Rachel Corenblit : “L’enseignement est un acte d’amour”

Rachel Corenblit, auteure du roman “les Attachants”, qui fait partie de la dotation lecture 2018 de la CCAS. ©Joseph Marando/ CCAS

“Une classe, c’est partager un bout de chemin ensemble”, raconte Rachel Corenblit, qui signe avec “les Attachants” une chronique subtile et bouleversante de l’école, pleine d’humanité et d’espoir, sans jamais tomber dans la caricature ni le pathos. Un livre et une auteure à retrouver cet été dans vos centres de vacances. 

L’histoire. Ryan, Michel, Dimitri, Molly, Karima… sont élèves en classe de CM2 à l’école des Acacias, située dans un quartier défavorisé de la banlieue toulousaine. “Les attachiants” comme les nomme avec tendresse Emma, leur toute jeune instit, sont autant de destinées, de parcours de vie, dramatiques parfois, qui font le quotidien d’une classe. Elle s’attache notamment à Ryan, un garçon dont on va progressivement découvrir la maltraitance.

Bio express. Rachel Corenblit est professeure de français dans un collège de la région toulousaine. “Shalom Salam maintenant”, son premier livre, est sorti en 2007. Auteure d’une vingtaine de livres jeunesse, elle a écrit deux romans pour adultes, dont “les Attachants”. “La plus belle de toutes”, son nouveau roman jeunesse, sortira aux éditions du Rouergue en avril prochain. Il y est question de télé-réalité.

Comment sont nés “les Attachants” ?

C’est un livre qui m’est cher. Il a couru sur dix ans. J’étais encore instit dans une école très mixte socialement. J’ai été confrontée à un cas comme celui de Ryan que je décris dans le livre. Et je suis passée à côté. Ce n’est pas de la culpabilité, mais ça vous rend malheureux ; c’est une forme d’échec. Durant dix ans, je me suis demandé comment parler de cette histoire sans pathos, le plus simplement possible. J’ai donc laissé mûrir l’idée. “Les Attachants” sont nés ainsi. Je voulais juste raconter une histoire vraie, au sens de plausible.

Extrait du livre via vitrine.edenlivres.fr / https://bit.ly/2JxjOWD

Que nous dit votre livre de l’école ?

L’école est le reflet de la société, son réceptacle. Le lieu de toutes les haines et de toutes les violences. De la part de parents défaillants, fragilisés, qui ne supportent pas l’échec de leurs enfants dont ils imputent la faute à l’Éducation nationale. Et qui se mobilisent finalement peu pour l’école. Mais, une classe, c’est aussi un nid, un lieu de couvade ; une multitude d’aventures et de destins qui se croisent. On ne change pas vraiment grand-chose dans la vie de nos gamins mais on peut planter des graines. Qui germeront ou pas. Mais il y a l’espoir. Et des petits miracles aussi ! À chaque classe, son histoire, sa trajectoire. C’est un véritable roman. Chaque enseignant a son récit avec ses gamins. Ce n’est pas désespérant tant que les enseignants ne sont ni blasés ni amers, tant qu’ils ont encore des forces pour y croire et se battre.

“On est passé d’un contrôle d’acquisition de connaissances à une évaluation des compétences des élèves. C’est un langage propre à l’entreprise !”

L’école républicaine laïque peut-elle encore être un levier contre les inégalités sociales ?

Il y a dix ans, j’aurais répondu oui. Aujourd’hui, les enseignants ont beaucoup de mal à lutter contre le déterminisme social. On est passé d’un contrôle d’acquisition de connaissances à une évaluation des compétences des élèves. C’est un langage propre à l’entreprise ! Il ne s’agit plus pour l’Éducation nationale d’apprendre aux élèves à réfléchir et à développer leur sens critique. Au contraire, elle formate les individus. Elle souhaite seulement former de futurs salariés rentables. D’ailleurs, l’Éducation n’est plus nationale depuis longtemps : chaque commune décide des horaires de ses écoles primaires, de l’attribution ou non d’aides personnalisées, etc. Ce serait plus d’autonomie… un joli mot, c’est surtout une forme de privatisation. En réalité, on s’oriente vers deux écoles : l’une pour les bons élèves et l’autre pour les mauvais ; une école de riches et une pour les pauvres.

