Thomas Brochard (“Grand Océan”) : “Aujourd’hui, l’homme est le maître du monde… terrestre”

Thomas Brochard est auteur de bande dessinée. Il est l’auteur du livre “Grand océan”, éditions Cambourakis, sélectionné pour la dotation livres 2021. ©Pixel Vengeur

Comment survivre après l’apocalypse lorsque la terre a été submergée par les flots ? Voilà l’épopée d’un père et de son fils dérivant au milieu de ce “Grand Océan”, retracée par Thomas Brochard (dessin) et Fabien Grolleau (texte) dans leur album éponyme. Une bande dessinée pleine de poésie sur le deuil, la solitude et la résilience, sur fond de planète ravagée.

À lire

“Grand Océan” de Thomas Brochard (dessin) et Fabien Grolleau (scénario), éditions Cambourakis, 2019, 152 p., 20 euros

Ce livre a été sélectionné par la CCAS pour sa dotation lecture 2021 : retrouvez-le dans les bibliothèques des villages vacances cet été ! L’auteur échangera également avec les ados en colo cet été à la CCAS.

“Grand Océan” présente un monde post-apocalyptique. Est-ce ainsi que vous voyez notre avenir ?

Thomas Brochard – Rires… C’est assez stimulant d’imaginer des bouleversements énormes lorsqu’on invente une histoire. “Grand Océan” est néanmoins une pure fiction. Il y a effectivement quelques pages didactiques expliquant les raisons de cette situation catastrophique. Nous apportons par ailleurs des éléments scientifiques bien réels qui font froid dans le dos, comme la fonte du permafrost…

Mais il ne faut pas voir dans cet album un tract pour alerter sur ce qui pourrait nous arriver. Ce qui nous intéressait le plus était de voir comment les humains s’adaptent, une fois ces changements actés, dans un environnement totalement modifié. Que faire lorsqu’aucune terre ne reste émergée, qu’on ne peut plus marcher, qu’il n’y a plus de limites à part la barge sur laquelle on flotte ?

L’océan occupe une place prépondérante dans le récit et l’image. De quoi est-il la métaphore ?

T. Brochard – C’est formidable pour moi de dessiner l’océan. Cet univers, propice à l’imagination – car on se frotte ici aux éléments que l’humain ne maîtrise toujours pas – m’inspire énormément ! Concrètement, ce serait très compliqué pour nous, si demain l’océan prenait plus de place. Aujourd’hui, l’homme est le “maître du monde”, mais du monde terrestre. On méconnaît encore les fonds marins et les ressources aquatiques.

Saviez-vous que le nombre d’humains qui sont allés dans l’espace est plus élevé que celui des marins ayant effectué le tour du monde à la voile ? Amusant, non ? Traverser les océans à la voile s’avère toujours très difficile malgré la technologie. Cela incite à réfléchir à la vulnérabilité de l’être humain.

“Nous souhaitions parler de solitude et de deuil : le deuil d’un parent autant que celui d’un monde disparu.”

Et puis, au milieu de ce grand océan dérivent un père et son fils à la recherche d’une terre…

T. Brochard – Tout tourne autour de cette relation père/fils. Ils sont seuls au monde ; tout a disparu. Les rapports sociaux n’existent plus. Seul le père a connu la terre ainsi que les autres humains qui la peuplaient. De plus, l’ombre de la mère – une figure absente – plane sur cette relation. Nous souhaitions parler de solitude et de deuil : le deuil d’un parent autant que celui d’un monde disparu. Ces sujets, importants pour nous, se sont imposés naturellement. Nous pointons, par ailleurs, une certaine forme de nostalgie, d’un monde d’avant meilleur.

Et un clin d’œil à Baudelaire, avec son poème “L’homme et la mer”

T. Brochard – Fabien aime beaucoup jouer avec les références littéraires, mais aussi avec des œuvres beaucoup plus populaires. Cet album pourrait être un mélange entre “Le vieil homme et la mer” d’Hemingway et le film “Waterworld” !


Comment avez-vous travaillé avec Fabien Grolleau pour “Grand Océan” ?

T. Brochard – Nous travaillons régulièrement ensemble, et pour le même éditeur. Fabien est auteur-scénariste. En fait, il a imaginé “Grand Océan” à partir d’une illustration représentant un père et son fils survivant dans un désert de neige, que j’avais dessinée pour un calendrier. Il a repris l’idée des deux personnages ainsi que le thème de l’isolement, transposée en mer.

Au fur et à mesure que Fabien écrivait, je dessinais. J’étais, en fait, le premier lecteur du scénario dont nous ne connaissions pas encore la fin. Nous avons trouvé un équilibre et étions plutôt d’accord, même si nous avons eu quelques discussions notamment à propos de la fin du récit.

Travaillez-vous toujours en noir & blanc ?

T. Brochard – De préférence. Je suis assez mal à l’aise avec la couleur, c’est vertigineux pour moi. Nous voulions une histoire intemporelle qui ne soit ni datée ni associée à une époque précise. Le père relate à son fils des souvenirs du passé, de sa jeunesse. Il évoque également des récits historiques, fait référence à la mythologie… Il balaye plusieurs siècles. Le noir et blanc se prêtait bien à cela, à l’ambiance de l’album.

L’été prochain, vous ferez découvrir “Grand Océan” des ados dans les colos de la CCAS. Comment organisez-vous ces rencontres ?

T. Brochard – Je trouve intéressant de leur exposer le processus de fabrication d’une BD, de leur parler de la forme mais aussi du contenu éditorial. J’apporte de la matière : des croquis, des esquisses, des documents de recherche. Je leur propose également de dessiner, d’imaginer et de créer leur couverture de “Grand Océan”. C’est rigolo.

Les associer à la pratique du dessin facilite la discussion. J’aime bien aussi les sensibiliser au monde précaire des auteurs. Beaucoup de dessinateurs et d’auteurs ne vivent pas de leur art. J’essaie de leur montrer, que derrière la publication d’une BD, il y a beaucoup de travail et toute une chaîne de métiers.


Retrouvez Thomas Brochard dans vos villages vacances : le 25 juillet à Mesquer (Loire-Atlantique), le 26 juillet à Trégunc (Finistère), le 27 juillet à Poullaouen (Finistère), le 28 juillet à Plouezec (Côtes d’Armor).


 

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