Sophie Chabanel : “Je voulais écrire sur un personnage féministe pris dans ses contradictions”

Sophie Chabanel sera cet été dans les centres de vacances de la CCAS pour présenter “la Griffe du chat”, premiers pas d’une enquête de la commissaire Romano. ©Eric Raz/ CCAS

Formatrice-consultante en entreprise, Sophie Chabanel signe avec “la Griffe du chat” le premier opus d’une trilogie. C’est Romano, jeune commissaire fonceuse, à la personnalité atypique, qui mène la danse ou plutôt l’enquête. Une auteure à retrouver cet été dans vos centres de vacances.

Bio express. Diplômée de HEC, Sophie Chabanel débute sa carrière dans de grandes entreprises avant de s’orienter vers le milieu associatif. Mettant à profit son expertise des relations humaines, elle exerce comme formatrice-consultante en entreprise, avec pour ambition de contribuer à rendre le monde du travail plus collaboratif, intelligent et humain. Autrice de plusieurs essais et romans, elle donne dans le polar avec “la Griffe du chat”. “Le Blues du chat”, deuxième opus de la trilogie, vient de sortir. Site Internet : www.sophie-chabanel.com

L’histoire. Quand le propriétaire du Café des chats, bar apparemment sans histoires, se fait dessouder, c’est l’émoi dans ce quartier tranquille de Lille. D’autant que Ruru, un magnifique persan – le préféré de la veuve – a lui aussi disparu… C’est sans compter sur la sagacité de la commissaire Romano et de son fidèle adjoint Tellier qui finiront par démasquer l’assassin et rendre à la propriétaire son précieux félin.

Lire un extrait

Une commissaire de police, dans les polars ou les séries télévisées, c’est devenu ordinaire. En quoi la vôtre se distingue-t-elle ?

Romano n’est pas la femme du XXIe siècle certes, mais elle a un profil inhabituel. Libre, peu conformiste, forte tête, elle est plutôt grande gueule, un peu désabusée et cynique. Mais elle a un bon fond. Et puis elle est très inventive : elle a, par exemple, installé des vélos d’appartement dans son bureau pour obliger ses inspecteurs à faire de l’exercice physique pendant leur réunion de travail.

Bien dans sa tête et dans son corps, Romano semble avoir tout réussi, son métier, sa vie privée… Reflète-t-elle votre vision de la femme d’aujourd’hui ?

Non, pas du tout ! Romano possède une caractéristique sociologique sur laquelle je voulais me pencher : celle de ne pas avoir d’enfants, de ne pas en vouloir. Je constate qu’il y a beaucoup de pression sur ces femmes. Elles sont suspectes ; ont forcément quelque chose qui cloche. La société porte sur elles un regard négatif. Or refuser d’enfanter n’est pas une tare, c’est un choix de vie. C’était important  pour moi d’évoquer cela.

Dans votre polar, c’est la femme gérant d’une main de maître sa vie qui dirige des hommes pris dans les affres du quotidien… C’est le contraire de la réalité, non ?

Oui, il y a une inversion des rôles. Je voulais un personnage féministe pris dans ses contradictions. Lorsque son adjoint, Tellier, divorcé, impliqué dans l’éducation de ses enfants, doit s’en occuper, Romano accepte au nom de l’égalité entre les hommes et les femmes, même si cela complique l’organisation de l’enquête. C’est ma façon d’aborder ce thème avec humour, mon clin d’œil féministe. Une manière aussi de me moquer de la hiérarchie.

“La Griffe du chat” (2018) puis “le Blues du chat”, qui vient de paraître… Entretenez-vous un lien particulier avec cet animal ?

C’est l’idée du bar à chats, que je trouvais hyper-rigolote, qui m’est venue en premier. J’y ai vu une similitude avec le bordel. Dans “le Blues du chat”, deuxième de la série, Romano, cette femme indépendante n’ayant ni mari ni enfants, et qui ne s’encombre de rien dans sa vie, va récupérer un chat avec qui elle va développer une vraie relation. Au fond, elle se fait avoir, mais finit par s’y attacher.

Quel est votre point de départ pour écrire une fiction ?

Ce sont toujours les personnages qui me viennent en premier. Je ne les ai jamais rencontrés. Ils me trottent dans la tête. Mais rétrospectivement, je constate qu’ils correspondent à mes centres d’intérêt, à mes questionnements. En fait, des liens inconscients, que je découvre a posteriori, s’opèrent entre mes personnages et mon histoire, mes préoccupations.

Le duo que forment la commissaire Romano et l’inspecteur Tellier m’est apparu tel quel immédiatement. Bien que très différents, ils sont attachés l’un à l’autre, se nourrissent mutuellement. Lui est pur, profondément moral, militant, prompt à s’indigner et à défendre son point de vue. C’est un radical intègre, tandis qu’elle, pragmatique, plus distanciée, est prête au compromis. Prête à mentir pour avoir la paix ou bien ce qu’elle veut. Mes personnages sont un moteur pour moi, j’ai de la tendresse pour eux. Normal, je passe beaucoup de temps avec eux.

Et vos sources d’inspiration ?

Je puise dans la vie, j’observe. La réalité, les faits divers sont un terreau propice. Récemment, le harcèlement, l’humiliation publique, la falsification… C’est un moyen pour dénoncer ces pratiques.

Les lieux m’inspirent beaucoup également. C’est après avoir visité la ville de Bailleul, dans le Nord, et connu son histoire que je l’ai choisie. Rasée pendant la Première Guerre mondiale, Bailleul a été reconstruite en style traditionnel flamand. Or, c’était purement factice ; ce n’était pas son style architectural d’origine.

Je trouve ça très bête ! Au nom de quoi a-t-on falsifié l’identité et l’histoire de cette ville ?  L’ancienne Bailleul n’avait rien à voir avec celle d’aujourd’hui. Mais tout le monde pense qu’elle a toujours été ainsi. C’est aussi ça le but d’un livre : y glisser des choses qui me choquent, qui me tiennent à cœur ; c’est un défi.

Comment appréhendez-vous votre tournée d’auteure dans les centres de vacances ?

Par mon métier de formatrice, je m’intéresse au lien entre l’écriture et l’entreprise. J’ai découvert les actions menées par la CCAS autour du livre, lors d’un salon sur la culture et des comités d’entreprise, organisé à Chambéry. Je trouve sympa et assez inattendue l’idée de faire se croiser deux mondes a priori très éloignés, pas forcément amenés à se rencontrer : celui du travail et celui de la culture. J’aime aussi le principe de la rencontre. Parler de mes livres sur un lieu de vacances est assez inhabituel.


Rencontres avec l’auteure

“La Griffe du Chat”, de Sophie Chabanel
Seuil, 2018, 272 p., 19 euros (e-book : 13,99 euros).

Retrouvez Sophie Chabanel du 26 au 30 août dans les centres de vacances de Tourves, du Brusc, de Giens, La Napoule et Menton. Et retrouvez son livre, “la Griffe du chat”, dans toutes les bibliothèques des centres de vacances !


Pendant vos vacances : cet été, 1200 rencontres culturelles vous attendent dans les centres de vacances et les colos de la CCAS

Programme complet à découvrir sur ccas.fr, rubrique Culture et Loisirs, et dans la brochure ci-dessous.

 Rencontres culturelles 2019

Rencontres culturelles 2019

 

0 Commentaires

Laisser une réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

17 + dix-neuf =

Mentions Légales    I    Vie privée    I    Informations sur les cookies   I    Qui sommes-nous ?    I    Plan du site    I    CCAS ©2018

Vous connecter avec vos identifiants

Vous avez oublié vos informations ?