Transition énergétique : des emplois oui mais…

Très bon marché, le charbon permet à l'Allemagne de compenser en partie le coût des énergies renouvelables©T.Koch/shutterstoc

Très bon marché, le charbon permet à l’Allemagne de compenser en partie le coût des énergies renouvelables ©T.Koch/Shutterstock

Aux résultats contradictoires, les études prospectives divergent sur les effets du « verdissement » de l’économie. Le 14 octobre dernier, l’Assemblée nationale adoptait en première lecture le projet de loi sur la transition énergétique pour la croissance verte. Le Sénat en discute, et la loi devrait être votée ce printemps. On souligne souvent sa dimension écologique, prenant en compte la nécessaire diminution des émissions de gaz à effet de serre. Mais quelle est sa dimension sociale ? Quelles seront ses conséquences pour la croissance et l’emploi ? Rappelons les principales dispositions des 173 pages de la loi votée par l’Assemblée nationale. Elle pose d’une part des objectifs : diminution de 20 % d’ici 2030 de la consommation d’énergie totale ; part des énergies renouvelables portée à 32 % à la même échéance ; et enfin diminution de 75 % (aujourd’hui) à 50 % (en 2025) de la proportion du nucléaire dans le mixte énergétique français. La loi prévoit d’autre part des mesures pour y parvenir : subventions à la rénovation de l’isolation du bâtiment, encouragements aux véhicules électriques ou hybrides, soutien aux filières industrielles d’énergie renouvelable… En ce qui concerne le nucléaire, la loi ne prévoit aucune fermeture de réacteurs mais plafonne la puissance du parc à son niveau actuel, soit 63,2 gigawatts. Toutes ces mesures vont impliquer une profonde réorganisation de l’économie française. L’étude d’impact annexée au projet de loi, rédigée par les services du ministère de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie, se montre rassurante, affirmant que la transition énergétique entraînera un accroissement du produit intérieur brut (PIB) de 0,8 % d’ici 2020 et de 1,5 % d’ici à 2030 par rapport à un scénario où aucune mesure ne serait prise. L’étude reste cependant des plus évasives quant aux conséquences à attendre sur l’emploi.

De -7 % À +13 % de croissance

D’autres études de prospective, aux résultats contradictoires, se sont penchées sur la question. Selon l’Ademe, la transition énergétique générera d’ici 2030 329 000 emplois supplémentaires et un accroissement du PIB de 1,9 %. Mais selon le Centre d’analyse stratégique, service dépendant du Premier ministre dont le « comité Trajectoire » a fait fonctionner différents modèles macro-économiques, les perspectives varient de – 7 % à + 13 % de croissance et d’une destruction de 7 800 emplois à la création de 131 000. Quant à Greenpeace, il annonce la création au même horizon de 45 000 emplois, qui compenseraient largement les 3 300 postes supprimés dans le nucléaire. Mais l’organisation environnementaliste ne détaille pas sa méthode de calcul.

Théorie de l’équilibre

Comment comprendre de telles disparités ? Force est de reconnaître que l’économie est très loin d’être une science exacte. Comme l’explique l’économiste Jean-François Ouvrard, du Centre d’observation économique et de recherche pour l’expansion de l’économie et le développement des entreprises, « le problème est lié au choix des modèles économiques. Soit ils reposent sur la théorie de l’équilibre partiel, qui détaille l’évolution attendue d’un secteur économique, par exemple la production d’électricité. Soit sur la théorie de l’équilibre général qui s’efforce de rendre compte de l’évolution de l’ensemble de l’économie ». Mais ces derniers modèles dépendent étroitement des conceptions économiques sous-jacentes. Entre keynésiens, qui insistent sur le rôle moteur de l’intervention de l’État, et néolibéraux, qui ne jurent que par la loi du marché, le désaccord est total. D’où la divergence entre les prospectives chiffrées… Peut-on s’inspirer d’autres pays pour y voir plus clair ? Hélas non. Le seul pays à avoir entamé une transition énergétique est l’Allemagne qui a décidé de sortir du nucléaire. Mais cette décision, explique Philippe Chalmin, professeur d’histoire économique à l’université de Paris-Dauphine, « est une décision peu rationnelle, qui s’explique bien davantage par le contexte politique que par une rationalité économique. Le choix allemand est très contestable car, pour remplacer le nucléaire, l’Allemagne a augmenté sa dépendance en gaz naturel vis-à-vis de la Russie et elle a rouvert massivement les centrales à charbon et à lignite ».

