Rencontre avec Zahia Ziouani

©Julien Millet/CCAS

À 39 ans, Zahia Ziouani dirige l’Orchestre Divertimento qui régale chaque année plusieurs dizaines de milliers de spectateurs du monde entier. Son ambition: faire partager sa passion au plus grand nombre. En octobre prochain, elle dirigera son orchestre au festival les Jeunes et les Enfants d’abord, organisé par les Activités Sociales de l’énergie à La Ville-du-Bois (Essonne).

Comment avez-vous rencontré la musique classique ?

On écoutait beaucoup de musique classique à la maison dès notre plus jeune âge, nos parents nous emmenaient au concert voir des symphonies ou des opéras avec mon frère et ma soeur. Évidemment l’envie m’est venue de pratiquer un instrument, ils m’ont donc inscrite au conservatoire de Pantin (Seine-Saint-Denis), la ville où j’ai grandi. Mon choix s’est d’abord porté sur la guitare classique. Ensuite, j’ai appris à jouer de l’alto afin de pouvoir intégrer l’univers de l’orchestre.

D’où vous vient ce goût pour la direction d’orchestre ?

À l’école primaire, j’avais une enseignante qui avait constitué une petite chorale dans la classe et qui m’avait choisie pour la diriger. Elle avait peut-être décelé en moi une certaine capacité, notamment pour fédérer un groupe… À l’adolescence, j’ai commencé à jouer dans des orchestres, à découvrir les autres instruments et le métier de chef m’a très vite fascinée. Mais je me suis rapidement heurtée à pas mal de résistance, car beaucoup de professeurs de musique m’ont tout de suite dit que ce n’était pas un métier pour une femme. Du coup, j’ai gardé ce rêve dans un coin de ma tête, tout en poursuivant mes études par ailleurs. Cela, jusqu’au moment où, un peu par hasard, j’ai rencontré Sergiu Celibidache, un grand maître de la direction d’orchestre qui m’a repérée et m’a fourni cette opportunité de pouvoir vraiment me projeter dans cette voie.

“Faire entendre la musique symphonique partout et par tous.”

À 20 ans vous créez l’Orchestre Divertimento, quel en est l’esprit ?

Entre 18 et 20 ans, je me suis posé la question de savoir ce que j’allais faire de ce bel enseignement que Celibidache m’avait donné. Et pour exercer le métier de chef, naturellement il faut un orchestre, donc comme personne ne m’attendait, j’ai décidé de créer le mien. En 1997, avec quelques amis musiciens, j’ai donc fondé l’Orchestre symphonique Divertimento qui réunit aujourd’hui 70 musiciens issus de la Seine-Saint-Denis, de Paris et de la région Île-de-France. Nous donnons une quarantaine de concerts par an et nous proposons tout au long de l’année au public des programmes originaux et ambitieux allant des répertoires classiques à la création contemporaine en passant par les musiques traditionnelles et le jazz.

Que ce soit dans une salle prestigieuse ou en milieu carcéral par exemple, chaque concert est l’occasion de créer du lien avec ceux qui viennent nous écouter. C’est primordial, et cette démarche se rapproche, je crois, de ce que fait la CCAS, c’est pourquoi je suis ravie de jouer au festival les Jeunes et les Enfants d’abord, ce qui va aussi me permettre de présenter les oeuvres et notre manière de travailler.

Divertimento m’a permis à la fois de diriger, mais aussi de développer ma propre conception de la musique classique qui à mon sens doit être faite par tous et pour tous. Je me suis beaucoup investie dans cette démarche, car pour moi la « grande musique » appartient à tout le monde.

Quelles sont les qualités nécessaires à votre métier ?

Un orchestre, c’est un peu l’école de la vie. Pour le diriger, il faut concilier exigence et diplomatie. Ce qui m’importe particulièrement, c’est d’apprendre aux musiciens dès leur plus jeune âge à s’intégrer dans un groupe tout en ayant une certaine autonomie, à respecter des consignes et à acquérir un savoir-être qui leur sera utile plus tard dans le champ professionnel qu’ils choisiront. Ce que je dis aux musiciens, c’est qu’à partir du moment où ils s’investissent pleinement, ils obtiendront des résultats. J’essaie de leur inculquer le goût du travail et de la persévérance et de faire en sorte qu’ils s’autorisent de grandes ambitions.

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