Sur les traces de François Mériaux, déporté et maire de Wattrelos

François Mériaux, instituteur et maire communiste (1945-1947) à Wattrelos (Nord). ©Éditions Geai bleu

Dans la première biographie qui lui est consacrée, Guy Duel, retraité d’EDF-GDF, retrace le parcours de cet instituteur et militant pacifiste, élu maire (PCF) de Wattrelos à son retour de déportation. “François Mériaux. Wattrelos, un maire sort de l’ombre” vient de paraître aux éditions Geai bleu.

Dans son livre, “François Mériaux. Wattrelos, un maire sort de l’ombre”, Guy Duel, maire adjoint honoraire de la ville et ancien administrateur CMCAS Lille (Nord Pas-de-Calais, rend hommage à travers un récit émouvant à un instituteur, homme de convictions, inlassable militant pacifiste et communiste, déporté pour ses idées… Plus qu’un devoir de mémoire, le retraité EDF-GDF a souhaité réparer une injustice envers ce maire éphémère (1945 à 1947) de cette ville du Nord, volontairement effacé des commémorations, dont la vie et l’œuvre méritent pourtant les honneurs.

Quelle est la genèse de ce livre ?

Lorsque j’étais adjoint à la culture de Wattrelos, la directrice de la bibliothèque municipale m’a demandé d’écrire une nouvelle sur la ville, en me concentrant sur un personnage historique. Et pour moi, le choix de François Mériaux était logique. Certes, je ne l’ai pas vraiment connu [François Mériaux est décédé en 1953, ndlr]. Mais il fallait en quelque sorte réparer une injustice. Chaque année, à Wattrelos, on dépose une gerbe en hommage aux anciens maires de la ville, en oubliant, volontairement ou pas, l’œuvre de cet instituteur, fervent défenseur de la laïcité, de la paix, un “homme ordinaire au destin extraordinaire”. Il existe bien une rue à son nom… mais s’il a même fallu, dernièrement, que je demande à ce que la plaque, tombée en désuétude, soit refaite.

C’est en vous plongeant dans les archives que vous avez vous-mêmes découvert la vie de ce militant pacifiste, blessé de guerre, entre autres, et interné au camp de concentration de Buchenwald, lors de la seconde guerre mondiale.

Et pour cause ! Il y a très peu d’écrits ou de documents qui relatent le parcours de ce héros modeste mais courageux et convaincu. J’ai voulu raconter 68 ans de la vie d’un fils d’une famille ouvrière, attelé à aider très jeune ses parents, devenu instituteur, grâce non seulement à ses facultés intellectuelles remarquables, mais aussi à sa volonté. Car, à son époque, dans sa classe, les cours qu’il recevait n’étaient pas nombreux. Tous les écueils, les problèmes qui ont jalonné sa carrière professionnelle – difficulté à trouver un poste, se loger, enseigner dans la dignité – sont d’ailleurs encore d’actualité.

Peut-on discerner un côté militant dans la conception du livre, exacerbé par vos nombreuses recherches sur cet homme ?

Dès le départ, un ami qui était allé à l’école avec François Mériaux m’avait décrit le personnage. Au fil des découvertes, des rencontres d’anciens adjoints et de sa femme, ainsi qu’à l’aide d’archives des amicales laïques, je me suis rendu compte de la grandeur de son âme. Il incarne la dignité de ces hommes résistants qui haïssaient la guerre et l’injustice. Et qui traduisaient ces pensées par des actes forts. Notamment, lorsqu’il refuse, en 1939, de défiler pour le 14 Juillet, alors que la guerre est aux portes de la France et de l’Europe. Plus tôt, ce visionnaire avait senti le spectre du franquisme. Il soutenait les grévistes en 1936, et en refusait refusant de faire payer la cantine aux enfants.

Ce dévouement et cette loyauté lui seront pourtant fatals, d’un point de vue politique.

Sans doute parce qu’il était un maire communiste [le seul à ce jour, à la tête de Wattrelos, ndlr] élu, en 1945, sur une liste d’union antifasciste. Même s’il n’est resté que deux ans et demi à la tête de la ville, il a incontestablement été un bâtisseur, empli d’un esprit progressiste alors que Wattrelos était au sortir de la guerre une cité amorphe. Il ne sera battu aux élections suivantes que par une alliance ignominieuse entre les socialistes et la droite… Plus qu’une trahison, François Mériaux a été victime d’un mépris injuste et indigne. Lorsqu’il est décédé on a empêché les enfants des écoles, dont moi-même, d’assister à son enterrement.

C’est ce qui vous a poussé, des années plus tard, en tant qu’adjoint à la culture, à favoriser la création auprès des enfants ?

Mon but initial était de faire sortir Wattrelos de sa “léthargie culturelle”. Il fallait que cette ville s’émancipe. Je trouvais qu’elle ne bénéficiait pas d’une politique culturelle digne de son ampleur. C’est dans cette optique qu’une convention de partenariat a été signée avec le festival jeunesse L’enfance de l’art, qui impliquait la CCAS et la CMCAS, pour que tous les scolaires et les ayants droit puissent profiter de spectacles de qualité pendant un mois.

Pour revenir au livre, on y apprend que François Mériaux a côtoyé, dans l’horreur, un certain Marcel Paul, ministre communiste de l’industrie et artisan de la création des entreprises publiques EDF-GDF en 1946 ?

Comme lui, il faisait partie du terrible programme nazi “Nuit et brouillard” [nom du décret du 7 décembre 1941 qui ordonne la déportation des “ennemis du Reich”, ndlr]. Et lorsqu’il arrive au camp de Buchenwald, non seulement il y retrouve Jean-Marie Fossier, également instituteur, mais aussi professeur et journaliste militant, dont le fils sera plus tard agent EDF, mais il y rencontre Marcel Paul, très actif dans la vie du camp et dans sa résistance à l’ennemi. D’ailleurs, ils réussiront à mettre en place une classe à l’intérieur du camp et c’est François Mériaux qui donnera les cours aux enfants dans la clandestinité, à l’abri des kapos.

Peut-on un jour, imaginer une école François Mériaux à Wattrelos ?

J’y ai pensé… Dans un futur proche, nous allons créer un millier de logements dans une friche industrielle, à proximité de l’école où il a enseigné. Alors, s’il y a une création d’école, il serait judicieux qu’elle porte son nom.

Pour aller plus loin

“François Mériaux, Wattrelos, un maire sort de l’ombre”, de Guy Duel
Éditions Geai bleu, 2018, 160 p., 16 euros.

Retrouvez le bon de commande sur le blog de Guy Duel

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