55 milliards d’euros provisionnés

Que deviendra la filière électronucléaire française, qui pèse plus de 40 000 emplois et 220 000 en comptant la sous-traitance et les emplois dérivés ? Aucune étude ne s’est sérieusement penchée sur la question. De toute manière, le renouvellement du parc électronucléaire bâti dans les années 1970 nécessitera d’énormes investissements, générateurs d’emplois : pas moins de 55 milliards d’euros sont provisionnés par EDF pour ces travaux d’ici à 2025. Et Ségolène Royal, ministre de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie, déclarait le 15 janvier qu’il faut « programmer une nouvelle génération de réacteurs qui prendront la place des anciennes centrales lorsque celles-ci ne pourront plus être renouvelées ». Reste que ces prospectives économiques et sociales ont été bâties à une époque où le baril de pétrole s’échangeait à plus de 100 dollars. Mais depuis l’automne 2014, il a perdu plus de la moitié de sa valeur sur les marchés internationaux. Or le cours de l’or noir reste un facteur déterminant en matière de politique énergétique.

2 Commentaires
  1. GEMEUR Ulysse 4 années Il y a

    Bonjour. Le vent étant par nature instable comment sera compensé le manque de puissance lorsque celui ci faiblit voire s’arrête. L’on nomme souvent le Danemark pour son choix “éolien” mais l’élec éolien n’est il pas subventionné massivement par le contribuable? A quel pourcentage? Autre point qui me gêne aux entournures:” par chez moi les éoliennes sont installées sur les terres des gros propriétaires terriens (déjà largement subventionné par le contribuable ce qui en fait des fonctionnaires) qui comme par hasard sont aussi les notables décisionnaires. N’y a t il pas sujet a interrogation sur la collusion intérêt général et privé?

  2. jack Freychet 4 années Il y a

    Comme d’habitude au lieu d’éclairer le lecteur cet article ne fait qu’ajouter à la confusion ambiante tout en renvoyant dos à dos les libéraux et les keynésiens, en outre les références telles que rapportées ne peuvent qu’induire le lecteur non averti en erreur.…

    A aucun moment il n’est indiqué si la croissance envisagée est annuelle ou pour la période considérée, d’ici 2020 ou 2030. Sachent d’une part que la plupart des économistes chiffrent le seuil d’équilibre pour l’emploi autour de + 1,5 % par an, d’autre part que le PIB ramené à l’habitant est revenu aujourd’hui au niveau ou il était à la fin du siècle dernier il y a tout lieu d’être inquiets. Tout est vérifiable et montre que les prévisions de l’ADEME, des écolos en général, les analyses du GIEC et de ceux qui les relaient ne sont que de la poudre aux yeux. Par les temps de désinformation que nous vivons c’est évidemment politiquement porteur, par contre c’est économiquement suicidaire y compris pour Edf, GdF en voie de disparition en tant qu’entreprise nationalisées, la CCAS suivra. Leurs personnels restent dans l’expectative alors qu’ils pourraient peser d’un poids déterminant mais il est vrai aussi que leurs syndicats ne font que véhiculer des lieux communs.

    La planète serait en danger nous assènent-ils via des médias « bien intentionnés » à notre égard, elle se réchaufferait, la glace fond, le niveau des océans monte, les phénomènes climatiques extrêmes se multiplient… Comme si ça n’était pas à l’image de ce qui se produit depuis des centaines de millions d’années sans même remonter au big bang. C’est faux. Elle vit tout simplement. (voir http://www.pensee-unique.fr/ En commençant par le cv de l’auteur Jacques Duran).

    La glace s’amincit très peu au pôle nord et encore ce n’est pas certain, le banquise se renforce au sud, les plaques tectoniques se déplacent et s’affrontent, on retrouve des fossiles marins en Ile de France comme à 3000 mètres d’altitude dans les Alpes ou ailleurs, les phénomènes extrêmes ne sont pas plus importants que par le passé. Le gaz carbonique est un facteur de croissance pour la végétation que les maraîchers utilisent dans leurs serres. Il déjà a été en quantité deux fois plus important dans l’atmosphère. La planète a connu des alternances de froid et de chaud plus importantes qu’aujourd’hui. Le rejet des gaz à effet de serre augmente de manière significative mais depuis mais vingt ans la température reste stable ce qui montre qu’il y a pas corrélation entre les deux il faut donc chercher ailleurs….

