Romain, agent RTE : un ingénieux bricoleur du son

Romain, agent RTE bénéficiaire de la CMCAS Mulhouse, et une partie de sa collection. ©Elise Rebiffé/ CCAS

Son dada, c’est la hi-fi. Romain, agent RTE à Mulhouse, est fasciné par les matériels audio professionnels anciens. Mais l’électricien de 33 ans n’a rien du collectionneur insatiable. Ce qui le fait vibrer, c’est de comprendre l’astucieuse mécanique de ses petites merveilles pour profiter au mieux de leurs performances.

On les croirait tout droit venues du laboratoire d’un film de James Bond version 1950-1960, ces imposantes machines d’enregistrement professionnel sur lesquelles tournent de grosses bandes magnétiques. De ces engins d’un autre âge sort bel et bien de la musique. Une restitution sonore admirable, proche de l’enregistrement original ; un son profond non aseptisé au contraire du numérique actuel.

“Écouter ma musique sur les bandes, c’est mon plaisir quotidien. Ça me vide l’esprit”, confie Romain, agent RTE Émasi (Équipe maintenance automatismes et systèmes industriels) du Groupe Maintenance Réseau (GMR) d’Alsace, à Mulhouse. “Je trouve les supports d’enregistrement à bandes esthétiquement magnifiques. En plus, la technique est assez compliquée, donc très intéressante pour moi”, ajoute-t-il.

La caverne d’Ali Baba

Pour qui aime la hi-fi, son appartement ressemble à la caverne d’Ali Baba. Et recèle de sacrées pépites – une soixantaine d’appareils datant de 1952 à la fin des années 1980 – dont un superbe poste radio TSF, un enregistreur portatif Nagra, des amplificateurs, des magnétophones professionnels multipistes de marque Studer ou Revox, ses préférées, “de la haute couture”. Mais également des platines pour disques vinyle désormais vintage, grâce auxquelles des générations entières ont écouté leur musique favorite.

“Humble technicien”, Romain met parfois plusieurs années à réparer ses acquisitions. Ici, un Studer A80, “machine de légende” des années 70, encore dans son jus. ©Elise Rebiffé/ CCAS

On était alors au temps du son analogique. “On y revient ! Il y a un regain d’intérêt pour l’audio analogique, pour les vieux disques mais aussi les cassettes, constate Romain, pas mécontent de ce retour aux sources. Des musiciens veulent refaire des enregistrements à l’ancienne, pour obtenir cette qualité de son qu’ils ne retrouvent pas dans le numérique.”

Romain n’a rien d’un nostalgique. S’il vénère la qualité exceptionnelle de ce son, il idolâtre tout autant ces machines capables de l’engendrer, “pour leur haute précision, leur fiabilité et l’aisance dans la maintenance”. Des engins conçus pour durer, loin de l’obsolescence programmée d’aujourd’hui. Tel un gosse devant ses jouets de Noël, Romain continue de s’émerveiller devant l’excellence technologique de ces bécanes, “de l’orfèvrerie haut de gamme”, à propos desquelles il connaît une multitude d’anecdotes.

Table de mixage Studer A916, commune aux anciens animateurs radio, qui coûtera un mois de travail à Romain. Au-dessus, des magnétophones Revox C270 et Revox B77. ©Elise Rebiffé/CCAS

“Le Studer J37, premier magnétophone multipistes, fut une révolution à l’époque ! Les Beatles sont les premiers à l’avoir utilisé au fameux studio londonien d’Abbey Road, qui donnera en 1969 son nom à un de leurs albums, raconte-t-il. La prouesse consistait alors à enregistrer séparément chaque instrument de musique, à multiplier le nombre de voix, puis à retravailler la bande avec la possibilité d’y ajouter des effets, de l’écho…”

Savoir ce que les appareils ont dans le ventre

Du plus loin qu’il s’en souvienne, l’agent a toujours été captivé par l’électronique. Le petit bricoleur qu’il fut très tôt aime décortiquer les mécanismes, voir ce que les appareils ont dans le ventre, et les réparer. “Je voulais savoir comment ça fonctionnait. Ça m’éclatait ! Le démontage était facile ; le remontage était bien plus compliqué”, en rigole-t-il.

Norbert, son grand-père paternel, chez qui Romain passe ses vacances à Hagen, en Allemagne, lui fournit de vieux postes radio, sur lesquels le gamin assouvit sa curiosité. Sa fascination pour l’électronique est-elle née outre-Rhin ? Un engouement en tout cas qui l’engagera à poursuivre des études dans cette voie jusqu’à l’obtention de son BTS, grâce auquel il intégrera EDF en 2005.

“Ces machines très imposantes et complexes s’ouvrent sans outils et donnent accès aux cartes électroniques. L’antithèse absolue de l’obsolescence programmée”.


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Mais c’est au moment où le monde bascule vers le numérique que Romain, à contre-courant, s’entiche du son analogique. Celui de la musique de Papa qui a bercé son enfance. “Les années 1990, c’était l’apogée du CD. Chacun possédait sa mini-chaîne hifi, se rappelle l’agent. Moi, je voulais continuer d’écouter la musique sur des vinyles. C’est plus visuel, plus interactif, plus sympa.”

Un archéologue du son

Alors qu’on se débarrasse des amplis, tuners et platines, tombés en désuétude, Romain, lui, les récupère. Ainsi débute sa collection de “vieux trucs” qu’il faut parfois retaper. “On ressent un plaisir fou à restaurer un appareil en mauvais état. Il faut rechercher la documentation, trouver les pièces correspondantes… Une collection, c’est tout un cheminement”, jure Romain.

Lui se voit plutôt comme un “archéologue”. Son envie d’apprendre est inépuisable. Il aime étudier le fonctionnement de la machine, la façon dont elle a été conçue. Il s’extasie sur la complexité et l’efficacité de sa composition technologique, saluant au passage l’ingéniosité des inventeurs.

Vinyles, magnétophones, tables de mixage… Une passion “quadruple XL” qui occupe du temps et de l’espace, vis-à-vis de laquelle sa compagne Séverine se montre “très patiente et compréhensive” !

“C’est comme un Meccano géant”, explique l’agent. Il jubile lorsqu’il parvient à redonner toute sa splendeur à un vieil appareil : “La satisfaction de prendre une ruine et, à la fin, après des heures de travail, il y a un son qui sort. C’est magique !”

Quand d’autres rêvent de posséder une puissante voiture de luxe, lui rêve à un magnétophone professionnel Studer A820, un modèle haut de gamme de 1984, ou encore à une platine vinyle EMT 950 dite BBC, car “spécialement conçue pour la BBC”. En attendant, Romain cajole ses joujoux du siècle dernier, écoutant avec délectation Frank Zappa, son idole, en mode analogique bien sûr.

Si vous souhaitez contacter Romain, contactez la rédaction qui transmettra.

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