Réchauffement climatique : “La destinée du monde appartient aux décisions gouvernementales”

Pour l’Agence internationale de l’énergie, les États doivent investir dès aujourd’hui dans la transition énergétique, quitte à taxer les émissions de carbone. ©Frédéric Guyot/ CCAS

Électrifier la planète pour faire face au réchauffement climatique est d’abord une question politique, rappelle l’Agence internationale de l’énergie.

Dans son rapport annuel (World Energy Outlook 2018, lien en anglais), l’Agence internationale de l’énergie (AIE) anticipe de nouveau que la consommation mondiale d’électricité augmentera de 60 % d’ici à 2040, du fait de l’intensification de la demande, en particulier du fait du développement attendu des véhicules électriques. Cette trajectoire serait cohérente avec la nécessaire décarbonation de l’économie, si l’on veut tenir l’objectif réaffirmé par les sommets internationaux de limitation du réchauffement sous les + 2°C d’ici à 2100.

Elle nécessiterait cependant de revoir en profondeur la structure de la production mondiale, en diminuant la part, toujours considérable en Asie, des centrales à charbon, pour développer le nucléaire et les énergies renouvelables. Ces deux sources d’énergie non émettrices de gaz à effet de serre pourraient assumer, selon l’Agence, 85 % de la production mondiale d’électricité sous vingt ans.

Une question politique

Encore faut-il le vouloir ! Pour modifier à ce point la production électrique, il est impossible de se fier aux seules forces du marché. De lourds investissements sont nécessaires. “La destinée du monde appartient aux décisions gouvernementales”, résume Fatih Birol, directeur exécutif de l’AIE. Car la question se pose de savoir qui financera les investissements nécessaires à la transition.

Pour l’AIE, mais ce n’est là qu’une option, il faut que les États taxent les émissions de carbone par les entreprises productrices d’énergie, entre 40 et 60 dollars la tonne d’ici à 2025, pour que les investissements soient réellement réorientés. Et ce, dans un contexte où, toujours selon l’AIE, la production pétrolière pourrait chuter dès 2025, sauf à exploiter massivement les huiles de schiste (pétrole obtenu par traitement des schistes bitumineux) dont on connaît le caractère désastreux pour l’environnement, et notamment les nappes phréatiques.

L’épineuse gestion de l’eau

Une vertu du WEO est qu’il discute des questions d’énergie à l’échelle de la planète. Donc en tenant compte de toutes les dimensions à venir du réchauffement climatique, en particulier les perturbations du cycle de l’eau, qui vont avoir une influence sur la production hydro-électrique. Ce n’est pas là spéculation ou anticipation. Les sécheresses et gaspillages d’eau sont déjà en Chine à l’origine d’une perte de 14 Twh/an.

Cette manière de relier les questions d’accès l’énergie et à l’eau, deux des enjeux du prochain siècle, est une des principale novations de ce rapport. En 2016, note-t-il, le secteur électrique a consommé 50 milliards de mètres cubes d’eau, partie en vapeur dans l’atmosphère, mais en a prélevé sept fois plus, notamment pour refroidir les installations nucléaires ou thermiques.

Espérons que les débats actuels sur la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) prennent aussi en cause cette question de la consommation d’eau.


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