    Si les dinosaures étaient encore là nous n’y serions pas car les mammifères ne se seraient pas développés.

    L’accident de Tchernobyl conséquence d’une erreur de manipulation et de l’absence de cellule de confinement n’est pas la catastrophe décrite, la faune et la flore ne s’en portent pas si mal, et l’augmentation du nombre de cancer de la thyroïde recensée n’est pas plus important qu’ailleurs, il a cru en fonction de la progression des sciences et des techniques en la matière. La aussi il faut se donner la peine de chercher.

    A Fukushima l’erreur fut d’implanter les réacteurs dans une zone sismique, de ne pas prévoir une source d’alimentation électrique autre que nucléaire pour les services annexes, ainsi qu’un système de récupération des eaux irradiées , qui ne se sont cependant répandues dans l’eau de mer qu’à doses homéopathiques qui ne justifiaient pas les cris d’orfraies des écolos.

    Depuis quelques années le nucléaire civil, c’est un fait, est présenté comme le danger suprême par les dirigeants occidentaux qui par contre n’hésitent pas à utiliser les munitions à uranium appauvri pour assurer leur domination sur la planète, a développer et à stocker des armes nucléaires de destructions massives au cas ou leur pouvoir viendrait à être contesté. Tout cela dans l’indifférence quasi générale des opinions publiques qui allégrement vont se faire passer le mou à la lanterne ou curithérapeutiser ( c’est un néologisme de mon invention) en oubliant que Marie Curie a perdu la vie afin que nous puissions en bénéficier.

    Le nucléaire civil est voué aux gémonies pourtant dans le domaine médical il a déjà sauvé des vies. Certes il ne faut pas le laisser entre toutes les mains mais il est une source d’énergie bon marché. Il sert déjà à remonter l’eau de l’aval vers les bassins situés en amont à moindre coût, son utilisation pourrait être optimisée en heures creuses, surtout la nuit, pour le chauffage par accumulation.

    C’est une filière qui demande à être approfondie pour aller vers les centrales de quatrième génération en particulier au thorium, dont les réserves sont plus importantes que celles de l’uranium, plus sures, elles permettent de diminuer la durée de vie des déchets anciens. Certaines ont déjà fonctionne. La recherche développement doit se poursuivre en France sinon nous deviendrons tributaire de la Chine qui avance à grands pas.

    N’oublions pas non plus que les particules captées par air Parif, si les informations sont exactes, nous viennent des centrales à charbon d’Allemagne et à bois des pays scandinaves.

    Pourquoi abandonner la proie pour l’ombre. A ceux qui ne le sauraient pas rappelons que:

    Pour un Mwe utile en éolien il faut en installer cinq. Imaginons la surface au sol pour remplacer un seul réacteur nucléaire. Mais peut être faudra-t-il aller jusqu’à les enterrer comme la liaison électrique entre la France et l’Espagne, ou les supports de la basse à la très haute tension …

    Le solaire voltaïque n’est rentable que subventionné d’une part par l’Etat d’autre part par un prélèvement indu sur l’abonné lambda ce qui constitue un impôt déguisé.

    La production d’agro carburants a provoqué les émeutes de la faim.

    Les alguo carburants nécessitent des manipulations génétiques pour en accroître le rendement avec tous les dangers que cela suppose pour notre environnement en cas de fuite accidentelle alors que déjà les nitrates verdissent les plages bretonnes et normandes.

    Enfin pour clore, du moins provisoirement, vous écrivez fort justement que le cours de l’or noir reste un facteur déterminant en matière de politique énergétique, en effet le prix du gaz à la consommation lui est indexé. La baisse actuelle confirme simplement que son coût évolue en fonction de décision politique , à la hausse pour nous faire accepter les énergies alternative à la baisse pour créer des difficultés financières aux pays producteurs tels la Russie, le Venezuela, les BRICS en général qui s’opposent à l’impérialisme occidental dont les ambitions démesurées ira jusqu’à le conduire à mettre la planète à feu et à sang plus sûrement que quelques centaines de centrales nucléaires .

    Ces quelques lignes n’épuisent pas le sujet, loin s’en faut. Qui prendra la relève ?

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