Angel Eugene Escribano : “Les soldats de Franco tondaient les femmes et les enfants des républicains”

Tondu à 3 ans par l’armée fasciste à la victoire de Franco, Angel Eugene Escribano raconte son enfance de fils de républicain espagnol. ©Joseph Marando/CCAS

Angel Eugene Escribano, retraité d’EDF et bénéficiaire de la CMCAS Toulouse, revient sur son enfance, et sur ce père républicain espagnol qu’il a rencontré pour la première fois à l’âge de 10 ans.

“Mon père était coiffeur et cordonnier, explique Angel Eugene Escribano, tenant dans ses mains la petite tondeuse qu’il aimerait léguer à un musée. Il s’est servi de cette tondeuse pour coiffer les républicains qui étaient internés, comme lui, dans le camp d’Argelès-sur-Mer.” Angel Eugene… À sa naissance en 1938, en Espagne, il était très rare de donner deux prénoms à un enfant. “Mon père et mon oncle se battaient contre Franco, se souvient-il. L’un s’appelait Eugene et l’autre Angel. Ils ont pensé que s’ils mouraient au combat, leur souvenir subsisterait à travers moi.”

Dans sa maison de Pibrac, près de Toulouse, Angel Eugene Escribano raconte son enfance de fils de républicain. Quand les dates deviennent confuses, sa femme les restitue avec précision, dénoue les fils de la mémoire. Elle a toujours été là, depuis plus de soixante ans. Française, elle a payé son lot au racisme anti-espagnol.

Vestiges de l’internement d’Eugenio Escribano Castro, le père d’Angel Eugene. ©Collection particulière

À Pibrac, certains habitants ne voyaient pas d’un bon œil “ces Espagnols qui venaient manger le pain des Français”. Aussi, quand elle a voulu devenir institutrice, lui a-t-on rétorqué que ce n’était pas pour elle, “une femme de maçon”. C’était le métier d’Angele Eugene avant d’entrer à EDF en 1982 et d’être affecté à la relève des compteurs à Toulouse, quai Saint-Pierre.

“Le plus ironique, souligne-t-il, c’est que j’ai suivi un apprentissage de briquetier dans le camp de Rivesaltes, où avaient été internés des républicains… avant d’être en partie transformé en centre de formation.” Un métier pénible qui lui a valu une prothèse au genou, lui a aussi permis de bénéficier d’une formation de soudeur électronique et d’un reclassement au sein d’EDF.

Très vite, il s’investit dans la SLVie locale, dont il devient correspondant. Il sera également vice-président de la commission solidarité et membre du réseau solidaire de la CMCAS, auquel il appartient encore aujourd’hui.

Tondu à 3 ans par l’armée de Franco

La famille d’Angel Eugène : à 3 ans, en 1941, avec sa sœur Clémentine, âgée de 6 ans ; son père Eugenio Escribano Castro, ici en 1930 durant son service militaire, et sa mère Sofia Chafole Lerin, ici en 1933.

Sur la table de la salle à manger, Angel étale les rares photos qui lui restent de son enfance. Celle notamment où on le voit le crâne tondu, à 3 ans, dans le petit village de Mohorte près de Cuenca, où il vivait avec sa mère et sa sœur. “Les soldats de Franco tondaient les femmes et les enfants des républicains qui s’étaient engagés dans la guerre civile.”

Sa sœur échappe de peu à la tonte, car elle était partie avec l’un de ses oncles dans un village voisin lorsque l’armée est passée. Quant à leur mère, elle a évité la tonte grâce à l’intervention d’un curé qui s’est opposé à cette pratique mais a été obligée, comme les autres femmes, de boire de l’huile de ricin qui provoquait de violentes diarrhées, notamment en public, et dont bon nombre mouraient. “Je me souviens de ma mère sur le pot, ça a duré une semaine, mais elle a survécu.”

Il ne rencontrera son père qu’à 10 ans, en 1948, lorsque les frontières commenceront à s’entrouvrir. Un père anarchiste et militant, avec lequel la relation ne sera pas facile à construire. “Il pensait qu’on allait retourner en Espagne et refusait d’acheter des meubles pour notre maison à Pibrac. Mais il lui a fallu se rendre à l’évidence, il était impossible de rentrer, surtout pour un responsable politique comme lui qui aurait été condamné à mort.”

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