Un mémorial pour le camp d’internement de Rivesaltes

Photo du site © David Maugendre

Entre 1941 et 1964, quelques 60 000 personnes ont été internées dans des baraques misérables © David Maugendre

Le camp d’internement de Rivesaltes (Pyrénées-Orientales) concentre toutes les tragédies du XXe siècle en France. Inauguré le 16 octobre, un Mémorial est venu marquer durablement ce lieu d’entrecroisement des mémoires blessées.

Inauguré le 16 octobre, le Mémorial du camp de Rivesaltes (Pyrénées-Orientales) donne à ressentir de manière poignante ce que vécurent les Juifs, les Tziganes, et autres indésirables du régime de Vichy, victimes de l’internement administratif, antichambre de la déportation et de la mort pour nombre d’entre eux. Mais aussi des Harkis à l’issue de la guerre d’Algérie. Entre 1941 et 1964, quelques 60 000 personnes ont été internées dans ces baraques misérables, battues par la Tramontane, dont les ruines s’étendent à perte de vue sur plusieurs dizaines d’hectares. Au milieu du site, le bâtiment du Mémorial conçu par l’architecte Rudy Ricciotti (à qui ont doit aussi le Mucem de Marseille), en forme de pierre couchée de 220 mètres de long et 20 de large, se fait discret, presque entièrement enterré, respectueux de ce lieu qui, de la Seconde guerre mondiale à la guerre d’Algérie, concentre toutes les tragédies du XXème siècle en France.

Photo du Site © David Maugendre

En mai 1941, le camp compte plus de 6000 internés de seize nationalités différentes © David Maugendre

Les Espagnols fuyant Franco après l’effondrement de la République en février 1939 sont les premiers internés à Rivesaltes, camp militaire qui devient camp d’internement administratif au début de 1941. « A l’inverse de ce que l’on appelle les camps de la Retirada, construits ou mobilisés juste après la défaite de la République espagnole, Rivesaltes ouvre plus tardivement. Les Espagnols représentent 53 % de la population internée à Rivesaltes entre janvier 1941 et novembre 1942 » explique l’historien Denis Peschanski, président du conseil scientifique du Mémorial. Les Tsiganes, pour la plupart expulsés d’Alsace-Lorraine par l’occupant nazi, y sont aussi internés. Et bien sur des Juifs, le camp devenant à l’automne 1942 le Drancy de la zone sud.

“Au total, explique Denis Peschanski, plus de 2 300 Juifs ont été déportés du camp. Mais on retiendra aussi qu’ils étaient près de 5000 à y être internés pendant ces mois terribles. C’est le camp dont le plus de Juifs ont pu échapper à la déportation grâce à l’action des œuvres caritatives, présentes sur le camp, qui s’étaient fixées comme priorité d’en faire sortir les enfants” souligne Denis Peschanski. Lorsque l’armée allemande envahit la zone sud en novembre 1942, le camp devient une base militaire de la Wehrmacht. Après la Libération, des collaborateurs et des prisonniers de guerre allemands y sont internés. Le camp redevient ensuite propriété de l’armée française, qui y fait transiter les appelés du contingent en partance pour la sale guerre d’Algérie. Puis y interne des prisonniers du FLN algérien. Et au final des Harkis et leurs familles, fuyant l’Algérie indépendante où leur vie était en danger.

Photo du site © David Maugendre

En 2000, le site est inscrit comme monument historique par le ministère de la Culture © David Maugendre

L’inauguration du Mémorial, en présence de représentants d’associations d’anciens internés, a donné lieu à des scènes émouvantes. Adolphe Waysenson, fils de Juifs polonais, y a été interné à l’âge de dix ans. “On était tellement affamé. On faisait les poubelles. J’ai longtemps gardé en mémoire le goût des navets pourris” se souvient-il en revenant sur le site avec son épouse, ses filles et son frère.

Fatima Besnaci-Lancou, elle, y a été internée avec sa famille, fuyant l’Algérie où son grand-père avait été assassiné, de 1962 à 1964. “J’avais huit ans en arrivant, et je devais m’occuper, en qualité d’aînée, de mes huit frères et sœurs. Nous dormions dans des tentes, à plusieurs familles. Le vent était glacial. Tous les adultes étaient déprimés. Nous attendions l’arrivée du camion-citerne pour récupérer de quoi boire” raconte-t-elle. Devenue historienne, elle est aujourd’hui membre du conseil scientifique du Mémorial. “Mêler toutes ces mémoires, explique Denis Peschanski, signe la dimension humaniste revendiquée du Mémorial. Ceux qui viennent comprendre une histoire qui leur est proche vont découvrir d’autres destins passés par le lieu”.


Informations pratiques

www.memorialcamprivesaltes.eu
Ouvert du mardi au dimanche de 10h à 18h
Entrée 8 €, tarif réduit 5 € et gratuit pour les moins de 18 ans.

1 Commentaire
  1. DAUSQUE 3 années Il y a

    il est temps! le gouvernement français de l’époque, les administrations de l’époque comme la police, l’armée sans oublier les locaux n’ont pas lieu d’être fier de ce qu’ils ont fait à l’époque. Sans oublier la courageuse attitude du gouvernement d’lors qui bloqua les livraisons d’armes aux républicains élus par vote alors que le rebelle franco, officier parjure et sans honneur était grassement fourni par Adolphe et musso. L’histoire se répété avec l’état islamique, comme d’hab.

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