“Lorsque l’on croise nos anciens élèves devenus adultes et qu’ils nous saluent d’un ‘bonjour maîtresse’, c’est toujours émouvant.”

Professeure des écoles est-il toujours le plus beau métier du monde ?

Oui assurément avec celui d’écrivain. Dans les deux cas, il est question de transcendance, même si la matière diverge. Lorsque j’écris, je transcende la vie, l’histoire, la pénibilité du quotidien, etc. En classe, l’acte d’apprendre se transforme en plaisir d’apprendre. Des liens se créent. Puis des années après, lorsque l’on croise nos anciens élèves devenus adultes et qu’ils nous saluent d’un “bonjour maîtresse”, c’est toujours émouvant. Voilà nos graines qui ont grandi.

Il est beaucoup question d’amour finalement dans “les Attachants” ?

Au début, je pensais qu’enseigner était tout sauf aimer, qu’il fallait se détacher de cette tentation. Mais l’amour est un catalyseur, un facilitateur d’apprentissage. En primaire, on passe 8 heures par jour avec nos élèves ; il est donc plus facile d’établir des contacts. On porte nos élèves, on les cocoone, on franchit les étapes ensemble. Alors oui, enseigner, c’est de l’amour. De l’admiration aussi. En fait, “les Attachants” est un livre qui parle d’amour.

“J’aime parler avec les gens : ils ont toujours plein d’histoires à raconter.”

Qu’est-ce qui vous a poussée vers l’écriture ?

L’écriture, comme l’enseignement, est un acte d’amour. De confiance aussi. Tu vas chercher l’autre ; un autre à qui tu fais confiance et qui te fais confiance. C’est formidable : il y a quelqu’un, cet autre, qui va m’entendre, me comprendre et peut-être m’aimer. J’aime parler avec les gens : ils ont toujours plein d’histoires à raconter. Ce sont eux qui me nourrissent.

Quels sont vos thèmes favoris ?

La résilience, cette capacité de se reconstruire malgré les échecs et les drames, pour devenir plus fort. Rien n’est foutu d’avance !

Quels sont vos écrivains préférés ?

Marguerite Duras : “Un barrage contre le Pacifique”. Une écriture pratiquement sans adjectifs, sans adverbes ; c’est l’action qui prévaut sur les sentiments ; il y a peu de place pour la psychologie des personnages. Et Stephen King. À l’inverse, l’auteur psychologise à tout-va.

“Les ados sont plus directs que les adultes et ne s’embarrassent pas de politesse.”

Et la CCAS ?

La CCAS correspond à l’idée que je me fais de la culture. Elle infuse et diffuse de la culture, notamment sur le temps des vacances dans ces centres. Heureusement qu’il y a encore de tels organismes. La CCAS offre à un auteur la possibilité de pouvoir parler de son livre. “Les Attachants” est un livre qui m’est très cher. J’ai envie de partager cette expérience, de discuter avec les vacanciers, de battre en brèche les idées reçues sur l’école également.

L’an passé, j’ai tourné dans les colos avec le livre jeunesse “Que du bonheur !” : j’en garde un souvenir merveilleux. Les ados sont plus directs que les adultes et ne s’embarrassent pas de politesse. La CCAS fait le pari que la rencontre entre un écrivain et les jeunes est possible. Et la rencontre a eu lieu. Là encore, ce sont de petites graines que l’on plante.


A lire

“Les Attachants”, de Rachel Corenblit
Coll. La brune, éd. du Rouergue, 2017, 192 p. 18,50 euros.

Cet été, retrouvez l’auteure et son livre dans vos centres de vacances : Rachel Corenblit sera du 6 au 10 août au Monastier-sur-Gazeilles, à Beaufort, aux Saisies, à Aussois et à Val d’Isère, dans le cadre des rencontres culturelles de la CCAS.
Son livre également fait partie de la dotation lecture CCAS : retrouvez-le dans les bibliothèques de vos centres de vacances dès cet été.


Pendant vos vacances : cet été, 1200 rencontres culturelles vous attendent dans les centres de vacances et les colos de la CCAS

Programme complet à découvrir sur ccas.fr, rubrique Culture et Loisirs, et dans la brochure ci-dessous.

Rencontres culturelles 2018

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