Aide aux démunis : Jean-Noël Pratz, retraité d’EDF, un type formidable

Jean-Noël Pratz, bénéficiaire de la CMCAS Ardennes Aube Marne, est à l’origine de la deuxième section la plus importante du Secours populaire français des électriciens et gaziers. ©Didier Delaine/CCAS

Il a créé le comité du Secours populaire français des électriciens et gaziers de la pointe de Givet dans les Ardennes en 2016, dont il est le secrétaire général bénévole. Depuis, Jean-Noël Pratz, 58 ans, passe le plus clair de son temps à rendre la vie des plus démunis un peu plus douce.

Tout est bien rangé, étiqueté. Au centre, des vêtements suspendus sur des cintres ; alentour de longs rayonnages garnis d’objets usuels du quotidien et de loisirs (vaisselle, jouets, matériel de jardinage, de bricolage…). Au fond, les denrées alimentaires et les produits d’hygiène. Comme dans un vrai magasin. Sauf qu’ici on nomme les clients des bénéficiaires et que les produits – issus de dons – sont vendus à très bas prix. Bienvenue au comité du Secours populaire français (SPF) des électriciens et gaziers de Givet !

Ceci est l’œuvre de Jean-Noël Pratz, retraité de la centrale de Chooz (Ardennes). Le comité, que l’agent a monté de toutes pièces, accueille 500 bénéficiaires réguliers et compte une vingtaine de bénévoles. Il est devenu le deuxième plus gros comité SPF des électriciens et gaziers, après celui de Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais). Pas moins de 1 800 colis alimentaires sont distribués chaque année. “En 2019, nous avons débloqué plus de 10 000 euros d’aides financières pour aider à payer le loyer, les factures d’énergie… et même les frais de scolarité des enfants”, indique le secrétaire général.

À la boutique solidaire de Givet, les “clients” les plus aisés font leurs emplettes, participant à financer les actions du SPF destinées aux moins favorisés. Avant sa mise en vente, chaque objet est vérifié par Bernard, bénévole au SPF depuis le début.

L’aventure commence en 2015. En retraite depuis quelques mois, l’ancien électricien lit, dans “CCASinfos”, un entretien avec Bernard Amiot, secrétaire national bénévole du SPF des électriciens et gaziers. L’idée d’ouvrir une antenne à Givet (5 000 habitants) l’enthousiasme, “pour apporter de la solidarité sur un territoire qui en était dépourvu”. Ce père et grand-père, fana de foot, coureur devenu récemment marcheur pour cause de blessure au genou, admet être un peu hyperactif. De caractère entier, pas du genre à se décourager, l’homme concède “avoir du mal avec la modération et faire les choses à fond”.

Familier du milieu associatif, Jean-Noël a été bénévole à Emmaüs, à l’Afgat (une association d’aide aux toxicomanes locale). Il a présidé le club de foot de Givet et entraîné les équipes de jeunes. Il a aussi beaucoup encadré à la CCAS comme responsable adjoint à Boersch, Baden, Ponches… Et également effectué de nombreux convoyages d’enfants. Il siégeait à la commission Plein Air Sport de la CMCAS Charleville-Mézières et a, durant des années, assumé plusieurs mandats syndicaux : CHSCT, délégué du personnel, siège dans les comités mixtes à la production (CMP).

Le parcours du combattant

Il lui en a fallu de la pugnacité pour concrétiser ce projet un peu fou. Car Jean-Noël est parti de rien. En peu de temps, il trouve un local – loué au départ sur ses propres deniers et ceux de trois bénévoles volontaires qu’il embarque dans l’histoire – afin de stocker les futures marchandises et recevoir les bénéficiaires.

“Au début c’était difficile. On est partis à l’aveuglette, sans aucune certitude de réussite.” L’homme se démène pour se procurer de l’approvisionnement, trouver des financements auprès des mairies, organiser rapidement la distribution de colis alimentaires d’urgence. Il récupère un camion donné par les collègues du SPF des IEG de Clermont-Ferrand. Le comité est créé en mars 2016. S’en suit l’ouverture d’une boutique solidaire SPF (sur l’ancien site d’Emmaüs) en mai. Une première victoire ! “Au début, ceux qui en avaient le plus besoin n’osaient pas venir, de peur d’être stigmatisés, souligne-t-il. Maintenant, c’est la mairie et les assistantes sociales qui nous les envoient.” Une seconde antenne est ouverte en 2018 sur la commune voisine de Fumay, partenaire et soutien indéfectible depuis le début.

Toute l’équipe des bénévoles du SPF. Entre les collectes à aller chercher, la boutique à gérer, et les bénéficiaires dont il faut s’occuper, les bénévoles ne chôment pas. ©Didier Delaine/CCAS

Le SPF l’occupe à temps complet : il faut négocier la récupération des marchandises invendues avec les magasins (“compliqué avec certaines enseignes”), organiser les collectes, aller chercher les subventions, avec les dents diraient certains. Et, bien sûr, s’occuper des bénéficiaires. “On tente d’instaurer une relation de confiance avec eux, un contrat moral”, explique le secrétaire général.

