« Ainsi Berlin », les errances d’un cœur déchiré par la Guerre froide

Laurent Petitmangin, rencontres culturelles CCAS 2022

Avec « Ainsi Berlin », sélectionné par la CCAS pour sa dotation lecture 2022, Laurent Petitmangin fait partie des auteurs et autrices sélectionné·es par la CCAS pour animer les Rencontres culturelles de l’été. ©La manufacture des livres

Dans « Ainsi Berlin », la dualité de la ville allemande, emblématique en temps de guerre froide, s’articule autour de deux femmes : l’une allemande, Käthe, l’autre, américaine, Liz, dont Gerd, militant communiste, est épris. Un roman de Laurent Petitmangin, choisi par la CCAS pour sa dotation lecture 2022.


L’histoire

"Ainsi Berlin", de Laurent Petitmangin, éditions La manufacture de livresAlors que la guerre vient de s’achever, dans les décombres de Berlin, Käthe et Gerd, militants communistes, s’engagent dans la construction du monde nouveau pour lequel ils se sont battus. Mais, à l’ouest du mur qui s’élève, une femme a d’autres idéaux et des rêves de renouveau. Liz, architecte américaine, entend bien tout faire pour défendre les valeurs du monde occidental. Quand Gerd rencontre Liz, la force de ses convictions commence à vaciller…

« Ainsi Berlin », de Laurent Petitmangin, éditions La manufacture de livres, 272 p., 14,18 euros (tarif CCAS sur la Librairie des Activités Sociales, au lieu de 18,90 euros).

Ce livre a été choisi par la CCAS pour sa dotation lecture 2022, vous pouvez le commander sur la Librairie des Activités Sociales (avec une participation financière de la CCAS et des frais de port offerts ou réduits).


Laurent Petitmangin : « Montrer un homme confronté à des cas de conscience »

Qu’est-ce qui vous a inspiré pour écrire « Ainsi Berlin » ?

Laurent Petitmangin – Je voulais mettre en scène des hommes et des femmes qui travaillent à la construction d’un tunnel. J’avais envie de me faire plaisir. J’ai toujours été fasciné par les tunnels. Ils ont un côté magique, mystérieux. Je trouve incroyable que l’on puisse passer d’un endroit à un autre sans que personne ne le sache.

Au fur et à mesure de l’écriture, le tunnel ne prenait plus une part aussi fondamentale dans le récit. Je me suis recentré sur mes trois personnages, Käthe, Gerd et Liz, que j’ai découverts en quelque sorte. Cela correspond à ma façon d’écrire : j’ai dans la tête des premières scènes potentielles pour faire un livre, sans savoir vraiment ce que deviendra l’histoire. Puis je construis autour.

Qui sont Gerd et Käthe, les protagonistes de votre roman ?

Ce sont deux jeunes Allemands communistes qui ont vécu la Seconde Guerre mondiale en résistant aux Nazis. Après la guerre, ils travaillent à la reconstruction de Berlin-Est et de la République démocratique allemande (RDA). Tous deux sont animés par un certain pragmatisme.

S’ils se ressemblent par bien des aspects, Käthe est clairement plus déterminée. Pour elle, la fin justifie les moyens. Gerd, lui, reste fondamentalement attaché à la RDA, convaincu par son modèle communiste, mais il doute davantage au vu de l’urgence et des enjeux du moment. Il en a conscience même s’il suit sa compagne le plus longtemps possible. Puis surtout, il éprouve une fascination pour l’Ouest et les États-Unis. L’intérêt pour moi était aussi de montrer un homme traversé par des questionnements, confronté à des cas de conscience, pour qui le choix est compliqué. Non pas une machine qui enchaîne les actions.

Gerd est écartelé entre son amour pour sa compatriote Käthe et son attirance pour Liz, une Américaine, comme il semble partagé entre Berlin-Est et Berlin-Ouest.

Gerd est écartelé entre son amour pour sa compatriote Käthe et son attirance pour Liz, une Américaine, comme il semble partagé entre Berlin-Est et Berlin-Ouest… En tout cas, les deux femmes sèment le doute en lui. Les premiers temps de la relation entre Gerd et Liz sont basés sur la diplomatie : ils se rendent des services pour garder un lien entre les deux Allemagne. Mais Liz génère, en lui, beaucoup de fantasmes inhérents à l’image véhiculée par les pays de l’Ouest. Celui de la facilité notamment. La reconstruction de Berlin-Est et de la RDA semble plus dure, plus âpre, plus exigeante. Mais rien ne dit que ce soit plus simple à l’Ouest.

Pourtant Gerd perçoit, imagine à travers Liz quelque chose de plus aisé, de plus léger, de plus insouciant. Je me suis appuyé, en cela, sur un sentiment personnel éprouvé lors d’un court voyage scolaire à Berlin quand j’étais ado (dans les années 1980). J’ai gardé le souvenir de Berlin-Ouest, joyeuse, opulente, avec un côté clinquant très tentant, bâtie sur le modèle américain. Il y avait déjà un fast-food. Alors que Berlin-Est m’apparaissait comme une ville tout à fait autre : calme, très sobre et frugale. Ces sensations très contrastées reflétaient, je crois, la réalité de l’époque. C’était néanmoins fascinant des deux côtés. Une partie du livre a été bâtie sur cette sensation.

Les deux femmes sont-elles si différentes ?

Käthe et Liz partagent de nombreux points communs. Elles sont maîtresses de leur destin. En cela, elles sont assez modernes pour l’époque. Ces femmes font preuve d’une détermination incroyable. Elles effectuent ce qu’elles doivent faire, ne s’embarrassant pas trop des conséquences de leurs actes. Toutes deux ont une vision très précise de la façon dont le monde doit se reconstruire, même si cette vision est opposée. Elles sont prêtes à tous les accommodements au nom de leur idéal.

Le contraste entre deux visions opposées des choses et du monde était très intéressant.

En quoi cette période d’immédiat après-guerre à Berlin vous a paru intéressante ?

C’était une période où les enjeux collectifs étaient très forts et le sens du sacrifice plus important. Dans « Ainsi Berlin », j’ai essayé de me mettre dans l’état d’esprit de ces gens qui ont vécu l’horreur absolue, qui vivaient dans l’urgence de bâtir une autre société pour faire en sorte que la guerre n’advienne plus. Me pencher sur cette époque me permettait d’effectuer un travail littéraire. C’était sympa d’arriver à rembobiner l’Histoire.

Je me suis mis dans la situation où je ne connaissais pas la réalité historique qui allait suivre. J’étais devant une page blanche faisant abstraction de la suite des événements. En tant qu’auteur, cela me laissait beaucoup de liberté pour essayer de me glisser dans la peau des personnes de cette époque, d’imaginer ce qu’elles faisaient de leur existence, ce qu’elles pensaient, en quoi elles espéraient. Le contraste entre deux visions opposées des choses et du monde était très intéressant également.


Les rencontres culturelles

Comme Laurent Petitmangin, des auteurs et des autrices sont choisis chaque année par la CCAS pour partager leur passion de l’écriture et échanger avec vous sur leurs ouvrages, disponibles dans les bibliothèques de vos villages vacances, dans le cadre des rencontres culturelles.

Retrouvez les Rencontres culturelles de l’été sur
ccas.fr > rubrique Culture et loisirs > Rencontres culturelles

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