Berlin la résiliente

Molecule Men est la sculpture monumentale réalisée par Jonathan Borofsky, sur la Spree. ©Didier Delaine/CCAS

Berlin est au sommet. Elle gouverne l’Europe, invente la musique et crée l’art de demain. Si la capitale allemande fascine, c’est parce qu’elle a su se relever et briller malgré les ténèbres qui l’ont assaillie par le passé. Berlin, c’est aussi une manière de vivre. Une ville où l’existence est à la fois exaltante et sereine.

“Il faut vivre à Berlin pour vraiment la connaître. Pour sentir les gens et embrasser la vie berlinoise”, explique Agathe, jeune Française de 26 ans, arrivée dans la capitale allemande il y a deux ans. Et en effet, il faut peu de temps pour être touché par cette atmosphère spéciale, un peu magique, qui vous envahit. Un sentiment qui ne se raconte pas mais s’éprouve.

Voyager dans le temps

Vagabonder dans la capitale allemande, c’est un peu comme se retrouver dans une machine à voyager dans le temps. L’histoire est partout. Si Berlin-Est et Berlin-Ouest ne sont plus séparés par un mur, les traces de l’histoire sont encore là. Grandes allées, architecture soviétique, aux alentours d’Alexanderplatz, on se croirait dans le décor du film “Good Bye Lenin !”.

Les impressionnants immeubles de la Potsdamer Platz. ©Didier Delaine/CCAS

Sur la Potsdamer Platz, une tout autre émotion s’empare du visiteur. Une saisissante harmonie s’en dégage. Pourtant, l’architecture est à première vue disparate. Un sentiment de paix s’instaure inconsciemment dans l’esprit. Située en plein centre de Berlin, la Potsdamer Platz est aujourd’hui un endroit phare de la capitale allemande. Centre économique et culturel dans les années 1930, le lieu est détruit par la Seconde Guerre mondiale. La place devient le point d’intersection entre les zones américaine, britannique et russe pendant la guerre froide. Jusque dans les années 1990, elle est un no man’s land. À la chute du mur, Roger Waters décide de s’y produire avec Pink Floyd. Par la suite, quatre investisseurs privés se partagent l’endroit pour y construire un projet. La compétition architecturale et artistique succède à la guerre.

Fonder la paix

Le passé de l’Allemagne est lourd, difficile à assumer. Qu’en faire ? La villa de Goebbels est l’une de ces traces qui embarrassent. Laissée à l’abandon à quelques kilomètres de la ville, Berlin n’a toujours pas pris de décision. Pourtant, la société allemande d’après-guerre se construit sur l’antinazisme. Les institutions sont élaborées en ce sens, la Loi fondamentale rédigée pour empêcher tout réveil totalitariste.

Le travail de mémoire s’est ancré un peu partout dans la ville. En premier lieu, au Mémorial aux Juifs assassinés d’Europe. Proche de la porte de Brandebourg, le site est propice au recueillement. Du côté de Bernauer Strasse se trouve un monument en hommage aux victimes assassinées alors qu’elles tentaient de franchir le mur. “La fenêtre du souvenir” présente les visages des personnes assassinées. L’œuvre est tout en transparence. À travers les portraits, on aperçoit l’ancien mur et ses tags. “C’est l’histoire d’un mur tombant. L’important, c’est pas la chute, mais l’atterrissage”, peut-on lire en français.

“La fenêtre du souvenir” sur Bernauer Srasse. ©Didier Delaine/CCAS

Du côté de Tempelhof, l’ancien aéroport nazi, un contraste est frappant. Cet aéroport, en service jusqu’en 2008, est construit par Hitler pendant le Reich. Les travaux ne se termineront qu’en 1961. L’architecture nazie est conservée par le gouvernement de l’Ouest. L’imposante structure de l’aéroport se remarque de loin. Elle est perturbante. L’aigle impérial, encore présent aujourd’hui, peut remémorer de terribles souvenirs. Une partie des bâtiments est désaffectée. En jetant un coup d’œil à l’intérieur, depuis les portes vitrées, on a l’impression de revenir dans un passé que l’on préférerait oublier.

Derrière les immenses bâtiments, c’est pourtant la liberté et la paix que l’on retrouve. On y découvre une immensité aux tons vert et bleu. Dans ce parc de 386 hectares, l’herbe pousse sur les pistes d’atterrissage encore présentes au sol. Vélos, chapiteaux de cirque, mottes de foin… le parc se veut paisible et familial. Les cerfs-volants aux couleurs arc-en-ciel ont remplacé les avions. Dans le fond du paysage, Berlin est toujours présente, de loin, avec sa tour de télé soviétique et la pointe de ces hauts immeubles.

Cette sérénité, ce sont les Berlinois qui se la sont octroyée. Ils ont investi l’ancien aéroport en le squattant, avant que l’endroit ne soit officiellement transformé en parc. Mais le pouvoir berlinois souhaite y développer des infrastructures pour endiguer le fort surendettement de la ville. La population résiste, par la voie du référendum.

Une ville à visage humain

“Berlin est une ville à jamais condamnée à devenir, sans jamais être”, écrivait en 1910 le critique d’art Karl Scheffler. Berlin évolue, grandit, se renouvelle. Pénétrer dans la capitale allemande, c’est s’introduire dans un mouvement perpétuel de création. Les grues sont partout. L’architecture y est innovante.

“Kreuzberg était un quartier abandonné. Il y avait des hippies à l’origine. La techno et le street art sont nés ici. Quand le mur est tombé, Kreuzberg s’est retrouvé au milieu de ce grand Berlin”, témoigne Tommi, qui habite ici depuis huit années. Cet Allemand de 27 ans explique que la gentrification [“tendance à l’embourgeoisement d’un quartier populaire”, ndlr] touche l’ensemble de la ville. “Tout devient plus cher. La question est de savoir si le Sénat berlinois protège des endroits comme ceux-là.” Les artistes ont exprimé leur mécontentement face à ce phénomène. Sur la façade d’un célèbre squat du quartier, l’artiste italien Blu a décidé de repeindre l’une de ses œuvres pour y dessiner un doigt d’honneur sur fond noir.

Berlin ne cesse de changer, de se transformer, de grandir. Elle a su faire de ses blessures passées une force. Berlin est une résiliente. Elle est la preuve qu’un futur apaisé peut émerger d’un passé belliqueux.

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