Printemps des poètes : “La poésie résiste à tout, même au pire”

Autrice et productrice radio pour France Culture, Sophie Nauleau est la directrice artistique du Printemps des poètes depuis 2018. ©André Velter

Après l’Ardeur, la Beauté et le Courage, voici venu le Printemps du Désir. Rencontre avec l’écrivaine Sophie Nauleau, directrice artistique du 23e Printemps des poètes, dont les Activités Sociales sont partenaires, à retrouver en ligne et dans la rue sous des formes inédites du 13 au 29 mars.

Comment a évolué le Printemps des poètes depuis sa création ?

Le Printemps des poètes était au départ un événement éphémère, qui ne durait qu’une semaine. L’idée de Jack Lang [alors ministre de la Culture, ndlr] était de faire de la poésie – à l’image de la Fête de la musique – une chambre d’écho un peu semblable. Le Printemps a été créé dans le but de montrer que la poésie était toujours là. Qu’elle était belle et bien vivace. Vivante.

Cela a créé une véritable impulsion chez les éditeurs, dont beaucoup se sont mis à publier des livres à l’occasion du Printemps, lié à nos thématiques. Cela a fait naître une certaine émulation poétique. Médiatique aussi. Et ce point a beaucoup évolué depuis sa création.

Nous avons rarement eu un spectre médiatique aussi large, allant des émissions littéraires aux “Grosses têtes” !

L’écho que le thème du courage a eu l’année dernière, a par exemple été exceptionnel. Nous avons rarement eu un spectre médiatique aussi large, allant des émissions littéraires aux “Grosses têtes” ! Et que des personnalités comme la photographe Sarah Moon, autrice de l’affiche, l’actrice Marina Hands, notre marraine, l’artiste Pierre Soulage ou encore l’actrice et réalisatrice Sandrine Bonnaire, disent “oui” au Printemps des poètes, montre que notre aura est belle, qu’elle est là et qu’elle compte. Le Printemps n’a plus aujourd’hui à prouver ni sa légitimité ni son existence.

Diriez-vous que le Printemps des poètes a répondu à un “besoin de poésie” ?

Il existe en effet, je pense, un besoin de poésie immense et exponentiel. Je le ressens vraiment dans ma programmation, dans ce moment en suspend que nous vivons. C’est précieux de se dire que la poésie, elle, tient. On ne boxe pas dans la catégorie du monde courant, du monde marchand, et pour autant, cela va croissant. C’est pour moi la preuve que la poésie résiste à tout, et même au pire.

Ce que nous renouvelons année après année est un vrai défi. Avec, à chaque fois l’idée de se réinventer. Pour citer Georges Bataille : “le Désir [est] en nous comme un défi au monde”. Deux anthologies publiées cette année, chez Bruno Doucet et chez Castor Astral, reprennent d’ailleurs ce titre, que je trouve très juste et très beau.

Et c’est un immense réconfort que de voir tous les gens que nous touchons. Nous organisons des événements dans des lieux divers : on a des écoles de poésie en Inde, en Finlande… Certes, cela passe souvent par les Instituts Français et par la langue française, qu’il est important de défendre. Mais quand même, voir ce rayonnement-là, année après année, ça n’a pas de prix.

Comment les contraintes liées à la pandémie affectent le Printemps des poètes ?

La pandémie nous affecte énormément, puisque tous les spectacles publics ont été annulés ! L’année dernière, à l’occasion de la 22e édition, j’avais ouvert le “Le Courage” au Bataclan [théâtre d’attentats revendiqués par l’État islamique en novembre 2015, ndlr], aux côtés de Sandrine Bonnaire, ce qui évidemment n’était pas rien. Cette année, nous ne pourrons pas organiser de grand spectacle, comme à Avignon dans la cour d’honneur du Palais des Papes, comme j’en avais eu l’envie.

J’ai cependant décidé d’envisager cette édition non pas dans la déploration – en me disant “quel dommage qu’on ne puisse pas le faire” – mais plutôt en me disant : “réinventons-nous”. La poésie a cette force d’avoir toujours une longueur d’avance et de pouvoir faire autrement, quand bien même serions-nous tous prisonnier. Les mots passent les murs. C’est vraiment ce qui nous porte pour cette 23e édition.

Des citations poétiques seront projetées la nuit, pour que même confinés, on puisse avoir accès à cette parole poétique, qui fait respirer plus vaste.

Nous proposerons donc des évènements retransmis en ligne, comme un court métrage sur le thème de l’ascension poétique : un exemple de création tout exprès, construite et poétique, qui sera partagée via l’image, et pas seulement en présentiel. Des citations poétiques seront également projetées sur les remparts, la nuit, pour que même confinés, on puisse avoir accès à cette parole poétique, qui fait respirer plus vaste. Des monuments comme le Palais des Papes ou encore le Pont Saint-Bénézet seront eux aussi éclairés de rouge, la couleur du désir.

Enfin, nous clôturerons le Printemps à Arles, un peu de la même façon, avec une campagne poétique d’une ampleur totalement inédite.

Pouvez-vous nous parler du partenariat avec les Activités Sociales de l’énergie ?

Le partenariat avec la CCAS, qui existe depuis 2004, est fait de générosité et d’affinités, d’une véritable envie partagée. Des milliers de marque-pages sont offerts par la CCAS, avec l’appui du Printemps, il y a des commandes de livres. Nous sommes là pour nous nourrir les uns des autres, pour se donner des idées et aider quand il y a besoin de munitions ou de projets qui sortent de l’ordinaire. C’est un partenariat qui n’est jamais figé, toujours en mouvement, et assez vif.

L’idée commune est d’ouvrir le Printemps à un rayonnement de plus en plus vaste et de toucher un maximum de publics. On touche les écoles, les hôpitaux, les bibliothèques, les prisons… On se retrouve dans l’image d’une main tendue, et notre partenariat résulte de notre volonté de mettre de la poésie partout, sans œillères ni préjugé qu’elle n’aurait pas sa place à certains endroits.


Infos pratiques

Printemps des poètes, 23e édition

Du 13 au 29 mars 2021

Site Internet : printempsdespoetes.com


 

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