Tous au musée !

Comme l’indique son titre, l’exposition “Ouvrier.e.sAumusée” ne se cantonne pas aux seuls représentants masculins de la classe ouvrière mais met aussi à l’honneur les femmes au travail. Ici, une affiche de la CGT datant de 1970. ©Collection privée

Pour fêter son 80e anniversaire, le musée de l’Histoire vivante, à Montreuil, propose “#Ouvrier·e·sAumusée”, une exposition au titre pas vraiment “vieux monde”. Un brin de provocation pour une évocation sans nostalgie des représentations des ouvriers et ouvrières.

“#Ouvrier·e·sAumusée” : un titre en forme de tweet et en écriture inclusive, rien que ça ! Le musée de l’Histoire vivante ne pouvait proclamer plus clairement qu’il n’entendait pas, pour son 80e printemps, jouer la carte de la rétrospective nostalgique. Au contraire. En croisant les disciplines et en prenant acte des avancées féministes, le seul musée français consacré au mouvement ouvrier s’inscrit délibérement dans son temps. Et vise même à ouvrir sur les possibles à venir, puisque, comme l’explique Éric Lafon, co-commissaire avec Véronique Fau-Vincenti, cette exposition traite de la “mélancolie d’un futur à concevoir”.

La classe ouvrière serait-elle à reléguer dans les oubliettes de l’histoire ? Pistes et éléments de réponses au fil des sept salles qui réunissent affiches, toiles et dessins mais aussi des objets – casques en cuir et en plastique, lampe de « gueule noire » ou tenue de travailleur en usine.

Le parcours s’ouvre sur la représentation des corps des ouvriers, montrant les gestes propres aux savoir-faire bien sûr, mais aussi les torsions et les déformations que le travail physique inflige. Corps d’hommes croqués en plein effort, mais aussi moins représenté, celui des femmes, blanchisseuses par exemple, répétant à longueur de journée les mêmes mouvements. « Dès les débuts des ateliers et des fabriques, la question de la pénibilité s’est posée », souligne Éric Lafon.

Puis on enchaîne sur les trois grandes figures de l’ouvrier que furent le mineur, le métallo et le cheminot. Des figures qui ont marqué l’histoire sociale, notamment du fait des grèves d’ampleur ayant rythmé ces trois secteurs au cours des XIXe et XXe siècles. Des représentants emblématiques de la classe ouvrière que le cinéma et la littérature ont magnifié : Lantier dans “Germinal”, le roman de Zola, Gabin dans “la Bête humaine”, le film de Renoir…

À gauche : Le travail dans les fabriques et les ateliers est souvent rude et répétitif. Il modèle les corps, les déforme et les use. Ici, un dessin au fusain de Léo Gausson. À droite : “Mineur et travailleur du nucléaire”, un dessin de Henz.

Le parcours mène ensuite le visiteur dans une salle placée sous l’égide de deux beaux verbes, « lutter et penser ». Car si l’histoire du mouvement ouvrier fut évidemment celle des luttes, parfois réprimées dans le sang, pour l’amélioration des conditions de travail, elle ne saurait s’y résumer. Il s’agissait aussi de construire un « pouvoir ouvrier », de penser et de mettre en œuvre des expériences d’autogestion.

Les espaces suivants réservent quelques belles surprises, avec notamment le bureau de Jean Jaurès à “l’Humanité” ou des dessins de presse humoristiques. Et l’exposition se termine en posant la question, plus actuelle que jamais, du rapport à la machine et à l’intelligence artificielle.

Pour en savoir plus

“#Ouvrier·e·sAumusée”, jusqu’au 29 décembre 2019.
Musée de l’Histoire vivante, 31 bd Théophile-Sueur, 93100 Montreuil-sous-Bois.
Tarif plein : 4 euros.
Tél. : 01 48 54 32 44.
Site Internet : museehistoirevivante.fr

Un musée en pleine évolution

Le pavillon qui abrite le musée date du XIXe. ©Musée de l’Histoire vivante

Ouvert en 1939, à l’initiative des élus communistes de Montreuil, le musée de l’Histoire vivante vise actuellement à se transformer en un musée d’histoire du mouvement ouvrier de dimension nationale. Des cahiers d’expression sont d’ailleurs ouverts au public afin que chacun puisse contribuer à cette évolution. Outre les expositions, la structure abrite des archives et des collections, et propose des ateliers pédagogiques et thématiques. Des conférences prolongeant “#Ouvrier·e·sAumusée” sont prévues chaque mois.

À noter : le musée est situé dans l’un des trois espaces verts de Montreuil, le parc Montreau, qui comprend une roseraie, un labyrinthe végétal, un parcours sportif, un terrain de foot… Idéal pour une balade avant ou après l’exposition !

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