Est-ce également une façon de s’évader pour l’auteur ?

Absolument. J’avais besoin de me libérer d’une pression un peu lourde dans mon mandat. Dans le train, je prenais une heure pour écrire pendant laquelle je n’avais plus de soucis, plus de stress. La création permet de se sortir du contexte dans lequel on est enfermé pour mieux y retourner. J’en suis revenu plus enthousiaste, avec plus de facilité à appréhender mes dossiers.

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