Lui s’attache par ailleurs à les accompagner dans leurs démarches administratives et de réinsertion sociale. Depuis 2018, le comité œuvre aussi dans l’accompagnement des jeunes en difficultés par le biais d’une convention avec la Mission locale et d’un dispositif de parrainage. Il est aussi agréé pour accueillir régulièrement des TIG (travaux d’intérêts généraux) dans le cadre d’un partenariat avec le service pénitencier des Ardennes. Et depuis le début de l’année, des jeunes y effectuent leur service national universel (SNU).

Les sorties culturelles, “des petits temps de plaisir essentiels”

En plus des aides habituelles et des campagnes nationales (Les oubliés des vacances, les Pères Noël verts, campagne Pauvreté-Précarité…), le SPF de Givet organise régulièrement des repas solidaires avec troupe musicale, des sorties familiales au cinéma, théâtre, dans les parcs d’attraction, etc. “Des petits temps de plaisir essentiels”, selon Jean-Noël. Des parenthèses culturelles et de loisirs indispensables pour améliorer l’ordinaire de ceux qui n’ont rien.

Nourrir le corps mais aussi l’esprit. “Nous refusons l’assistanat. Nous demandons toujours une participation financière symbolique ou bien une contrepartie en temps consacré au SPF.” Mais tout cela a un coût. Jean-Noël se décarcasse pour trouver de l’argent. “Aujourd’hui, je m’efforce de nouer de nouveaux partenariats avec les entreprises et les collectivités locales pour recueillir des dons et mettre en place des actions solidaires.” Parfois sans succès. “Toutes mes demandes d’aides financières et matérielles adressées à la direction de la centrale EDF de Chooz, toute proche, ont été refusées”, regrette-t-il. Accorder quelques subventions au SPF des électriciens et gaziers de Givet, lui céder un camion réformé indispensable à son fonctionnement, coûterait si peu à la centrale EDF au regard de l’image dont elle tirerait parti…

À droite, Jean-Noël en discussion avec Patrick et Wallou, mal-logés en galère. À gauche, Patrick remplit une demande de logement avec l’aide de Jean-Noël et Orégane, stagiaire au SPF et étudiante en master d’économie sociale et solidaire.

L’agent souhaiterait en outre développer des actions communes avec la CMCAS Ardennes Aube Marne. Chaque année, il fait partir des enfants bénéficiaires du Secours populaire en colo CCAS par le biais de la convention signée avec les Activités Sociales. Jean-Noël compte d’autres victoires. Il inaugurera en mars l’ouverture d’un libre-service alimentaire, à Givet, dans les anciens locaux cédés gracieusement par Lidl. Également celle, très prochaine, d’un café solidaire à Fumay. Autant de havres de paix pour les moins chanceux, ceux que la vie n’a pas épargnés.

Soigner les âmes meurtries

“Ils sont formidables ! Ils m’ont aidé quand j’étais dans le besoin, confie Léna, une bénéficiaire d’origine russe, la cinquantaine, rencontrée à la boutique de Givet. Jean-Noël déborde d’enthousiasme. Il nous transmet son énergie. Pour moi, c’est comme un ange !” Au compliment de Léna, l’homme rigole. Bienveillant certes, il l’est. Lui justifie simplement porter intérêt aux relations humaines, apprécier le contact, se sentir à l’aise avec les gens et surtout ceux dont on se détourne en général. “Quand je monte à Paris, dans le métro, je m’arrête toujours pour discuter avec les SDF. Je vais vers eux naturellement, je n’ai pas peur”, affirme-t-il. Ne pas se détourner de la misère humaine pour mieux l’affronter… Jean-Noël ne “prétend pas endosser une cape de sauveur”, même s’il concède “être réceptif à la douleur des plus malheureux”.

Bernard, bénévole, accompagné de Julian (à gauche) en service national universel, et de Marine qui effectue un stage via la Mission locale, récupèrent des meubles donnés par un particulier, qui seront mis à la vente. ©Didier Delaine/CCAS

Comme un Sisyphe, il s’attache chaque jour à leur sortir la tête de l’eau, à panser les bleus de ces âmes malmenées. Du mieux qu’il peut. N’attendez pas de lui de beaux discours sur la solidarité ou la fraternité. À la question des raisons de son combat contre la misère, il répond simplement : “Je ne sais pas pourquoi je le fais. Mais si je ne le faisais pas, c’est sûr ça me manquerait.” L’homme raconte l’ordinaire des plus pauvres. Comme cette anecdote qui lui fait venir les larmes aux yeux : la petite fille d’une bénéficiaire habituée, qui lui dit, ce jour-là, que c’est son anniversaire. Jean-Noël lui propose donc de choisir un jouet, pour son cadeau, agrémenté de quelques friandises. La gamine, en remerciement, lui demande : “Est-ce que je peux te faire un bisou ?” Rendre le sourire à une fillette, ne serait-ce qu’un moment, ne vaut-il pas toutes les justifications ?


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Si vous souhaitez les soutenir, vous pouvez adresser vos dons à :

Secours populaire français
Comité des électriciens et gaziers de la pointe de Givet
27, avenue du Président-Roosevelt, 08600 Givet
Contact : 03 24 57 55 40 / spfgivet@laposte.net
Page Facebook : Secours populaire français – Comité électriciens et gaziers de Givet

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