Thibault Vermot (“La Route Froide”) : “On croit maîtriser la nature or, il faut composer avec elle”

©Gwenola Lorsignol

Quand ses parents décident de plaquer leur confortable vie californienne pour s’enterrer dans une cahute au fin fond du Canada, c’est déjà en soi une aventure pour Jonah. Privé de ses repères, l’ado s’arrange avec son nouvel environnement qui s’apparente à un parcours initiatique vers les valeurs essentielles. Enseignant au collège, Thibault Vermot signe avec “La Route Froide”, un roman jeunesse à la Jack London. Un livre sélectionné par la CCAS pour sa dotation Lecture 2021.

L’histoire

Les parents de Jonah, las de leur vie urbaine et facile, ont déménagé au fin fond du Yukon, région aussi froide qu’hostile. Bon gré mal gré, Jonah se plie aux coutumes. Ce matin, seul, il décide de partir sur une petite île voir des arbres qu’il convoite pour une future cabane. Le solide chien d’un vieil autochtone l’accompagne. Mais le soleil vire rapidement aux nuages et la tempête s’annonce. Jonah doit se dépêcher. Il a la sensation d’être suivi. Lui revient alors en mémoire une vieille légende cannibale…

“La Route Froide”, avec Alex W. Inker (illustration), éditions Sarbacane, 2019, 176 pages, 14,50 euros.

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“La Route Froide” est-il un roman d’aventures ou une quête personnelle entreprise par Jonah, le héros ?

Thibault Vermot –Les deux en fait. C’est un roman d’aventures devenu au fil de l’écriture une quête personnelle. Les parents de Jonah quittent la Silicon Valley (Californie) et tout ce qui va avec, pour s’installer dans une cabane en bois dans le Klondike, dans la région du Yukon au Canada. Changement radical de vie pour Jonah, leur fils de 13 ans… Il entreprend de se bâtir une chambre, un endroit à lui où il serait tranquille, séparé de la matrice parentale.

Pour ce faire, il part repérer des arbres. C’est l’hiver et sa petite expédition se transforme vite en péripéties. Jonah fait l’expérience de la solitude, se confronte à la réalité de la nature et mesure la fragilité humaine face à un environnement hostile. C’est un résilient qui réinvente sa vie. Il a trouvé des parades et se débrouille avec ce qu’il a sous la main. Mais lorsque j’écris, il y a ce que je veux dire et puis ce que le lecteur en pense : chacun prend ce qu’il veut.

Finalement, la nature n’est-elle pas le personnage principal de votre roman ?

T. Vermot – Le décor est essentiel dans un roman. D’autant que j’ai une écriture cinématographique. J’aime bien transmettre les choses, les ambiances, par le biais d’images. Alors oui, c’est un personnage à part entière ! Dans “La Route Froide”, Jonah découvre cet environnement rude, hostile en plein hiver, avec lequel il établit néanmoins un contact, et est en dialogue constant.

Est-ce un plaidoyer en faveur de la nature sauvage ?

T. Vermot – Oui, car en même temps je me méfie un peu de l’anthropocène (ère géologique durant laquelle l’activité humaine a une empreinte irréversible sur la planète, ndlr). L’espèce humaine doit vivre, a le droit d’avoir son propre chemin mais la pénétration humaine va tout de même trop loin. Il convient de trouver le juste milieu, en respectant la nature et sans outrepasser ses limites.

C’est aussi une critique de la société de consommation dans laquelle on a oublié l’essentiel ?

T. Vermot – Cela fait partie de ce que j’appelle les fantômes du roman : des sujets en arrière-plan mais qui comptent malgré tout pour moi. Les parents de Jonah travaillent dans une société qui vend des frigos connectés, et gagnent ainsi beaucoup d’argent. Quel intérêt ? Ce monde est marqué par le manque de responsabilité. Un tas de métiers inutiles a émergé au XXe siècle juste pour “faire de l’argent”. Quant à l’essentiel, je ne saurai dire ce que c’est, si ce n’est la quête de toute une vie.

Jonah pourrait-il être l’enfant que vous étiez, celui que vous auriez aimé être ?

T. Vermot – On écrit toujours avec ce que l’on est ! On y met forcément quelque chose de soi, sans pour autant que ce soit autobiographique. J’aurais aimé être ce gamin aventureux. Il est aussi très débrouillard. Et Jonah me ressemble dans cette manière de considérer la nature, de la voir comme une ennemie dont il faut se méfier. La nature reste dangereuse même en 2021, et tout le monde semble l’oublier. On croit la maîtriser ; or il faut composer avec elle. C’est une idée que je m’efforce de transmettre, un cheminement personnel.

Et le personnage de Leanὶj ?

T. Vermot – J’ai à cœur de créer des personnages féminins battants qui vont de l’avant. Leanὶj est une petite Indienne, une native américaine révoltée et militante qui sauve Jonah. Je veux promouvoir une autre image des femmes que celle sexiste que l’on donne à voir le plus souvent.

Pourquoi avez-vous choisi la littérature jeunesse ?

T. Vermot – Mais je n’ai pas vraiment choisi ! J’ai rencontré un éditeur de littérature jeunesse, puis j’ai écrit une histoire que je lui ai donnée, sans vraiment penser à un lectorat. Lorsque j’écris, je ne mets pas en mode “ado” ou “adulte”. D’ailleurs, je compte aussi des adultes parmi mes lecteurs !

Quel est le point de départ d’un roman ?

T. Vermot – Ma routine d’écrivain, c’est justement de ne pas en avoir. L’origine de “La Route Froide” part d’une traduction de la nouvelle “Construire un feu” de Jack London pour mes élèves de 5e. Je me suis un peu emballé, à tel point que je traduisais de façon plus poétique que l’œuvre originale : j’y ajoutais des choses et inventais même des paragraphes… C’est devenu une sorte de farce ! Finalement, je n’ai gardé que l’idée du personnage perdu dans une forêt du Klondike sous la neige. Comme un hommage à Jack London, auquel j’ai ajouté du mystère et un peu de fantastique.

D’où vient cette fascination pour l’Amérique du Nord ?

T. Vermot – Tout le monde est fasciné par les États-Unis, je crois. Sous forme d’adoration ou de répulsion, mais il y a cette attirance… Ne serait-ce que pour ses immenses espaces magnifiques. Ce pays m’a beaucoup fasciné lorsque j’étais jeune puis j’ai appris à le connaître. Et plus je le connais, plus je m’en méfie. Mais je crois qu’il est nécessaire d’en parler. C’est un pays qui s’est construit sur le génocide des Indiens et sur la traite négrière. Je déteste la manière dont ils considèrent l’éducation, la santé… Les grands écrivains américains honnissent d’ailleurs souvent le modèle américain.


Retrouvez Thibault Vermot dans vos villages vacances : le 12 juillet à Conty (Somme), le 13 juillet à la MFR La Capelle (Aisne), le 15 juillet aux Settons (Nièvre), le 16 juillet Morbier (Haut-Jura).


 

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